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Des grues flottantes pour décharger des vraquiers devant Cherbourg ?

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Des grues flottantes pour décharger des vraquiers devant Cherbourg ?

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Trois à quatre millions de tonnes par an. C'est le trafic que pourrait générer l'implantation d'un terminal dédié de vrac sec à la pointe du Cotentin. Le projet est porté par Louis Dreyfus Armateurs et la CCI de Cherbourg, candidats à la reprise de la gestion du port normand. « C'est un projet de transbordement en mer, via des grues flottantes. Une partie des Capesize (gros vraquiers, ndlr) passant devant Cherbourg serait déchargée puis la marchandise stockée à terre. Elle serait ensuite réexpédiée par des barges ou des caboteurs vers les ports en eaux peu profondes. C'est ce qui se fait par exemple à Guernesey », explique Pierre Géhanne, directeur général de Louis Dreyfus Armateurs. Pour le groupe maritime français, Cherbourg présente un intérêt stratégique sur le secteur du charbon, une marchandise en pleine expansion que LDA connaît particulièrement bien. L'armement, historiquement positionné sur le transport via sa flotte de vraquier, s'est développé ces dernières années dans la logistique. En Indonésie, en Inde et en Colombie, il assure le transbordement, via des grues flottantes, de 30 millions de tonnes de charbon par an.

 Déchargement de charbon par grue flottante (© : LDA)
Déchargement de charbon par grue flottante (© : LDA)

« Un projet concret pouvant commencer dès le début 2009 »

Selon Pierre Géhanne, le projet présente trois intérêts majeurs : Facile à mettre en place, il offre déjà des débouchés et peut être opérationnel très rapidement. « Cherbourg est bien placé. Des clients sont intéressés et prêts à signer. C'est un projet concret qui peut commencer dès le début de l'année 2009. De plus, en dehors du charbon, on peut envisager beaucoup de choses dans le secteur des minerais, des céréales ou des fertilisants ». LDA estime, par ailleurs, que cette implantation sera génératrice de nombreux emplois pour Cherbourg. « Un hub de transbordement, cela implique des barges et des remorqueurs, donc de l'emploi ». Le nouveau pôle viendrait compléter les actuelles activités, comme le sable, les graviers, les enrochements et les éoliennes. Ces trafics restant faibles, avec moins de 250.000 tonnes en 2007, le hub de transbordement, avec ses 3 à 4 millions de tonnes, permettrait de doubler rapidement le trafic du port. Cherbourg reste en effet, pour l'heure, très « monoproduit ». La place dépend quasi-uniquement du trafic des ferries, tiré par Brittany Ferries et Irish Ferries. L'an dernier, cette activité a représenté 1.34 million de tonnes de fret, près de 767.000 passagers et 1.35 million de véhicules. LDA a, d'ailleurs, confirmé son intention de ne pas se positionner sur ce segment. « C'est hors de question car nous ne voyons pas l'intérêt de rajouter des services supplémentaires, que ce soit à Cherbourg, à Caen ou à Saint-Malo ».

 Le ferry Bretagne quittant Cherbourg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le ferry Bretagne quittant Cherbourg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

Le conteneur : Un mirage ?

Le projet de LDA et de la CCI n'est pas le seul concernant Cherbourg. Depuis des années, l'implantation d'un terminal à conteneurs est évoqué au nord du Cotentin. Certains élus locaux pensent, en effet, que Cherbourg peut profiter de l'explosion du trafic conteneurisé. Mais cette idée, si elle semble attractive sur le papier, se heurte à la réalité du marché. Cherbourg reste un port excentré, situé dans une région faiblement peuplée. L'exemple du port de Nantes Saint-Nazaire est assez emblématique. Premier terminal conteneur de la façade atlantique, et bien que situé au coeur d'une région de 2 millions d'habitants, Montoir traite moins de 140.000 boites par an. Le port autonome ligérien estime, d'ailleurs, que son hinterland est trop faible pour lui permettre de devenir un jour un pôle conteneurisé significatif. C'est pourtant sans compter avec la présence, à proximité, d'un grand port à conteneurs, ce qui se produit pour Cherbourg avec Le Havre (2.7 millions de boites en 2007). « Faire un port à conteneurs c'est facile. Avoir des conteneurs c'est plus compliqué et ce n'est pas un projet qui peut aboutir dès 2009. Il y a la concurrence du Havre, où il y a encore de la place, mais aussi celle de Dunkerque. Et Cherbourg, ce n'est pas le plus bel hinterland qui soit », estime Pierre Géhanne. Interrogé sur la pertinence d'un hub conteneurs dans le Cotentin, un dirigeant d'une compagnie française spécialisée sur ce marché se montre plus que dubitatif. « C'est un beau rêve mais ça n'a aucun intérêt. Il n'y a pas d'hinterland et le Havre est à côté », tranche-t-il.
Concernant le lauréat à la concession du port de Cherbourg, le syndicat mixte PNA (Ports Normands Associés), propriétaire des infrastructures de Cherbourg et Ouistreham, fera son choix à la fin de l'été. Trois dossiers ont été déposés. Celui de LDA et de la CCI, une offre présentée par Veolia et les Constructions Mécaniques de Normandie (CMN), et la CCI, qui s'est également présentée seule.

 Le port de Cherbourg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)
Le port de Cherbourg (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 Déchargement de charbon par grue flottante (© : LDA)
Déchargement de charbon par grue flottante (© : LDA)

Louis Dreyfus Armateurs