Construction Navale
Démantèlement : Pierre Cardo préfère Bordeaux à Brest

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Démantèlement : Pierre Cardo préfère Bordeaux à Brest

Construction Navale

Chargé par le premier ministre d'une mission sur le démantèlement des navires en fin de vie, Pierre Cardo a remis la semaine dernière ses conclusions à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie. Dans son rapport, l'ex-député des Yvelines (qui a renoncé à son mandat pour poursuivre cette mission), conclue à la nécessité de disposer, en France, d'un site de spécialisé dans la déconstruction des vielles coques, qu'elles soient civiles ou militaires. Chargé d'étudier les conditions de la création et de la viabilité d'une filière de démantèlement sur le territoire français, Pierre Cardo a visité 12 ports : Dunkerque, Le Havre, Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux, Marseille, La Ciotat et Toulon. Après avoir pesé les avantages et les inconvénients de chaque pôle, Pierre Cardo préconise que le futur site de référence du démantèlement en France soit installé à Bassens, sur le domaine du Grand Port Maritime de Bordeaux. L'option bordelaise s'est, apparemment, imposée en raison des infrastructures disponibles. Bassens dispose, en effet, d'une grande forme de radoub de 235 mètres de long et 35 mètres de large. Utilisée depuis 2009 dans le cadre de la réalisation du nouveau pont enjambant la Gironde, cette forme est en mal d'activité. Et c'est précisément là que Veolia Proprété a souhaité implanter un pôle de démantèlement de navires et de valorisation des ferrailles (activité indispensable pour rendre la filière rentable). Bien que le groupe français n'ait pas été retenu dans l'appel d'offres concernant la déconstruction de l'ex-Clemenceau (parti finalement chez l'Anglais Able UK), Veolia a tout de même utilisé Bassens pour démanteler une trentaine de bateaux de pêche, acquérant ainsi une précieuse expérience et un positionnement certain. Outre cette forme, une autre cale sèche pourrait être utilisée, pourvu qu'elle soit dotée d'un bateau porte.

Chalutier démantelé par Veolia à Bassens (© : VEOLIA PROPRETE)
Chalutier démantelé par Veolia à Bassens (© : VEOLIA PROPRETE)

Pas de consensus à Brest

En dehors des infrastructures, le site bordelais semble également avoir la préférence de la mission Cardo en raison d'un certain consensus local en faveur du développement d'une filière de démantèlement. C'est, sans doute, le principal handicap de Brest, qui dispose pourtant, en plus de ses cales sèches, d'une collection de navires militaires et civils bons pour la casse. Mais, à la pointe Bretagne, il y a autant de partisans que de détracteurs de la déconstruction de navires. Ouvertement ou non, les différents projets sont portés ou torpillés par les acteurs locaux. « Bien que Brest ait un potentiel certain du fait de la présence d'un industriel du ferraillage, d'un port en eaux profondes et d'un stock de navires abandonnés ou pas, selon qu'ils soient militaires ou civils et difficilement déplaçables. Le site de Brest a diminué ses chances par manque de volonté et d'entente entre les parties qui auraient pu activer cette activité. Le site de Brest s'est exclu, car pour certains cette activité est une sous activité, bruyante et qui ne collerait pas à l'image de la ville et qui ne créerait que peu d'emplois », regrette l'association bretonne Mor Glaz. Plus ou moins publiquement, la Marine nationale s'est, notamment, opposée à ce que les formes du port militaire servent à déconstruire ses navires. Les marins estiment, en effet, que les infrastructures fonctionnement à « flux tendu » et doivent rester totalement disponibles pour l'entretien des bâtiments de guerre et les avaries non prévues (d'autant que Brest est en charge de la dissuasion nucléaire avec les sous-marins de l'Ile Longue et les navires assurant leur protection). Dans le même temps, le port de commerce bénéficie d'une belle activité dans le domaine de la réparation navale, impliquant une utilisation intensive des formes.

Le Winner va être démantelé à Brest (© : MOR GLAZ)
Le Winner va être démantelé à Brest (© : MOR GLAZ)

Malgré tout, Brest sera amené, dans le futur, à déconstruire des bateaux. Car certaines coques ne sont plus capables, compte tenu de leur état, d'être remorquées vers d'autres ports (ce qui est également vrai pour un certain nombre d'anciens bateaux conservés dans la région de Toulon). Ainsi, au mois de septembre, débutera dans une forme de la Penfeld la déconstruction du cargo Winner, arraisonné par la marine en 2002, dans le cadre d'une saisie de cocaïne. D'autres navires (dont peut être certains militaires en piteux état) prendront peut être le même chemin. Dans son rapport, Pierre Cardo prend en compte la problématique de la disponibilité des formes brestoises. Si une activité de démantèlement doit naître à la pointe Finistère, il préconise la construction d'un slipway ou le recours à un dock flottant, dont la réalisation, dixit le rapport, pourrait être confiée aux chantiers de Saint-Nazaire.

Vielles coques en rade de Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Vielles coques en rade de Toulon (© : JEAN-LOUIS VENNE)