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Devenir béret vert: l'école des commandos (2/5)

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Devenir béret vert: l'école des commandos (2/5)

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Durant toute cette semaine, Mer et Marine vous propose de plonger dans l'univers de la sélection des futurs commandos marine. Caroline Britz a suivi le stage commando sur la base des fusiliers-commandos de Lorient. Un reportage exceptionnel au plus près de la formation des unités d'élite de la Marine.

Consultation médicale du stage commando. « Bon, ils ont quoi là, à tous faire la queue ? Trois jours qu'ils sont là et ils sont déjà à s'inquiéter pour leurs petits bobos. Ils ont une crise d'acné, des maladies psychologiques ou quoi ? » Un des instructeurs fait mine de s'impatienter. Mais tous savent que ces quelques instants de pause offerts aux candidats, en tête à tête avec le médecin ou l'infirmier, sont des soupapes indispensables. « L'intensité physique, entre les efforts, le manque de sommeil et les repas avalés quand on le peut, est importante. Ils doivent apprendre à faire attention à eux, à se responsabiliser par rapport au maintien de leur intégrité physique. Et la consultation médicale leur permet aussi de se rassurer sur des douleurs et de se dire qu'ils peuvent continuer. »
Depuis le début de la semaine, et donc du stage de sélection commando, il fait beau, presque chaud sur la base lorientaise. Dans la salle de repos du département commando, autour d'un café, les instructeurs évoquent leurs propres stages. « Ah ben oui, c'est sûr, eux ils ne doivent pas casser la glace pour sauter dans la cuve, comme nous on a dû le faire en hiver », « non, mais arrête un peu, en hiver les nuits sont longues, t'as le temps de dormir », « mais oui c'est ça, dormir dans la neige ». Éclats de rire. Le fameux sens de l'humour des commandos. Un peu de vacheries, de l'impertinence, pas mal de blague potache mais aussi une sacrée dose de subtile autodérision. « C'est aussi pour éviter qu'il y en ait qui ne touchent plus terre. Pour bien se rappeler qu'on n'est pas des super-héros, comme certains, souvent à l'extérieur, aiment le croire. On fait notre boulot, c'est tout ». C'est tout et ce n'est même pas de la fausse modestie.

Le parcours jungle, un accrobranche sans baudrier et sans assurance

« Bon, deux groupes, un au parcours jungle, l'autre au rappel à la cuve. En petites foulées. » Ici, rien ne se fait en marchant. Les candidats l'ont déjà compris, les moments de répit seront rares. Les deux instructeurs responsables du stage prennent quelques instants pour faire le point. Depuis le début de la semaine, avec leurs adjoints et même des commandos venus en renfort pour encadrer les très nombreux candidats, ils observent et notent. Ils connaissent déjà une grande partie des noms. Et si sur leurs feuilles, il y a des tableaux de report des notes des différentes épreuves, une bonne partie de l'évaluation n'est pas dans l'alignement de ces chiffres. « Bien sûr, toutes les épreuves ont des barèmes et sont notées. Et à la fin de chaque semaine, il y a un conseil d'instruction, qui va éliminer ceux qui n'ont pas des notes suffisantes. Mais, ce n'est pas une logique purement mathématique, bête et méchante. Il peut y avoir, pour une raison ou une autre, un échec sur une des épreuves. Si le candidat montre par ailleurs les qualités requises, nous pouvons décider de lui faire repasser l'épreuve. C'est un tout ».

   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
(© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)


Le parcours jungle est un parcours aérien dans les arbres. Un « accrobranche sans baudrier et sans assurance », rigole un des instructeurs. Les candidats l'ont reconnu la veille. Les instructeurs leur ont montré les techniques nécessaires au franchissement des tyroliennes, des ponts de singes et des différentes cordes à grimper. Quelques minutes d'explication que les candidats ont dû intégrer rapidement et qu'ils vont devoir restituer en effectuant le parcours le plus rapidement possible et sans échecs. « Cela fait aussi partie de notre évaluation : voir leur capacité à appliquer efficacement des instructions ». La tête et les jambes.

   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
(© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

« Tu fais la sieste ou quoi ? »

Tout au long du parcours, à chaque agrès, il y a un béret vert, pour vérifier que l'obstacle est bien franchi. Le premier candidat s'élance. Grimper de corde, franchissement d'un mur puis d'un boyau, pont de singe, saut à la corde, tyrolienne... le tout avec un sac de 6kg, la musette, et son arme qui ne doit jamais le quitter. « Le coeur monte, c'est tonique, il faut aller vite mais également savoir souffler et se concentrer pour franchir des agrès plus délicats ».
Les candidats se succèdent. Les ordres aussi. « Plus vite, tu fais quoi, là ? C'est comme ça qu'on t'a montré ? Je ne crois pas. Allez, avance un peu, tu fais la sieste ou quoi ? » Et puis de temps en temps, on entend aussi des « vas-y bonhomme, t'y es presque », « allez t'es bien là, continue gars ». Et quand on le fait remarquer, les commandos haussent les épaules. « Evidemment, on n'est pas des bourreaux, on est là pour les pousser, pas pour les démolir ». Durant le stage, les candidats franchiront quatre fois le parcours. Il en sera de même avec les autres parcours d'agrès : le parcours commando et le parcours assaut. Leur marge de progression sera également prise en compte.

