Marine Marchande
Desserte de la Corse : Un député veut « mettre fin distorsions de concurrence »

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Desserte de la Corse : Un député veut « mettre fin distorsions de concurrence »

Marine Marchande

Roland Blum, député UMP des Bouches-du-Rhône, a déclenché une nouvelle polémique, hier, au sujet de la desserte de la Corse. Le parlementaire a, en effet, estimé que la liaison entre Marseille et les ports corses, assurée par la SNCM et la Méridionale (CMN) au travers d'une délégation de service public, était menacée par la concurrence de Corsica Ferries et bientôt Moby Lines (qui ouvrira un service depuis Toulon en avril). Il a vivement regretté que l'assemblée de Corse ait réduit en novembre dernier de 11 millions d'euros la subvention annuelle de la DSP (plus de 100 millions d'euros), aboutissant à la suppression de 108 traversées entre l'île de Beauté et Marseille. Demandant au gouvernement de « mettre fin aux distorsions de concurrence », le député estime que « l'aide sociale au passager versée aux opérateurs entre Toulon, Nice et la Corse bénéficie pleinement aux armateurs italiens sans le moindre contrôle ». Il réclame, par conséquent, la suppression de l'aide sociale « au passager aux sociétés italiennes et en n'imposant pas la taxe carbone aux armateurs français ».

Corsica Ferries riposte

Suite à ces déclarations, Corsica Ferries a vivement réagi, répondant d'abord au député sur la question de sa nationalité : « Corsica Ferries est une compagnie française, créée à Bastia en 1968 par Pascal Lota, dont le siège est à Bastia depuis sa création et dont les comptes sont déposés chaque année au Tribunal de commerce de Bastia ». Contrairement à la SNCM ou la Méridionale, la compagnie arme ses navires sous pavillon italien, conformément au règlement européen de 1999 sur la libéralisation du cabotage en Méditerranée, ouvert à tous les pavillons de l'UE. Concernant l'aide sociale, votée par l'Assemblée territoriale de Corse en 2001 pour faire baisser les tarifs jugés trop élevés (15 € par passager, baissée récemment à 12 €), Corsica Ferries met les points sur les i : « Cette aide est attribuée, non pas aux armateurs mais à un grand nombre de catégories de passagers dont les résidents corses. Sont concernées par cette aide tous les passagers au départ de Toulon et de Nice (dont ceux de la SNCM...). Le port de Marseille, lui, est sous le régime d'une délégation de service public dit de continuité territoriale pour laquelle la SNCM et la CMN ont touché 114.5 millions d'euros en 2009. L'aide sociale, contrairement à la DSP, est attribuée au passager et en conséquence, Corsica Ferries la reverse intégralement à celui-ci en baissant ses tarifs », affirme la compagnie corse.

Commission d'enquête parlementaire

Pour Corsica Ferries, qui détient désormais 67% de parts de marché sur la Corse, l'aide au passager a été « l'actrice directe de l'augmentation considérable du trafic entre le continent et la Corse en faisant passer celui-ci de 3.45 millions en 2002 à 4.52 millions en 2009. En faisant baisser les tarifs de traversée de 16 % en 8 ans et en installant une plus juste concurrence, l'aide sociale octroyée au passager a également dopé l'économie touristique de l'Ile, qui a même dernièrement connu une saison inespérée en pleine crise ». Appelant à une réflexion sur le coût de la DSP Marseille-Corse par rapport à celui de l'aide au passager, Corsica Ferries se dit favorable à la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la desserte de l'île. En janvier, le député communiste Michel Vaxès a demandé auprès du président de l'Assemblée nationale une commission d'enquête sur « les stratégies économiques et sociales de Corsica Ferries, sur l'emploi des fonds publics dont elle a bénéficié et sur la restructuration de la politique du transport Corse-continent ». La compagnie y est donc favorable mais, « pour une bonne et équitable transparence de l'information des citoyens et contribuables français », demande qu'elle soit élargie. Corsica Ferries souhaite, ainsi, que les députés se penchent sur « les comptes et subventions de fonds publics de la délégation de continuité territoriale dont bénéficient les compagnies SNCM et CMN », ainsi que les « conditions et modalités de privatisation de l'entreprise SNCM, dont le groupe Veolia est devenu majoritaire à 66 % ».

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