Histoire Navale
Deux canots de sauvetage exposés au Nautic

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Deux canots de sauvetage exposés au Nautic

Histoire Navale

Cette année, le Nautic, qui se déroulera du 5 au 13 décembre au parc des expositions de la porte de Versailles, à Paris, permettra au public de découvrir deux embarcations de sauvetage, dont un superbe canot historique datant de 1949 et totalement restauré.

Le Pierre R. Graham de la station du Croisic

Il y aura tout d'abord le canot tous temps Pierre R. Graham, de la station SNSM du Croisic. La Société Nationale de Sauvetage en mer a décidé d’amener jusqu’à Paris ce bateau de 15.5 mètres, mis en service en 1999, pour faire découvrir les fameux CTT, capables de porter secours aux personnes en difficulté dans les conditions les plus dures et loin des côtes. Il s'agit aussi, plus globalement, d'une action de sensibilisation aux missions accomplies par les sauveteurs bénévoles, dont 75% du budget dépend des donateurs privés. Dans cette perspective, l’opération du Nautic est cruciale pour la SNSM car elle souhaite mobiliser les plaisanciers, première catégorie d’usagers de la mer à être concernée par les missions de sauvetage. Or, seuls 50.000 plaisanciers, sur un million rencensés en France, soutiennent financièrement l’association.

 

Le Rierre R. Graham (© : DR)

Le Rierre R. Graham (© : DR)

 

L’Aimée Hilda qui a servi jusqu’en 1975 à Ploumanac’h

En plus du Pierre R. Graham, les visiteurs du salon auront également l’opportunité de découvrir un canot de sauvetage historique. Organisée indépendamment par l’Association Aimée Hilda et l’Association des Amis des Anciens Canots de Sauvetage en Mer (AACSM), cette exposition permettra de découvrir l’Aimée Hilda, un bateau construit en 1949 et qui a servi jusqu’en 1975 au sein de la station bretonne de Ploumanac’h. Il s’agissait d’un canot de sauvetage de première classe armé par la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés (SCSN), qui a fusionné en 1967 avec la Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons (SHSB) pour donner naissance à l’actuelle SNSM.

Dernier survivant d’une série de 32 bateaux

Dernier représentant d’une série de 32 canots à demeurer dans son état initial et à naviguer, l’Aimée Hilda, après une période de quasi-abandon, a été sauvé il y a 20 ans. Avec le soutien de la ville de Perros-Guirec, qui en est le propriétaire, une équipe de bénévoles regroupés au sein de l’Association pour la conservation et la sauvegarde du canot de sauvetage de Ploumanac’h a œuvré à sa remise en état, avec deux grandes vagues de restauration, la première dans les années 90 et la seconde il y a 5 ans. « Afin de préserver ce riche patrimoine maritime armoricain, l’Association Aimée Hilda œuvre depuis 1995 pour la conservation et la sauvegarde de ce canot. Reprendre la restauration en 2010 fut un grand moment de bonheur. Mon expérience de cinq décennies de navigation et d’entretien de vieux gréements m’a permis de fédérer plus de 40 bénévoles qui donnèrent de leur temps mais surtout de leur savoir et de leur passion. À l’occasion de cette restauration, de nombreux corps de métiers sont intervenus: menuisiers, chaudronniers, peintres, électriciens et mécaniciens… », explique Laurent Courcoux, président de l’association Aimée Hilda. Les bénévoles ont, ainsi, consacré 1200 heures au bateau pour lui offrir une cure de jouvence, des charpentiers de marine professionnels travaillant 500 heures à sa remise en état.

 

L'Aimée Hilda (© : DR)

L'Aimée Hilda (© : DR)

 

De retour à Sartrouville 65 ans après sa construction

Depuis cette restauration, le fier canot, propulsé par ses moteurs Baudouin DB2, a réalisé plus de 120 sorties en mer. C’est au cours de l’une de ces navigations, en septembre 2014, que Jean-Pierre Jouët, fils du fondateur du chantier Jouët de Sartrouville (Yvelines), où fut construit l’Aimée Hilda, eut l’idée de l'exposer au Nautic. Une initiative qui va donc devenir réalité, avec le transport par voie routière du bateau vers Paris. Avant de rejoindre les allées du salon, il fera escale à Sartrouville le 26 novembre sur le site de son ancien chantier, où est désormais implantée la Résidence Stéphanie, un foyer-logement médicalisé rattaché à la Croix‐Rouge, institution pour laquelle Stéphanie Jouët, la femme du fondateur du chantier éponyme, a consacré une grande partie de son existence.

