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Dernière ligne droite pour la drague GNL L’Ostrea
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Dernière ligne droite pour la drague GNL L’Ostrea

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La nouvelle drague à injection d’eau du port de Bordeaux est en cours d’achèvement chez Socarenam à Boulogne-sur-Mer. Premier navire neuf doté d’une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié (GNL) allant sortir d’un chantier français, L’Ostrea devrait enfin rejoindre courant juillet l’estuaire de la Gironde, a appris Mer et Marine auprès du GIE Dragages Ports. Ce dernier sera propriétaire du navire de 45 mètres, dont l’armement sera assuré par le Grand Port Maritime de Bordeaux.

Ce projet complexe, qui a connu différents aléas internes et externes, devrait au final connaître près d’un an de retard par rapport au planning initialement fixé. Lors de la signature du contrat, en janvier 2018, il était en effet prévu que la nouvelle drague soit livrée à la fin de l’été 2019. Un premier glissement est intervenu en raison de modifications décidées après la commande, qui ont contraint à allonger le navire de 4 mètres. De ce fait, la coque, produite par le chantier polonais Crist, n’est arrivée à Boulogne pour son armement que le 6 novembre dernier, la livraison étant renvoyée à début avril 2020. Mais en mars, alors que tout était quasiment prêt pour lancer les essais, la crise du coronavirus est à son tour venue perturber le planning. « Le chantier Socarenam a pu reprendre son activité en mai, mais certains fournisseurs étrangers n’ont pas encore pu jusqu’à présent faire venir leurs collaborateurs sur le site pour effectuer les mises en services d’équipements et les tests, préalables à un dernier passage en cale sèche pour les finitions sur la coque. La livraison de L’Ostrea est envisagée à Bordeaux courant juillet, nous aurons un calendrier plus précis au moment de son départ pour la cale sèche », explique-t-on au GIE Dragages Ports.

 

La coque de L'Ostrea juste après son arrivée à Boulogne en novembre (© : SOCARENAM)

La coque de L'Ostrea juste après son arrivée à Boulogne en novembre (© : SOCARENAM) 

L'Ostrea à Boulogne la semaine dernière (© : MARC OTTINI)

L'Ostrea à Boulogne la semaine dernière (© : MARC OTTINI) 

 

Ce passage en cale sèche est prévu normalement au cours de la seconde quinzaine de juin. Pour la première fois depuis sa sortie de chez Crist, la coque sera mise hors d’eau, permettant de finaliser les travaux de peinture et de réaliser quelques interventions sur des équipements intégrés dans les œuvres vives du bateau.

Avant cela, alors que de nombreux essais d’équipements ont déjà eu lieu à quai, la drague, qui n’a pas encore bougé du port de Boulogne, va profiter de son transit vers Dunkerque pour réaliser ses premières évolutions en mer. Pour cela, ses moteurs fonctionneront au diesel. Car la mise en froid de ses cuves GNL et leur remplissage sera mené à Dunkerque après l’arrêt technique. L’Ostrea conduira alors une nouvelle campagne de tests, cette fois au profit de sa propulsion au gaz. Puis elle partira pour Bordeaux, afin d’y réaliser ses essais de dragage.

Dans le port girondin, elle travaillera sur les souilles, notamment sur les sites amont de Bassens et Ambès, et sur le chenal d’accès au port de Bordeaux. Elle agira en complément de l’Anita Conti pour niveler les sillons laissés par cette drague aspiratrice de 89.7 mètres mise en service fin 2013.

 

L'Anita Conti (© : FABIEN MONTREUIL)

L'Anita Conti (© : FABIEN MONTREUIL) 

 

L’Ostrea remplacera La Maqueline, drague à benne de 49.9 mètres construite à Strasbourg en 1984. Cette dernière a été désarmée le 20 janvier et est en attente dans le port bordelais. Des discussions sont actuellement en cours en vue de sa vente.

 

La Maqueline (© : GPMB)

La Maqueline (© : GPMB) 

 

Du fait du désarmement de La Maqueline et du retard de livraison de L’Ostrea, une drague a été affrétée auprès de SDI, filiale française du groupe belge DEME. Il s’agit de la Dhamra, qui était déjà intervenue sur la Gironde par le passé. Cette drague à injection d’eau de 31 mètres y travaille de nouveau depuis décembre et normalement jusqu’à la fin de ce mois de juin, L’Ostrea devant prendre le relais cet été. En plus de la traditionnelle mission de dragage des sédiments, la nouvelle drague bordelaise sera équipée pour pouvoir, le cas échéant, relever des objets faisant obstruction au passage des navires. Elle pourrait aussi éventuellement, surtout avec son bateau de travail, participer à des opérations de lutte contre la pollution, avec une possible capacité de déploiement de barrages flottants.

