Construction Navale
Défense: Les grandes manoeuvres de la construction navale

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Défense: Les grandes manoeuvres de la construction navale

Un porte-avions, 23 bâtiments de surface, 7 sous-marins nucléaires et une centaine d'aéronefs. La France est engagée dans le plus vaste programme de construction depuis le plan Marshall. Il y en a pour plus de 21 milliards d'euros.

Construction Navale

« La Marine se trouve aujourd'hui au premier plan de la puissance guerrière de la France et ce sera, dans l'avenir, tous les jours un peu plus vrai ». C'était en 1965. Le général de Gaulle lançait la construction du Redoutable. Le premier sous-marin atomique français allait devenir le symbole de l'indépendance militaire du pays. Dès lors, les programmes nucléaires absorberont une grande partie des crédits militaires, souvent au détriment des composantes conventionnelles. Ainsi, dans les années 80, la Marine dû renoncer à 16 des 25 corvettes qui devaient remplacer ses vieux escorteurs d'escadre pour assurer la constitution d'une flotte stratégique de 6 sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE). Depuis, l'effondrement de l'URSS et l'avènement du terrorisme ont montré les limites de cette politique. Du Liban au Kosovo, de la guerre du Golfe à l'intervention en Afghanistan, la France s'est trouvée engagée loin de ses côtes, dans des conflits où sa coûteuse dissuasion nucléaire ne lui était d'aucune utilité. En revanche, ces opérations ont montré un cruel manque de moyens dans le domaine de la projection de forces.
Faute d'avoir su accorder plus tôt les budgets nécessaires à la modernisation de sa marine, l'Etat doit donc aujourd'hui renouveler la quasi-intégralité de la flotte. Pour remplacer les unités obsolètes, Il faut construire de toute urgence 31 grands bâtiments de combat et une centaine d'aéronefs.

Retombées industrielles dans les secteurs militaires et civils

Pour DCN, qui est devenue en 2003 société de droit privé, ces programmes constituent une véritable aubaine, au moment ou l'entreprise cherche à développer sa productivité. Mais construire la flotte du futur ne sera pas uniquement du ressort des entreprises de défense. Forte du succès industriel et commercial des BPC (Bâtiments de Projection et de Commandement), en partie construits à Saint-Nazaire, Michèle Alliot-Marie affirme que « toutes les solutions seront envisagées pour recourir au secteur civil quand cela sera possible ». Un partenariat qui ne concerne pas seulement les Chantiers de l'Atlantique. Le montage de blocs pré équipés rend possible, depuis quelques années, la réalisation de certains ensembles à des centaines de kilomètres de la cale de construction. Il suffit simplement, une fois qu'ils sont achevés, de les remorquer par barge jusqu'au chantier. C'est le cas notamment pour les BPC dont la partie avant a été construite à Saint-Nazaire. En profitant de l'expérience du chantier civil dans le domaine des locaux vie, le coût du Mistral est inférieur de 30% à celui de la Foudre. Compte tenu de l'importance du programme FREMM, deux millions d'heures de travail par frégate, DCN pourrait sous traiter une bonne partie de la coque à différentes entreprises. Selon Jean Jacques Le Faouder, de DCN Lorient : « Si les 17 navires sont construits dans les temps prévus, nos infrastructures seront insuffisantes. Nous devrons faire appel à des industriels capables de réaliser de gros blocs pré équipés». De fait, la coopération avec des constructeurs civils est déjà une réalité. Ainsi, en Loire-Atlantique, la société SMCN construit de nombreux tronçons pour les frégates Horizon. D'autres chantiers français pourraient bénéficier d'un prévisible surcroît de travail à Lorient. La piste des Constructions mécaniques de Normandie, dont la situation économique reste précaire, a été évoquée. Les FREMM constitueraient une manne financière providentielle pour les CMN de Cherbourg et leurs 417 salariés. Des chantiers étrangers seraient également en lice. Le programme des frégates multi-missions est en effet très serré en terme de coûts, avec des navires à « 50 euros le kilo, contre 75 euros en moyenne pour les autres frégates européennes », explique Jean-Marie Poimboeuf. Pour réaliser un bâtiment à 280 millions d'euros pièce, il faudra donc se montrer particulièrement ingénieux, avec un lourd travail sur les achats, la coopération et le montage industriel.

Reste une inconnue, le facteur politique. Dans un secteur en voie de privatisation, les commandes sont devenues impératives. Plus question d'entendre parler de restrictions budgétaires sans parachute de l'Etat : « On aura du travail pour dix ans ou ce sera le naufrage », résume un cadre de DCN. Et les industriels de rappeler les promesses de Jacques Chirac : « Cette fois, la défense ne sera pas une variable d'ajustement ».

A quoi ressemblera la flotte de demain ?

« C'est une capacité globale entre l'aviation, la marine et les unités terrestres qui est désormais recherchée. La France doit se doter d'un outil lui permettant de déployer très rapidement une force dans un secteur où l'armée n'est pas pré-positionnée », explique Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'IRIS (Institut de Recherches Internationales et Startégiques). Pour répondre à ces besoins opérationnels, la Royale renforce tout d'abord ses capacités amphibies avec deux bâtiments de projection et de commandement. Déplaçant 21500 tonnes à pleine charge, les BPC seront, après le Charles de Gaulle les plus gros vaisseaux de la flotte. Ils embarqueront 450 soldats, 16 hélicoptères (NH90 et Tigre) et 70 véhicules, dont 13 chars Leclerc. Le débarquement des troupes s'effectuera grâce à 4 chalands ou deux engins sur coussins d'air (du type LCAC américains). Les BPC disposeront également d'un centre de commandement interarmées, vaste espace modulable de 800 mètres carrés, pouvant accueillir un état major et 150 postes d'opérateurs. Le Mistral ralliera la flotte cet été, le Tonnerre, en 2006. Avec les Transports de chalands de débarquement déjà en service, la France pourra projeter, directement, par voie maritime, quelques 2000 hommes, 40 hélicoptères et des dizaines de véhicules.

