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Des drones chasseurs de drones pour la protection des sites sensibles

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Des drones chasseurs de drones pour la protection des sites sensibles

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C’est l’une des nouveautés qui a fait sensation, la semaine dernière, au Salon International de l’Aérosurveillance Maritime. Sur l’aéroport du Castellet, où se tenait le SIAM, la société Malou Technologies a présenté ses drones chasseurs de drones. Des appareils spécialement conçus pour intercepter les intrusions de mini-drones dans un espace protégé, soit via le déploiement d’un filet, soit en les percutant (voir vidéo en fin d'article). Le système est on ne peut plus simple. Pas de grande technologie, que des équipements civils et du bon sens. « Ce qu’il faut c’est une solution simple, facile à mettre en œuvre et immédiatement utilisable. Les mini-drones sont des engins qui ne font pas beaucoup de bruit et sont difficilement détectables à l’avance. Mais ils sont lents et ne manœuvrent pas vite. Il est donc possible de les intercepter et même de les capturer avec d’autres drones », explique Philippe Dubus, président de Malou.

 

 

Les centrales aujourd’hui, des bases militaires demain ?

 

Alors qu’il est devenu particulièrement simple de se procurer un aéronef télécommandé, cette solution émerge sur fond d’interrogations quant à la sécurité des installations sensibles face à une intrusion aérienne de ce type. Depuis le survol il y a quelques semaines de plusieurs centrales nucléaires françaises par de petits drones non encore identifiés officiellement, la question se pose avec acuité. Tous les sites peuvent en effet être potentiellement concernés. Ainsi, après les centrales, pourquoi pas un survol de la base navale de Toulon ou encore de l’île Longue, le repère des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ? Rien, en fait, ne s’y oppose vraiment, si ce n’est une interdiction légale qui n’est pas de nature à effrayer ceux qui sont résolus à passer outre.

 

Le risque terroriste et surtout l’arrivée des « geeks » de drones

 

Les autorités sont en fait confrontées à deux problèmes. Le premier, auquel on pense immédiatement, est une éventuelle attaque terroriste. Certes, un petit drone civil ne constitue pas en lui-même une menace sérieuse pour une installation protégée mais, s’il advenait qu’un engin emporte quelques centaines de grammes d’explosifs, il pourrait provoquer des dégâts et faire des victimes. Alors que les services spécialisés planchent sur cette menace, plutôt bien identifiée et appréhendée, les intrusions constatées récemment ne relèvent toutefois pas, à priori, d’actes préparatoires à des attaques terroristes. Sans préjuger des enquêtes en cours sur les affaires liées aux survols de centrales et pour aborder le sujet de manière plus générale, les auteurs de ces actions ne sont, probablement, que de jeunes civils passionnés d’électronique. Il ne s’agit pas de traditionnels modélistes mais d’individus profitant d’évolutions technologiques rapides, de l’accessibilité de moyens aériens bon marché et de la miniaturisation de nombreux équipements, comme les caméras, pour repousser des limites techniques. Avec, manifestement, un fort penchant pour braver les interdits, en l’occurrence les interdictions de survol.

 

« Smartphones volants »

 

C’est ce que Philippe Dubus appelle des « geeks de drones ». Selon lui, un nouveau phénomène est en train d’émerger, rappelant celui du hacking informatique. « Il y a une vraie analogie avec les hackers. Cette génération de geeks a accès à une nouvelle dimension grâce aux mini-drones civils, qu’ils perçoivent comme des smartphones volants, pas comme des engins aéronautiques. Ce qui les intéresse, ce sont les nouvelles technologies, les capacités informatiques et de communication de l’engin. Avec, probablement, le développement de mondes communautaires et donc, potentiellement, la perspective d’actions coordonnées sur plusieurs sites ».  Au début des années 80, quand les premiers hackers informatiques ont sévi, les pouvoirs publics furent pris au dépourvu. « Personne n’imaginait qu’un petit jeune avec un PC puisse développer un logiciel capable de s’introduire dans les systèmes informatiques du FBI ou de la CIA. La première réponse, à l’époque, a été de faire des systèmes encore plus gros et plus complexes, ce qui n’a évidemment pas marché ». Un combat de l’éperon et de la cuirasse qui s’est rapidement transformé en véritable compétition pour les hackers, toute nouvelle barrière mise en place par les autorités constituant un nouveau challenge à relever. Avec en bout de course la satisfaction de « rendre chèvre » les services et de voir les Etats ou entreprises dépenser des fortunes pour se protéger.

 

Réagir face à la course de l’innovation

 

Une philosophie qu’il serait bon d’avoir à l’esprit aujourd’hui. Car les « geeks de drones » pourraient bien prendre le même chemin. En clair, se jouer des pouvoirs publics qui, pour se prémunir, se lanceraient dans de grands programmes de protection complexes, longs à mettre en place et nécessitant de lourds investissements. Pour un résultat qui n’est pas gagné d’avance. « Il faut bien analyser la menace et, comme pour les hackers en informatique, penser comme eux. L’échelle de temps est primordiale. Ces jeunes ne font pas des programmes sur le long terme, eux regardent au jour le jour les évolutions des smartphones, dont il se vend 100 millions d’exemplaires par mois dans le monde. Ce domaine est une incroyable source d’innovation ». En clair, les moyens et le mode opératoire d’aujourd’hui auront peut être totalement changé dans quelques années, voire quelques mois seulement.

