Energies Marines
Des éoliennes Siemens pour les parcs de Saint-Brieuc, Noirmoutier-Yeu et Le Tréport

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Des éoliennes Siemens pour les parcs de Saint-Brieuc, Noirmoutier-Yeu et Le Tréport

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Suite à la fusion des activités éoliennes du groupe espagnol Gamesa - qui avait repris les actifs d’Areva dans ce domaine - avec celles de l’Allemand Siemens, ce dernier a décidé d’abandonner l’industrialisation de l’éolienne offshore Adwen AD8-180. Elle devait équiper les parcs futurs parcs de Saint-Brieuc, Noirmoutier-Yeu et Le Tréport, le premier étant issu du premier appel d’offres lancé par l'Etat, en 2012, alors que les deux autres ont été attribués lors du second appel d’offres (2014). Siemens et les consortiums en charge de développer ces champs annoncent que la machine initialement prévue sera remplacée par le modèle D8, conçu par l’industriel allemand et qui affiche la même puissance (8 MW). Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, après examen de la Commission de régulation de l'énergie (CRE), a déjà validé cette modification pour le parc des Îles d’Yeu et de Noirmoutier, ainsi que celui de Dieppe - Le Tréport. Tous deux sont développés par Engie, qui table sur une mise en service en 2021. Le consortium Ailes Marines, qui porte le champ de Saint-Brieuc, attend un avis équivalent « au cours des prochaines semaines », assurant que le « changement de modèle d’éolienne sans conséquence pour le développement du projet ». Issu du premier appel d’offres, ce parc breton, qui a notamment essuyé les plâtres en termes de procédures administratives et de recours, a vu le lancement de sa construction décalée. Celle-ci devrait débuter vers 2020/2021.

L’ancien projet d’Areva

Pour mémoire, l’AD-8 avait été initialement conçue, notamment dans le cadre des projets français, par Areva, puis avait vu son développement se poursuivre au sein d’Adwen, société commune crée en 2015 avec Gamesa. Mais le géant français du nucléaire, en grande difficulté financière, avait décidé l’année suivante d’abandonner son aventure dans les énergies marines, revendant ses parts à son partenaire espagnol. Ce dernier a finalement fusionné ses activités avec Siemens afin de créer un poids lourd du secteur.

Or, ces changements de stratégies et mouvements capitalistiques concernent directement le développement de l’éolien offshore en France. On se rappelle en effet que dans le cadre de la création d’une nouvelle filière industrielle hexagonale sur ce secteur, le gouvernement avait décidé, lors de l’attribution des sites du premier appel d’offres sur l’éolien offshore en 2012, de soutenir deux turbiniers nationaux : Alstom Renewable Power (depuis racheté par l’Americain General Electric) pour les parcs de Guérande, Courseulles-sur-Mer et Fécamp, développés par EDF, ainsi qu’Areva pour le site de Saint-Brieuc, porté par le consortium Ailes Marines, constitué de l’énergéticien espagnol Iberdrola, du Britannique RES et de la Caisse des Dépôts. Un second appel d’offres a ensuite vu, en 2014, l’attribution de deux nouveaux champs, Noirmoutier-Yeu et Le Tréport, décrochés par GDF Suez, devenu Engie et qui s’était allié à Areva pour la fourniture des éoliennes.

Des machines plus puissantes que prévu pour Saint-Brieuc

Parti dans cette aventure avec une machine de 5 MW, la M5000, Areva avait entretemps, compte tenu de l’augmentation de la puissance des turbines concurrentes (notamment l’Haliade d’Alstom avec ses 6 MW), obtenu de changer d’éolienne et de développer pour les parcs français l’AD 8-180. Noirmoutier-Yeu et Le Tréport l’ont directement intégrée et la modification fut actée en 2014/2015 par les pouvoirs publics pour Saint-Brieuc, entrainant une réduction de 100 à seulement 62 machines pour une production électrique équivalente.