Remplacement des frégates de premier rang

Pour soutenir ces forces de débarquement et intervenir contre des objectifs à terre, la marine va toucher ses premiers missiles de croisière. D'une portée de 1000 kilomètres et plus précis que le Tomahawk américain, le SCALP Naval permettra les frappes en profondeur. Il équipera les frégates multimissions à partir de 2011. Au nombre de 17, ces navires furtifs de 4500 tonnes existeront en deux versions. Les neuf AVT (action vers la terre) seront destinées aux interventions au large de côtes hostiles (Artillerie à longue portée, missiles de croisière, exocets et radier permettant la mise en Suvre d'embarcations rapides pour commandos), les huit autres ayant pour mission la lutte sous la mer (même armements mais hélicoptère ASM et sonars). Ce programme de 6 ,5 milliards d'euros assurera l'essentiel du plan de charge de DCN Lorient à partir de 2006, date de la mise sur cale de la première FREMM.

Pour l'heure, le site morbihannais s'active autour du programme Horizon. Destinées à la protection anti-aérienne du groupe aéronaval, ces grosses frégates de 7000 tonnes aligneront 48 missiles Aster à lancement vertical. Leurs radars seront capables de suivre 300 cibles et d'en engager une douzaine simultanément dans un rayon de 100 km. La première frégate, le Forbin, a été mise à flot en mars, la seconde, le Chevalier Paul, le sera dans un an. Deux autres commandes, étaient prévues à partir de 2007, ne verront sans doute pas le jour. Ces bâtiments extrêmement chers pourraient être remplacés par deux FREMM en version antiaérienne.

Le renouvellement de la flotte sous-marine se poursuit

Après la récente admission au service actif du Vigilant, la construction du quatrième et dernier SNLE du type Le Triomphant a commencé à Cherbourg. Déplaçant 14.000 tonnes en plongée pour 138 mètres de long, ces submersibles sont réputés pour leur exceptionnelle discrétion. Ils emportent dans leurs flancs 16 missiles stratégiques équipés, chacun, de 6 têtes nucléaires de 150 kilotonnes. A sa mise en service en 2010, Le Terrible sera doté du nouveau missile M51 dont la portée atteindra 8000 kilomètres. Le coût du navire est de 2,4 milliards d'euros alors que l'ensemble du programme M 51, développement, production et infrastructures, est estimé à plus de 8 milliards d'euros. Cherbourg construira également 6 sous-marins nucléaires d'attaque, les Barracuda, qui remplaceront nombre pour nombre, à partir de 2012, les Rubis actuellement en service (budget estimé : 6 milliards d'euros). Plus gros que leurs prédécesseurs, ils mettront en Suvre le SCALP Naval. Comme pour les SNLE, c'est DCN Indret, près de Nantes, qui est chargé de la motorisation. « Ce programme est essentiel pour notre établissement puisqu'il représentera la moitié de l'activité production dès 2007 », affirme Henri de Bronac, directeur du site où travaillent un millier de personnes.

Force aéronavale

Dans les prochaines années, la marine va enfin solutionner le problème de la permanence aéronavale grâce au second porte-avions. Pièce maîtresse de la loi de programmation militaire, ce navire, sera étudié en coopération avec la Grande-Bretagne et sans doute construit aux Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, avant d'être armé à Brest. Fin 2005, la France a choisi d'opter pour une variante du CVF britannique. D'une longueur de 283 mètres pour un déplacement de 65.000 tonnes, ce bâtiment pourra embarquer 32 Rafale, 3 Hawkeye et 5 hélicoptères ; soit une capacité accrue par rapport au CDG. Les équipes de DCN et Thales plancheront jusqu'à la fin du printemps sur une étude détaillée de l'adaptation du navire britannique. Si ces travaux sont concluants, la commande du PA 2 devrait intervenir fin 2006, pour une mise en service aux alentours de 2015, juste avant le rechargement des réacteurs du Charles de Gaulle. 926 millions d'euros, soit environ un tiers du programme, ont été inscrits dans le budget 2006 en autorisation d'engagement de crédit.

L'aéronavale opère, elle aussi, une cure de jouvence. 60 Rafale sont prévus pour remplacer les vieux Super Etendard. Une première flottille de 10 chasseurs (F 1) est aujourd'hui opérationnelle et 17 autres ont été commandés à Dassault Aviation. La version d'attaque au sol et de lutte antinavire (F 2) sera disponible en 2006, avant une version polyvalente (F 3). Le dernier de série rejoindra la base de Landivisau (Finistère) en 2016. Le Rafale sera embarqué sur les deux porte-avions. Les autres bâtiments mettront en Suvre le NH90, hélicoptère de lutte anti-sous-marine et anti-navire étudié en commun par la France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays Bas. 27 exemplaires sont attendus à partir de 2006. Par ailleurs, pour les missions de surveillance, de recherche et de sauvetage, l'aéronavale a décidé de porter de 24 à 33 le nombre de ses hélicoptères Panther.

Avant 2020, la Marine aura donc fait peau neuve, conservant le même nombre de navires de combat qu'aujourd'hui mais augmentant d'un tiers son tonnage global. Avec ses porte-avions, ses grands navires amphibies et ses frégates très modernes, elle sera capable d'intervenir sur n'importe quel théâtre d'opération. Si les programmes sont respectés, ce qui n'est pas encore gagné, la France disposera pour la première fois, depuis longtemps, d'une flotte parfaitement équilibrée, polyvalente et autonome.

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