 

Le bateau de travail La Laurina (© : MARC OTTINI)

Le bateau de travail La Laurina (© : MARC OTTINI) 

 

L’Ostrea va également embarquer un petit bateau de travail en aluminium de 7.3 mètres de long pour 3.2 mètres de large et un peu plus de 60 centimètres de tirant d’eau. Conçu par le bureau d’architecture Pierre Delion, la Laurina, équipée d’un hydrojet (260 cv) et capable de naviguer à environ 20 nœuds a été réalisée par le site Socarenam Côte d’Opale, à Etaples. « Cette annexe est un engin multifonctions. Elle permettra par exemple de relever des bouées, de faire des prélèvements de sédiments et du transport de personnel entre le bord et le quai », précise-t-on au GIE Dragages Ports.

 

La Laurina (© : PIERRE DELION ARCHITECTURE)

La Laurina (© : PIERRE DELION ARCHITECTURE) 

 

Représentant un investissement d’une vingtaine de millions d’euros pour le GIE Dragages Ports, la nouvelle drague bordelaise a été conçue en coopération avec le cabinet d’ingénierie belge Multi, qui travaille de longue date avec des entreprises de dragage, comme DEME et Jan de Nul. Elle mesurera 45 mètres de long pour 11 mètres de large. Mettant en œuvre un système de dragage par injection d’eau (à 2.5 bar), L’Ostrea sera équipée de deux propulseurs azimutaux (2 x 1200 kW) et un propulseur d’étrave de 400 kW, avec un système de positionnement dynamique. Sa vitesse maximale sera de l’ordre de 12 nœuds. L’énergie sera principalement générée par le GNL, stocké dans une cuve de 65 m3 et alimentant trois moteurs dual-fuel Wärtsilä 8L20DF de 1480 kW chacun fonctionnant aussi bien au gaz qu’au diesel. Wärtsilä est en charge de l’ensemble du système gaz du navire.

 

(© : SOCARENAM)

(© : SOCARENAM) 

 

Le principal avantage du GNL se situe au niveau environnemental, rappelle-t-on au GIE Dragages Ports : « par rapport au gazole, l’utilisation du GNL permet de réduire de 20% les émissions de dioxyde de carbone (CO2), de 80% celles d’oxydes d’azote (NOx) et de plus de 99% les émissions de soufre et de particules fines ».

Evidemment variable selon l’utilisation du navire, l’autonomie avec 65 m3 de gaz liquéfié sera d’environ une semaine, l’avitaillement en GNL allant être réalisé par camion-citerne. Le Grand Port Maritime de Bordeaux doit, au début du moins, s’appuyer sur le contrat cadre négocié avec Primagaz par le GIE Dragages Ports afin de mutualiser les coûts et l’expérience. Un accord sur lequel s’appuie déjà le GPM de Nantes Saint-Nazaire pour l’avitaillement de la Samuel de Champlain. Celle-ci a pour mémoire été remise en service à l’été 2019 après la conversion de sa propulsion au GNL.

 

La drague Samuel de Champlain après sa conversion GNL (© : NANTES SAUINT-NAZAIRE PORT)

La drague Samuel de Champlain après sa conversion GNL (© : NANTES SAUINT-NAZAIRE PORT) 

 

Elle a depuis été assez peu active suite à différents aléas « qui n’ont rien à voir avec ses moteurs », assure-t-on au GIE Dragages Ports : une avarie en octobre, puis un arrêt technique perturbé par les mouvements sociaux de l’hiver et qui, peu après s’être achevé en février, s’est prolongé avec la crise du Covid-19, la drague étant restée à quai pendant une longue période. Alors que les besoins commençaient à devenir très pressants en Loire, où les usagers du port réclamaient de nouvelles campagnes, la Samuel de Champlain a finalement repris son œuvre dans l’estuaire en mai.

Après la période de confinement, pendant laquelle les ports n’ont pas cessé leur activité (y compris de dragage pour certains), toutes les dragues ont désormais repris du service.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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