 

Le projet des usines du Havre lorsqu'il a été ptésenté par Areva (© DR)

Le projet des usines du Havre lorsqu'il a été ptésenté par Areva (© DR)

 

La construction de deux usines au Havre confirmée

A l’époque, Areva comptait lancer la fabrication en série de sa nouvelle machine de 8 MW en 2018 dans deux nouvelles usines construites sur le port du Havre, l’une destinée à la fabrication des turbines et nacelles, l’autre des pales. Un projet confirmé lors de la création d’Adwen avec Gamesa mais qui a, comme d’ailleurs l’ensemble des projets de parcs éoliens offshore en France, pris beaucoup de retard. Le retrait d’Areva et le fait que le marché, bien qu’énorme à l’échelle internationale, soit extrêmement concurrentiel (l’usine de production des Haliade ouverte en 2015 à Montoir par Alstom est par exemple loin de tourner à plein régime avec les seuls contrats à l’export), ont ensuite semé le doute quant à la pertinence de construire de nouvelles usines en Normandie. Inquiétude renforcée suite à l’annonce, en 2016, du projet de fusion Gamesa-Siemens, entériné début 2017. Le groupe allemand a néanmoins accepté de respecter les engagements de ses prédécesseurs concernant la création de capacités industrielles au Havre. Alors qu’il fut apparemment un temps envisagé de réduire le projet à une seule usine, le plan initial sera finalement respecté. Selon Engie, « Siemens Gamesa Renewable Energy a réaffirmé les engagements industriels pris par sa filiale Adwen : les usines de pales et de nacelles, pour lesquelles les demandes de permis (de construire, ndlr) ont été déposées par Adwen le 21 mars 2017, seront implantées au Havre et entraîneront la création de 750 emplois directs. Le recours au tissu industriel local par le consortium et son fournisseur de turbines permettra la mobilisation de 750 emplois supplémentaires ».

La D8, un modèle éprouvé

Les usines havraises, dont l’abandon aurait pu poser un sérieux problème politique, sont donc sauvées mais, en contrepartie, il a fallu faire le deuil de l’AD-8. Une décision parfaitement logique puisque Siemens Gamesa n’allait pas démultiplier les investissements sur plusieurs modèles de puissance équivalente. Il s’appuiera donc sur la D8, machine à entrainement direct développée en Allemagne et basée sur une technologie éprouvée : « La turbine de 8MW D8 se base sur la plate-forme existante d'éolienne en mer à entraînement direct de Siemens Gamesa, qui jouit d'un excellent retour d‘expérience. Plus de 200 éoliennes à entraînement direct dans la catégorie des 6-8 MW ont déjà été installées et mises en service sur des parcs éoliens en mer », précise le constructeur, dont le directeur des projets éoliens en mer se félicite du changement de turbine en France : « Cette décision est une étape cruciale dans l'avancée du secteur éolien en mer français. Siemens Gamesa fournira la plate-forme d'éolienne en mer la plus populaire, et apportera son expérience sans équivalent dans la réalisation de projets éoliens en mer. Je suis convaincu que cette initiative contribuera à l'expansion du secteur et je suis heureux de constater que toutes les parties en présence, y compris nos clients et l'État français, reconnaissent les bénéfices pour l'emploi de la D8 dans ce projet », explique Michael Hannibal. La modification du modèle d’éolienne étant acté, la construction des usines havraises devrait donc bientôt pouvoir débuter.

De quoi alimenter en électricité près de 1.5 million de foyers

Pour mémoire, chacun des trois parcs français concernés sera équipé de 62 éoliennes de ce type, dotées de trois pales avec un diamètre du rotor de 154 mètres. La puissance globale générée atteindra 1488 MW (496 MW pour chaque champ). Selon Siemens Gamesa, la production électrique de chaque machine suffit à alimenter 8000 foyers, ce qui devrait donc permettre, entre Saint-Brieuc, Yeu-Noirmoutier et Dieppe – Le Treport, de répondre aux besoins de près de 1.5 million de foyers français.

 

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