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Devenir béret vert : L'école des commandos (3/5)

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Devenir béret vert : L'école des commandos (3/5)

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(Suite de l'épisode d'hier) Le soleil breton se lève sur les rives du Blavet. Juste un peu de rosée et déjà pas mal de sueur. Fin de la première semaine du stage commando et "marche de 12" au programme. La marche de 12 ne porte de marche que le nom. Evidemment, c'est en petites voire grandes foulées qu'elle s'effectue. Sac de 11 kg, fusil, lourds godillots, petite nuit dehors, 12 km... « Ce n'est pas la plus difficile, sourient les instructeurs, après il y aura la marche de 15 dans le sable, puis la marche de 30, on monte en intensité tout au long du stage » « Oui, celle de 30, elle tire bien dans les jambes, même pour nous ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Aller au bout de la marche de 12

Mais même la marche de 12 peut paraître insurmontable. Les visages sont tendus. La troupe se met en route. Et vite un groupe de tête se constitue. Et puis le reste suit. La file s'allonge. Les instructeurs et d'autres commandos, effectuant leur course quotidienne, encadrent les jeunes. La voiture balai et celle de l'infirmier suivent. Trois cents mètres après le départ, le major commando qui ferme la marche fait signe à la voiture. Discrètement, il désigne un des candidats qui grimace et qui boîte. « Il n'ira pas très loin je crois ». Il le rattrape, se met à son niveau, lui met la main sur l'épaule. « Allez mon gars, vas-y un pied devant l'autre, pense à la fin, un jour tu seras comme moi, hein, t'auras ton béret vert ». Le jeune esquisse un sourire. Il serre les dents, il veut continuer à avancer, mais le corps dit non. Une vilaine tendinite au genou détectée hier à la consultation médicale. Il a voulu continuer, serrer les dents, mais là ce n'est plus possible. Une centaine de mètres et il s'arrête, les yeux baissés. « Je ne peux plus ». Il pose son sac et son arme dans la voiture. Un sucre, un peu d'eau, la fin de son aventure. Sans un mot, il regarde par la vitre ses camarades qui continuent à courir. Et puis, il leur murmure un encouragement. « C'est un bon petit gars », chuchote un des commandos, « il reviendra sans doute ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un sac de 11 kilos, pas un gramme de moins

Les voisins de la base se sont mis aux fenêtres pour regarder la troupe en treillis passer en courant devant eux. Ils les encouragent. Les bérets verts les saluent. Ici, les « fumarco » font partie du paysage et sont très populaires. Alors, les petites grand-mères agitent les mains pour soutenir les jeunes. Qui souffrent mais qui tiennent. Du goudron, de la boue, un peu de sable, un pied devant l'autre, ils pensent à l'arrivée. Et progressivement, ils y arrivent, sur la plage où on leur distribue un peu d'eau. « Bon, tous en rang, pesée du sac. » A peine le temps de souffler, les stagiaires vont devoir affronter un autre type d'épreuve. Celle, plus angoissante, de la vérification de leur sac. « Au début de leur stage, on leur a donné des éléments pour constituer leur sac. Ils doivent s'assurer que celui-ci pèse bien 11kg. S'ils ont un doute, ils peuvent toujours rajouter du poids, avec un caillou par exemple ». Et bien sûr, il y en a quelques uns qui ont 10.9 kg. Ils sont immédiatement sortis des rangs. Les instructeurs vont décider de leur sort. « C'est essentiel. Tout le monde doit être logé à la même enseigne. Et ici, il n'y a pas de place pour les resquilleurs ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Au bout d'une semaine et du premier conseil d'évaluation instruction, plus d'une quarantaine de candidats ont déjà quitté le stage : abandon, notes insuffisantes, problème d'attitude... « On est dans des proportions normales, la sélection est difficile, ce n'est pas un secret », relève le commandant du stage.
Les traits sont tendus. La fatigue se lit sur les visages peints en vert et noir, tous en rang devant la cuve. Celle qui est remplie d'eau froide. Les commandos plongeurs sont dans l'eau. Ils vérifient la disposition de quatre Futuras, des embarcations pneumatiques utilisées par les commandos. Deux à l'endroit, deux à l'envers, disposées tout autour de la cuve. Les candidats sont derrière le plongeoir. Ils vont devoir sauter, deux par deux, puis nager et franchir les embarcations en grimpant dessus ou en plongeant dessous. « Cela va nous permettre de nous rendre compte de leur aisance aquatique, évidemment indispensable dans notre métier. On va aussi voir s'ils sont capables de faire attention à la progression de leur binôme et de bien rester ensemble ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les premiers candidats se lancent, l'eau n'est pas « trop froide », les conditions sont plutôt favorables. Le parcours franchi, ils doivent sortir de l'eau, puis rejoindre l'échelle en courant, pour établir leur chrono. Les binômes se succèdent. Un des candidats percute et gonfle son gilet de sauvetage par erreur. « Continue, débrouille toi ». Il met toute sa force et sa volonté pour réussir à plonger sous l'embarcation. Son binôme l'attend. Une grande respiration, il y arrive. « Et bien voilà, c'est bon ». Quelques secondes pour sécher le treillis lourd d'humidité, quelques minutes pour avaler une ration de combat, « livrée avec son réchaud aujourd'hui » et c'est reparti. En petites foulées.