Concrètement, que faire ? Alors que la détection de ces engins miniatures capables de voler très bas constitue un beau casse tête, leur neutralisation est encore plus problématique. Cette capacité est pourtant primordiale car, si les « geeks de drones » ne constituent pas une menace à proprement parler, les informations que leurs engins peuvent être amenés à collecter et éventuellement à diffuser sur la toile sont susceptibles d’être utilisées pour des actes malveillants. Et, bien entendu, il y a toujours le risque de voir des personnes malintentionnées, y compris des terroristes, s’inspirer de telles méthodes pour conduire des attaques.

 

Apporter une solution à des autorités relativement démunies

 

Or, face à un mini-drone, hors de question, bien entendu, de recourir à un avion de chasse ou une batterie de missiles sol-air. Un hélicoptère ne constitue pas, non plus, une solution optimale. Les délais de réaction devant être très courts, l’une des options régulièrement avancées est de tirer à l’arme légère sur les engins considérés comme hostiles. Sauf qu’en pratique, l’emploi des armes à feu est très règlementé, interdit dans certains sites et à proximité de zones habitées, ce qui est le cas de nombreuses installations. De plus, abattre un engin de quelques dizaines de centimètres à des distances importantes, de plusieurs centaines de mètres, n’est pas un sport de masse. Il faut des tireurs d’élite et il n’est bien entendu pas possible de déployer en permanence et pour chaque site sensible une telle compétence.

D’où l’idée de Malou de développer une réponse immédiate, très simple à mettre en œuvre et peu coûteuse, en s’opposant aux geeks avec les mêmes armes. « L’objectif est de ne pas rester les bras croisés à regarder les drones survoler des sites sensibles. Il faut agir immédiatement avec le même pragmatisme que les geeks pour plaquer leurs engins au sol ». Créée il y a 20 ans et aujourd’hui filiale d’Assmann, un groupement de PME, la société française est d’abord spécialisées dans les enregistreurs de communications pour les services de secours et de sécurité, publics ou privés. « De cette activité nous avons tiré des opinions sur différentes problématiques rencontrées par nos clients. Et c’est sans doute parce que nous ne sommes pas une société du monde de l’aéronautique ou du militaire, mais de l’univers des télécommunications, de l’informatique et des réseaux, que nous avons raisonné autrement pour appréhender le problème des intrusions de mini-drones civils », estime Philippe Dubus. C’est après avoir  développé au profit d’un client étranger un système de drone pour une autre application que Malou a planché sur des intercepteurs à partir d’engins civils homologués et utilisés jusqu’ici pour différentes missions (inspection et suivi de chantiers, acquisition d’images en zones peu accessibles, analyses thermiques…)

 

L'intercepteur Phantom 2  (© MALOU TECHNOLOGIES)

L'intercepteur Phantom 2  (© MALOU TECHNOLOGIES)

Neutralisation d'un drone à l'impact (© MALOU TECHNOLOGIES)

Neutralisation d'un drone à l'impact (© MALOU TECHNOLOGIES)

 

Equiper les équipes de sécurité d’engins low cost réutilisables ou jetables

 

Avec à l’arrivée plusieurs modèles. « Nous avons développé une solution sur la base de châssis de micro-drones civils low cost, réutilisables ou à usage unique ». Des appareils multi-rotors qui pèsent, une fois équipés (notamment d’une caméra), de 2 à 25 kilos pour une envergure allant de 0.35 à 2.15 mètres. Les plus étonnants sont ceux équipés d’un filet, déployé avant le décollage ou relâché en vol peu avant l’interception pour optimiser la manœuvre lors de la phase de rapprochement. L’objectif est d’emprisonner l’intrus dans le filet et de pouvoir le ramener. Ou, si une menace réelle se fait sentir, d’opérer une action « kamikaze » contre la cible. « La grande faiblesse de ces engins est qu’il suffit de les percuter pour les déséquilibrer ou casser une hélice. Dès lors, ils tombent par terre ».

Selon Philippe Dubus, la mise en œuvre de ces systèmes peut être extrêmement rapide. « Dans tous les sites sensibles on trouve des équipes de sécurité. Le personnel est donc déjà là. Il suffit ensuite de l’équiper de drones prêts à l’emploi et capables de décoller instantanément pour intercepter un intrus. La formation des opérateurs au pilotage et à l’interception est simple et ils peuvent ensuite s’entrainer pour se perfectionner. Quant au coût de l’opération, il est très faible ». Chez Malou, on estime que ce concept offre non seulement une solution d’interception, mais représente aussi un véritable outil de dissuasion face aux fameux geeks. Car, même si les prix d’acquisition des micro-drones se sont significativement réduits ces dernières années, pour un particulier, ils représentent tout de même un coût. L’utilisateur devrait donc y regarder à deux fois avant de risquer son ou ses engins. « Il s’agit d’avoir une capacité d’interception immédiate et efficace qui permet de neutraliser une menace et, en même temps, dissuade les geeks. S’ils s’enfuient face à un intercepteur, ne s’approchent pas parce qu’ils ont peur de perdre leurs engins ou, finalement, ne viennent plus, c’est gagné ». 

 

Capture d'un drone via un filet (© MALOU TECHNOLOGIES)

Capture d'un drone via un filet (© MALOU TECHNOLOGIES)

 

 

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