Création d’un prix pour la sauvegarde des anciens canots de sauvetage

Puis ce sera donc le grand rendez-vous annuel de la Porte de Versailles. La présence exceptionnelle de l’Aimée Hilda au Salon Nautique s’accompagne de la création d’un prix pour encourager la préservation des anciens canots de sauvetage. « Ce Prix AACSM apportera un soutien financier à des constructeurs, architectes, mécènes, marins et bénévoles qui ont uni ou uniront leurs efforts et leurs moyens pour sauver ces unités désarmées, afin de transmettre leur histoire. L’annonce de ce prix sera également l’occasion de rappeler le courage de celles et ceux qui, en France, portent secours en mer depuis 1834, date de la mise en service, à Boulogne, du premier canot de sauvetage français », explique l’association. Soutenu par la Fondation d’entreprise Bénéteau, qui a décidé de soutenir les trois premières éditions, le prix AACSM sera remis pour la première fois, sur le stand de l’Aimée Hilda, par Gérard d’Aboville, créateur et président  de l’association du Patrimoine Maritime et Fluvial. A ce titre, l’Aimée Hilda se verra également décerner le label BIP (bateau d’intérêt patrimonial), du fait de son histoire, de son caractère aujourd’hui unique et de ses origines. C’est le cas en particulier des donatrices et marraines du bateau : Aimée Fournier de Horrack, entomologiste reconnue dont le Muséum d’histoire naturelle de Paris conserve une collection, ainsi que sa nièce Hilda Gelis-Didot, amie du musicien Marcel Dupré, qui lui a dédié une de ses compositions. La conception et la construction du canot a également impliqué de grands noms du savoir-faire nautique français de l’époque, avec à Sartrouville l’architecte Eugène Cornu et le chantier Jouët, ainsi que le motoriste marseillais Baudouin. De quoi, espère l’association qui assure sa préservation, obtenir bientôt un classement de l’Aimée Hilda en monument historique.

 

L'Aimée Hilda (© : PATRICK STOLL)

L'Aimée Hilda (© : PATRICK STOLL)

 

L’HISTOIRE DE LA STATION DE PLOUMANAC'H ET DE L'AIMEE HILDA

La station de sauvetage de Ploumanac’h fut créée le 22 décembre 1912, lors de la mise à l’eau de son premier canot à rames, le Commandant Gentil, construit chez Augustin Normand au Havre, et offert à la station par la veuve du marin dont il porte le nom. Son équipage comportait 18 hommes. Le deuxième canot de la station de Ploumanac’h, le Félix William Spiers, fut inauguré en 1932. Ce fut le premier canot à moteur à Ploumanac’h (moteur Baudouin de 10 ch).

Pendant la guerre, lors d’une tentative d’évasion vers l’Angleterre, une simple vérification du niveau d’essence dans le réservoir, avec pour tout éclairage un briquet, transforma le bateau en un brasier. Les Allemands achevèrent le travail en faisant sauter l’abri et le canot dans l’anse de Pors Kamor en août 1944, en même temps que le phare de Mean Ruz et le phare des Sept Iles.

La genèse, les donatrices

En août 1948, une vive émotion en l'absence de tout moyen de secours face au naufrage de la

Petite Annie devant Perros‐Guirec provoqua un élan de générosité pour remettre un canot de sauvetage en service. Grâce aux dons d’Aimée Fournier de Horrack (1876‐1952) et de Hilda Gelis‐Didot (1890--‐1952), sa nièce, la construction de ce nouveau canot sera confiée au chantier

Jouët de Sartrouville. Les deux donatrices en deviennent les marraines et donnent leurs prénoms pour le baptiser. Il deviendra l’Aimée Hilda. L’abri du canot sera également reconstruit et la fameuse cale de 120 mètres de long, si spectaculaire, réparée. Quatre ans après la fin de la guerre, le port de Ploumanac’h est à nouveau équipé d’une station de secours opérationnelle et modernisée.

L’arrivée du canot à Ploumanac’h par la mer, inauguration officielle et années de service

Le 30 août 1949, l’Aimée Hilda appareille de Sartrouville et descend la Seine. Le lendemain, le  canot et son équipage gagnent Honfleur et relâchent dans l’après-midi à Cherbourg.  Après avoir fait son plein de carburant, le canot repart le 3 septembre, embouquant successivement le Raz Blanchard (entre la Hague et Aurigny), et le Grand Russel (entre Serk et Guernesey), et arrive le même jour à sa base bretonne en fin de journée. Une bénédiction simple et intime du canot a lieu le lendemain. Un an plus tard, le 13 août 1950, plus de 15.000 spectateurs, dont le Président du Conseil, René Pléven et l’évêque Courcoux assisteront à l’inauguration officielle de l’Aimée Hilda dans le cadre grandiose de Pors-Kamor. Le canot vert servit sans interruption de 1950 à 1975, d’abord pour la SCSN puis, à partir de 1967, date du changement de nom de l’institution pour la SNSM, l’actuelle Société Nationale de Sauvetage en Mer.