   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
(© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Sourire satisfait de l'instructeur quand il note les premiers temps. « Lui, il a 17/20, c'est bien. » Le candidat regagne le groupe en petites foulées devant le regard devenu volontairement impassible du même instructeur. Le jeune ne connaît pas sa note. D'ailleurs, il ne sait pas non plus ce qui va lui arriver demain ou même dans deux heures. « Cela fait entièrement partie du principe du stage. Ils ne savent pas à quoi s'attendre. Cela nous permet aussi d'évaluer leur réactivité et leur capacité d'adaptation. »

   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
(© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Le soleil tape toujours sur la base des fusiliers-commandos. L'autre partie du groupe de candidats est devant une des cuves de la base. Les fameuses cuves de la base, anciens réservoirs de carburant construits par la marine française avant la deuxième guerre mondiale. Une d'entre elles est remplie d'eau, une autre est vide et a le sol recouvert d'un maigre gazon. C'est celle-ci que les candidats vont affronter aujourd'hui. « Ils la reverront dans quelques jours. C'est ici qu'ils passeront le week-end en autonomie. On les met au fond avec ce qu'il faut à manger et pour dormir. Et on les laisse tranquilles pendant deux jours. Et ça leur fait du bien en plein milieu du stage ».

« Plus vite, les 15 derrière toi ont dix fois le temps de se faire tirer dessus »

Pour l'heure, les candidats écoutent attentivement l'instructeur commando spécialisé en escalade. Ils vont devoir effectuer une descente en rappel. « Bon, vous vous équipez du baudrier, vous effectuez un demi noeud de cabestan et on descend, allez, plus vite ! » Toujours plus vite, les jeunes marins s'emmêlent un peu les pinceaux entre la dégaine et le sens du noeud, « t'es gaucher ? non ? tant pis, tu vas descendre comme un gaucher ». L'instructeur secoue un peu ses élèves. « Mais tu fais quoi là ? Marche sur le mur, cours, va plus vite, il y en a 15 derrière toi qui attendent que tu te décides, ils ont dix fois le temps de se faire tirer dessus, tu le vois, ça ? » En bas de la cuve, les élèves assurent eux-mêmes leur camarade qui descend la paroi. Là aussi, ça ne va pas assez vite. « Mais donne du mou, enfin, tu ne vois pas ce qu'il se passe, hein ? Il est bloqué, là. Allez, plus vite, plus vite. » Pour certains jeunes, ça fait beaucoup. L'appréhension du vide, les instructions d'escalade à intégrer en quelques minutes, l'échelle à remonter en quatrième vitesse pour reprendre son tour...
Pourtant cette instruction est essentielle. Le rappel est une partie intégrante du parcours assaut que les candidats vont devoir franchir dans quelques jours. « Et puis cela nous permet aussi de voir leur comportement face au vide. Quelqu'un qui est sujet au vertige ou qui a une appréhension en hauteur ne peut pas devenir commando, c'est évident ».

   (© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)
(© : CAROLINE BRITZ - MER ET MARINE)

Les feuilles de note des instructeurs se remplissent. Ils connaissent presque tous les noms. Et déjà, ils ont repéré les leaders naturels. « Ca ne se vérifie pas toujours évidemment. Mais, les tempéraments se révèlent assez vite dans ces circonstances. Et c'est ce que nous observons attentivement ». Parce que pour être commando, il ne suffit pas de courir vite et de viser juste au fusil. « Il faut savoir prendre des décisions rapides dans des circonstances extrêmes. Garder la tête froide et savoir ce qui est le mieux pour le groupe ». Les premiers abandons ont déjà eu lieu. « Il y en a qui remarquent très vite qu'ils n'ont pas le niveau ou l'envie. Il y a aussi ceux qui se blessent. Si c'est le médecin qui les oblige à s'arrêter, ils auront droit de revenir. S'ils pleurent pour un bobo, au lieu de serrer les dents, ils auront beaucoup de mal à pouvoir se présenter à nouveau au stage ». Et puis il y a ceux qui marchent bien, qui franchissent les épreuves et qui, d'un seul coup, déclarent forfait. « Les raisons peuvent être multiples. Mais c'est souvent lié à la vie privée. Ils se rendent compte de la mission qui serait la leur s'il devenait commando. Ils se rendent compte qu'ils seront souvent loin de chez eux, qu'ils ne verront pas beaucoup leur famille, qu'ils auront un métier où l'on prend des risques... Il vaut mieux qu'ils s'en rendent compte maintenant, au stage, que plus tard ». Le groupe repart en petites foulées. Une minute pour se mettre en tenue de sport. Direction les chemins environnants la base pour reconnaître le parcours de la marche de 12 km qu'ils effectueront demain. « On va les laisser un peu dormir cette nuit, ils auront au moins trois-quatre heures pour récupérer ».
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