Défense
Des planeurs sous-marins pour la marine française
ABONNÉS

Actualité

Des planeurs sous-marins pour la marine française

Défense

Parmi les nombreux drones qui vont équiper la flotte française dans les années à venir, il y aura bien des gliders, a confirmé à Mer et Marine l’amiral Prazuck, chef d’état-major de la Marine nationale. Ces planeurs sous-marins autonomes, capables de plonger profondément et offrant une autonomie très importante, vont à l’instar des drones aériens permettre aux bâtiments qui les mettront en œuvre d’accroître significativement la connaissance de leur environnement en agissant comme des capteurs déportés. Les gliders peuvent effectuer des mesures à différentes profondeurs, pour obtenir par exemple la température et la salinité de l’eau, informations très utiles pour déterminer le profil bathymétrique d’une zone et aider à la calibration des sonars. Ces engins peuvent aussi embarquer une antenne acoustique passive (avec système de traitement embarqué) et, ainsi, contribuer aux missions ASM en recueillant les bruits ambiants dans les secteurs qu’ils traversent.  

La Marine nationale s’est intéressée très tôt à ces engins et leurs capacités. Plusieurs expérimentations ont notamment été menées depuis 2016 avec des drones de la société française Alseamar. Des gliders qui, a-t-on appris à l’état-major, ont été en particulier testés sur une frégate anti-sous-marine du type F70 lors d’une mission dans le nord de l’Europe mi-2017. Avant de partir de Brest, le bâtiment a embarqué plusieurs gliders du type SeaExplorer, qu’il a déployés en début de mission avant de les récupérer après leur patrouille. Cette opération faisait partie d’un cycle d’expérimentations en mer pour démontrer à la DGA, à la Marine Nationale et au Shom l’intérêt de ces drones longue endurance. Elle a permis de valider la plus-value technique et opérationnelle susceptible d’être apportée par de tels engins équipés de capteurs acoustiques ou non acoustiques.

 

Le La Motte-Picquet, l'une des frégates françaises du type F70 ASM (© : MICHEL FLOCH)

Le La Motte-Picquet, l'une des frégates françaises du type F70 ASM (© : MICHEL FLOCH)

 

Longs de 2 mètres pour un diamètre de 25 centimètres et un poids de 59 kilos, les SeaExplorer, équipés de dérives de 56.5 cm, peuvent atteindre une profondeur de 1000 mètres avec une autonomie, selon les modèles, allant de 64 à 160 jours. Très économiques et endurants, ces gliders se déplacent en planant, la plongée se faisant par remplissage d’un ballast. Les capteurs embarqués sont adaptés aux missions (hydrographie, océanographie, géophysique). Totalement autonomes pendant leur patrouille, ils communiquent avec un centre de contrôle à terre ou un bateau via une liaison satellite. Celle-ci permet de collecter les données recueillies et transmettre aux planeurs de nouveaux ordres de mission.

Pouvant couvrir une très vaste zone, les SeaExplorer embarquent une charge utile d’un volume de 15 litres et peuvent parcourir en deux mois plus de 1200km à une vitesse d’environ 1 m/s grâce à une batterie rechargeable. Ils peuvent se poser au fond de la mer et y rester en veille pendant plusieurs mois avant de remonter à la surface, par exemple sur détection d’un signal acoustique préprogrammé.

Pour la Marine nationale, les gliders présentent deux intérêts évidents : l’un pour compléter les moyens hydro-océanographiques du Shom, et l’autre pour démultiplier les capacités du dispositif de lutte ASM.  

Cette technologie permet en effet d’envisager un concept d’emploi nouveau en matière de surveillance acoustique d’une zone, éventuellement très vaste et éloignée des bases support, qui serait couverte par un ou plusieurs gliders. Travaillant de façon coordonnée, en toute discrétion et pendant plusieurs mois, ce réseau de drones multi-capteurs offrirait une permanence à la mer pour détecter des menaces et transmettre des informations d’alerte et de classification en quasi temps réel.

D’ici 2030, la Marine nationale compte disposer d'au moins 100 gliders. Les premiers devraient être affectés aux missions GHOM (Géographie, Hydrographie, Océanographie, Météorologie). 

 

Marine nationale Drones