Création de l’association et première restauration

L’Aimée Hilda a été désarmé en 1975 et remplacé par une vedette nouvelle génération, le Jean Denoyelle. Vendu à la plaisance, mais peu adapté à cette utilisation malgré de lourdes transformations (déplacement du poste de commande dans une nouvelle superstructure), le canot lassera ses propriétaires et sera cédé en 1986 à la Ville de Perros-Guirec, qui en est toujours propriétaire. Il sera utilisé en service portuaire et aussi pour l’établissement de barrages anti-pollution lors de deux marées noires. En mauvais état, il sera remorqué dans un chantier à

Plouguiel où il retrouvera son roof d’origine, et sera renforcé par adjonction de membrures et par le remplacement de bordés. Reculant devant le coût d’une restauration complète, la Ville de Perros‐Guirec désarmera l’Aimée Hilda jusqu’à ce qu’une équipe de traineurs de grèves ploumanacains s’émeuve, en 1995, de voir le bateau quasi-abandonné et menacé de finir, au mieux, sur un rond-point.

19951997 : La première vague de restauration

L’association actuelle a été créée en octobre 1995 et un immense élan va se développer pour sauver le bateau qui sera mis au sec dans le hangar de monsieur Hignard à la Clarté. Dès lors de très nombreux bénévoles vont se succéder sur le chantier, étalé de novembre 1995 à mai 1997, aidés financièrement par la ville, le comité des fêtes maritimes, la population et des dons.

La coque a d’abord été entièrement poncée, tous les aménagements démontés (dont la centaine de caissons étanches en cuivre, soudés à l’étain), les deux moteurs Baudouin de 28 cv déposés.

Ces moteurs furent ensuite déculassés pour le rodage des soupapes, le remplacement des  segments, l’embrayage et l’échappement. Un moteur identique avait été donné pour les pièces de rechange par Eliès de Carantec. Les plaques en bronze des dalots ont été refaites. Le bénitier qui supporte le gouvernail a été restauré à l’atelier. La première barre à roue (en bois), qui avait été volée a été remplacée par une autre roue en bois. Le fanal arrière a laissé la place à un puissant projecteur. La toile, avec le cagnard pour s’abriter dans le cockpit, a été remplacée par  un panneau en contre-plaqué. Un nouveau mât en pin douglas complète le gréement, dont le plan de voilure original avait été retrouvé ainsi que le plan de formes de la coque. Cependant, en

2015, c’est toujours la voile d’origine qui est envoyée lors de certaines sorties.

En avril 1997, le canot est remis à l’eau dans ses couleurs également d’origine, le vert et le gris de la SCSN.

2009–2010 : La deuxième vague de restauration

Après sa première phase de restauration, l’Aimée Hilda parcourra environ 3300 milles jusqu’en 2009, participant à un grand nombre de fêtes maritimes liées au patrimoine. Après 14 ans de loyaux services, la première équipe de l’association passe le flambeau à une plus jeune car la sauvegarde et la conservation du canot nécessitaient une refonte complète. Toutes les superstructures de pont étant pourries, la sécurité des membres de l’équipage n’était plus assurée. Du 19 décembre 2009 au 22 juin 2010, c’est une nouvelle équipe de plus de 40 bénévoles qui retrousse ses manches.

Dans un premier temps, les deux moteurs Baudouin DB2 furent déposés, remis à neuf et repeints. Puis le canot est parti par la route au Chantier des 7 vents à Saint Pol de Léon pour une très importante restauration dont la qualité, le souci du détail et l’aventure humaine seront présentés au public du Nautic 2015.

Les deux moteurs Baudouin DB2

En 1949, la motorisation de l’Aimée Hilda a été confiée aux Moteurs Baudoin qui travaillaient avec le chantier Jouët depuis de très nombreuses années. Les modèles retenus sont des Diesel

Baudouin 2 Cylindres (DB2) conçus en 1936. Si les moteurs, qui se lancent chacun à la manivelle, ne font que 28 cv, leur couple est important et avec 5 litres de consommation de gasoil par heure, ce sont des modèles de sobriété. Les modèles qui équipent l’Aimée Hilda ont été usinés en 1948. Leur son puissant et caractéristique fait toujours la joie du public à chacune de ses sorties en mer.

Sauvetage et services maritimes