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Des chiens comme appâts pour pêcher les requins

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Des chiens comme appâts pour pêcher les requins

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C’est une pratique barbare digne d’un autre âge et pourtant, elle se passe en France. A La Réunion pour être plus précis. Signe de l’importance des faits, Brigitte Bardot recevra ce soir, au nom de sa fondation, François Baroin, le ministre de l’Outre mer, pour évoquer ce sujet. Sur place, les autorités ont mené récemment une opération coup de poing pour tenter de débusquer les pêcheurs qui utilisent des chiots ou des chats pour appâter les requins. Sur réquisition du parquet de Saint-Denis, le Gendarmerie maritime, les militaires de la section aérienne et plusieurs brigades territoriales ont sillonné les approches de La Réunion. Si aucun contrevenant n’a été pris la main dans le sac, cette opération aura au moins eu le mérite d’être dissuasive, car elle signifie clairement que la justice s’intéresse de près au problème et n’a pas l’intention de laisser cette pratique continuer. Il faut dire que dans l’île, une véritable polémique a éclaté ces derniers mois. Les associations de protection des animaux ont porté plainte à plusieurs reprises. Outre la fondation Brigitte Bardot, l’association 30 millions d’amis a même mandaté un avocat. Du côté des comités locaux des pêches, on proteste également. Les professionnels, qui dénoncent ces actes, sont inquiets de la mauvaise image qui plane sur eux.

Les pêcheurs professionnels hors de cause

Le milieu a pourtant été mis hors de cause, comme l’a expliqué Xavier Nicolas, directeur adjoint des affaires maritimes, au Journal de l'île (*): « En préparant cette opération, nous nous sommes mis dans la peau de ceux qui commettent ces actes abominables et nous sommes pratiquement certains désormais qu’ils ne peuvent avoir été commis par quelqu’un qui appartient au monde le la pêche, professionnel ou amateur. D’abord parce que ce n’est pas dans l’éthique des pêcheurs qui ont du respect pour la pêche et leur proie. Mais aussi pour de simples raisons économiques. Le requin, poisson désigné par la pêche au chien vivant n’a pratiquement aucune valeur marchande. Seul son aileron se négocie. Encore faut-il qu’il soit toujours livré avec l’animal entier. Il est illégal d’acheter un aileron seul. Or, le requin dégage de l’ammoniaque après la prise. Il gâte le reste de la cargaison. Les pêcheurs n’en veulent donc pas dans les cales ».

Une aiguille dans une meule de foin

Débusquer les pêcheurs qui utilisent des chiens ou des chats n’est pas une mince affaire. Les abords de l’île s’étalent en effet sur 2000 Km² et les moyens nautiques et aériens ne permettent bien évidemment pas de surveiller constamment la zone. Toutefois, il se pourrait que le terrain d’action des criminels soit en fait assez restreint. Les enquêteurs pensent que ce type de pêche est pratiqué sur de petites embarcations ou depuis la terre. C’est pourquoi le parquet de Saint-Denis a demandé aux brigades terrestres d’être particulièrement vigilantes. Après 24 heures d’opération, aucun coupable n’a été appréhendé. Le substitut du procureur est toutefois déterminé à trouver les auteurs de ces pêches sauvages et à mettre fin au scandale: « S’il le faut, je réquisitionnerais des hélicoptères banalisés », a déclaré au Journal de l'île Frédéric Almendros.

Trois mois de prison avec sursis

Bien que les enquêteurs réunionnais ne soient pas parvenus a affirmer clairement que le chiot retrouvé fin juillet dans une ravine de Sainte-Marie avait servi d’appât pour des requins, l’homme interpellé suite à cette découverte a été condamné vendredi dernier à trois mois de prison avec sursis et 5000 euros d’amende. Motif : actes de cruauté envers un animal domestique. Le jeune chien avait été retrouvé les pattes et les babine percées d’hameçons. Niant avoir voulu s’en servir pour attirer les squales, le prévenu a invoqué « un piège confectionné avec des hameçons pour protéger ses poules ». Marié à une enseignante et père de trois enfants, il n’était pas jusque là connu des services de police. Le tribunal a donc été clément, alors que le parquet avait réclamé un mois de prison ferme. La SPA de La Réunion s’était portée partie civile. L’association espère que « cette condamnation fera réfléchir ceux qui utilisent ces pratiques d’un autre âge ». Malgré le faisceau d’indices conduisant à l’interpellation de cet homme (matériel de pêche et mâchoire de requin retrouvés chez lui suite à une perquisition), l'individu n’a pas été condamné pour les faits dont il était soupçonné. Il n’empêche, pour le substitut du procureur Frédéric Almendros, cité dans le Journal de l’île, « nul doute que le jeune chiot a fait l’expérience d’une tentative maladroite (…) Ces faits correspondent à une réalité. La pêche au requin avec appâts vivants existe à la Réunion, même si ce genre de pratique est marginale. Elle jette l’opprobre sur tous les Réunionnais. C’est le tourisme, la société et l’inconscient collectif qui sont touchés ».

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