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Deux groupes de guerre des mines de l’OTAN en Manche

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Deux groupes de guerre des mines de l’OTAN en Manche

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Exceptionnellement, les deux groupes de guerre des mines de l’OTAN sont réunis en Manche pour une semaine d’opérations au large des côtes françaises. Arrivée le week-end dernier à Cherbourg, la dizaine de bâtiments impliqués doit travailler jusqu’au 31 mars dans une zone côtière (8 – 10 milles des côtes) au large de Dieppe et de Saint-Valéry-en-Caux. « Le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, par l’intermédiaire de son Centre des opérations maritimes à Cherbourg, a déterminé les zones de travail et assurera le lien avec les autres acteurs de la mer (pêcheurs en particulier). Il donnera par ailleurs son feu vert avant chaque neutralisation et assurera une veille attentive du déroulement des opérations. A chaque neutralisation, un périmètre de sécurité sera mis en oeuvre, de quelques centaines ou milliers de mètres, en fonction de la quantité d’explosif contenu dans l’engin historique découvert », explique la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.

 

(© : MARINE NATIONALE)

(© : MARINE NATIONALE)

 

A la chasse aux LMB allemandes 

La zone de travail établie correspond à un secteur où l’expérience et les recherches historiques indiquent une très forte probabilité de présence de mines aéro-larguées allemandes, les fameuses Luft Minen type B, ou LMB. Présentant une masse d’environ une tonne, cette mine employée pendant la seconde guerre mondiale est dotée d’une quantité d’explosif équivalente à 800 kg de TNT.

Alors que l’on estime que 60% des mines, bombes et autres obus déversés en mer durant les deux guerres mondiales n’ont pas été repêchés, la Marine nationale travaille en permanence à la recherche et à la neutralisation d’engins explosifs sur la côte et dans les eaux françaises. « Les fonds marins de la partie orientale de la Manche et de la mer du Nord sont caractérisés par la présence significative d’engins explosifs dits historiques issus des deux derniers conflits mondiaux (bombes, obus concrétionnés, mines de fond). Deux secteurs – baie de Seine et Dieppe / Le Tréport - sont plus particulièrement concernés même si les découvertes régulières impactent l’ensemble de la façade. Les conditions climatiques, particulièrement hivernales, associées aux mouvements de sédiments rendent la découverte d’engins fréquente. C’est un enjeu de sécurité maritime que de procéder à la recherche et à la neutralisation de ces dangers ».

 

Le Styx en opération (© : MARINE NATIONALE)

Le Styx en opération (© : MARINE NATIONALE)

 

Activité très soutenue depuis le début de l'année

Avec, pour la Manche, une activité qui est d’ailleurs très soutenue puisque 10 tonnes d’explosifs ont été neutralisées depuis le début de l’année, dont 7.5 pour les seules trois premières semaines de mars, à comparer aux 18 tonnes traitées sur l’ensemble de 2014. Un regain qui s’explique par la présence sur cette façade durant trois semaines de deux chasseurs de mines venus de Brest, ainsi que du bâtiment base de plongeurs démineurs Styx. Les opérations menées en mer dans le cadre du développement des futurs parcs éoliens offshore devraient également monter en puissance, les navires scientifiques étant amenés à découvrir des engins alors que des sociétés spécialisées sont chargés par les opérateurs de ratisser les fonds à la recherche de mines ou bombes qui, une fois trouvées, voient leur neutralisation confiée à la Marine nationale.

Intervention régulière de l'OTAN depuis bientôt 30 ans

En plus de ses propres moyens, la France bénéficie régulièrement de la présence en Manche d'un groupe de guerre des mines de l’OTAN, qui participe depuis 1996, dans le cadre de l’opération HDO (Historical Ordnance Disposal) à la recherche et à la destruction des engins historiques. Opérant en Europe du nord, le Standing NATO Mine CounterMeasure Group 1 (SNMCMG1) vient généralement chaque année. Et il est cette fois renforcé par le SNMCMG2, qui évolue habituellement en Méditerranée et qui est remonté en mer du Nord.

Le ravitailleur allemand Donau et la frégate italienne Euro, bâtiments amiraux des SNMCMG1 et SNMCMG2, sont à la tête d’une imposante flotte de guerre des mines comprenant les chasseurs Auerbah et Bad Bevensen (Allemagne), Pembroke (Royaume-Uni), Lobelia (Belgique), Willemstad (Pays-Bas), Mewa (Pologne), Anamur (Turquie), ainsi que le Français Pégase. L’ensemble est armé par quelques 400 marins.

 

Chasseur de mines français (© : MARINE NATIONALE)

Chasseur de mines français (© : MARINE NATIONALE)

 

Concernant les opérations en elles-mêmes, les bâtiments vont ratisser des carreaux prédéterminés. La préfecture maritime rappelle comment se déroule une chasse aux mines :

« Pendant les périodes de recherche, les chasseurs de mines utilisent principalement des sonars haute fréquence qui n’ont aucun effet sur la faune. Contraints à une navigation de précision pour s’assurer d’une recherche exhaustive, ils sont cependant manœuvrant et s’attacheront à ne pas gêner les navires en pêche.

Lorsqu’un écho représente une silhouette compatible avec une mine, le chasseur de mine s’attarde dessus et, si la ressemblance se confirme, utilise un drone ou des plongeurs pour confirmer l’identification. C’est la période pendant laquelle il est le plus contraint cinématiquement, avec la période de neutralisation.

Si l’identification est positive, le chasseur de mine fera remonter une demande d’autorisation de contre-miner vers le Centre des opérations maritimes à Cherbourg (préfet maritime). Cette autorisation lui sera donnée à condition qu’il n’y ait pas de navire dans un rayon dépendant du poids de charge, ni d’infrastructure côtière ou sous-marine susceptible d’être endommagée.

Si ces conditions sont réunies, le chasseur de mine effectuera des avertissements sur VHF canal 16 une demi-heure avant l’explosion. Si un autre navire est à proximité, le chasseur de mine le contactera pour s’assurer de ses intentions. En aucun cas l’explosion n’aura lieu si les conditions de sécurité ne sont pas réunies, le déclenchement ne se fait jamais sur minuterie. Les opérations de contre-minage ont toujours lieu de jour.

En outre, l’impact sur l’environnement marin est réduit par l’adoption systématique de mesures préventives d’effarouchement pour les espèces marines pélagiques et lorsque cela est possible, la neutralisation d’engins sous fût, au sein de la colonne d’eau, afin d’atténuer l’impact sur la faune ».

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