Dans la boue sous le feu ennemi

Les parcours, les instructions, les reconnaissances et marches se succèdent. Le rythme ne faiblit pas. « Il faut qu'ils tiennent. En fin de semaine, ils auront 24 heures de repos complet où ils pourront quitter la base. Cela leur permettra de récupérer des forces ». En attendant, il va leur falloir passer l'épreuve du parcours boue.
Deux groupes, deux chefs, une distance à franchir dans la boue comme s'il s'agissait d'une exfiltration d'un terrain ennemi. « Vous allez progresser en ayant en tête que vous êtes potentiellement sous le feu ennemi qui peut venir de partout. Vous allez donc vous couvrir pour rejoindre le boyau qui vous permettra de vous exfiltrer ». En plus de leurs fusils, chaque groupe dispose d'une mitrailleuse ANF1 qui doit être transportée par un des soldats et utilisée à bon escient. Dans les fourrés sur la côte, des commandos se sont placés eux-mêmes derrière des mitraillettes. Le danger entoure les stagiaires. Les chefs tentent d'organiser la progression de leurs groupes. Les instructeurs les corrigent. « Mais, il fait quoi lui là-bas, il ne protège rien du tout, tout l'arrière de ton groupe est à découvert ! ». Des fourrés retentit un tir de mitraillette, sanction immédiate de cette négligence. « Tu vois, là t'as perdu cinq gars, juste parce que vous ne vous regardez pas les uns les autres. Allez continuez et concentrez vous un peu plus ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
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 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
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Les candidats ont de la boue jusqu'aux genoux, ils doivent faire attention à leurs chefs, leurs camarades, leurs armes... et aux grenades qui explosent juste quand tout semble se calmer et que le boyau est en vue. « Allez, mais bougez vous, vous voulez tous vous faire tuer ou quoi ? » Le boyau est très étroit, il faut se glisser dedans, avec son sac et son arme. La boue colle partout. Ca bouchonne et les instructeurs s'exaspèrent. « Mais vous êtes débiles ou quoi, vous croyez vraiment que vous allez passer avec votre sac sur le dos ? Mais réfléchissez un peu ! » Il faut oublier la boue, le coeur qui bat à 120, le bruit. Il faut réfléchir. Le sac poussé devant ou accroché au pied ? Et l'arme ? Toutes les techniques sont tentées. Pour arriver au bout du boyau, là où un autre bain de boue, au pied d'un mur lisse les attend.

« Vous avez décidé de faire une thalasso ou quoi ? »

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un mur impossible à passer tout seul. Les cinq premiers sortis du tuyau se regardent. Il faut établir une tactique, vite, tout le monde ne tiendra pas dans le bassin, ca va rebouchonner, les instructeurs vont hausser le ton, il faut réfléchir. « On va faire une pyramide pour atteindre la corde qui est là-haut, tous les sacs dans un coin on les hissera après, les grands en bas, les petits en haut ». La logique est bonne, les commandos approuvent silencieusement. Mais la mise en pratique est laborieuse. Les treillis et les chaussures sont couverts de boue, ça glisse, ceux du bas fatiguent et pendant ce temps, le bain de boue se remplit avec tous ceux qui sortent du boyau. « Mais réveillez vous, ça monte ou vous avez décidé de faire une thalasso là en bas ? » Le premier réussit à se hisser, il atteint la corde, monte sur le parapet, la jette en bas. Première partie de la mission réussie. Les gars montent à la corde. Mais, pour certains, la fatigue est trop grande. « Ils ne sont plus lucides. Ils savent tous monter à la corde lisse. Mais là, ils ne savent plus. » Ceux d'en haut les attrapent comme ils peuvent et les hissent. « C'est bien, ils ont compris que la réussite était celle du groupe. Nous sommes très attentifs à ce genre d'attitude ». Les derniers passent le parapet. La boue colle aux yeux. Le coeur ne descend pas encore. Ils sont passés... (La suite de ce reportage dans l'édition de demain)

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
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Marine nationale Devenir béret vert: à l'école des commandos