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Devenir béret vert : L'école des commandos (4/5)

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Devenir béret vert : L'école des commandos (4/5)

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(Suite de l'épisode d'hier) Le Blavet. Une jolie rivière qui prend sa source dans les massifs du centre Bretagne et qui se jette en rade de Lorient. Un cours d'eau paisible et verdoyant. Sauf que ce matin, il n'est pas paisible pour tout le monde. Dans le petit port d'Hennebont, il y a deux gros camions kakis avec à leur bord les rescapés du stage commando. Quelques jours avant la fin de la troisième semaine, ils ne sont plus qu'une cinquantaine. Cette nuit, ils l'ont passée en forêt à effectuer une marche d'orientation, où ils ont dû trouver des balises disséminées dans un périmètre de plusieurs kilomètres carrés. Les plus rapides ont pu dormir un peu, les autres vont enchaîner. « Cela fait partie de la sélection ».

 (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Les instructeurs laissent quelques minutes aux jeunes. Juste le temps de se rafraîchir le visage et d'en refaire le camouflage. Dans les camions, des embarcations pneumatiques dégonflées sont entassées. Les instructeurs regroupent les stagiaires, quelques minutes d'explication sur le raid pagaie : 5 milles pour rejoindre la rade de Lorient et la base. Huit par bateau, des notions rudimentaires de canoë, les jeunes marins vont devoir vite composer une stratégie de groupe.

Pagayer 5 nautiques tous ensemble

Le courant de marée est à l'étale. Aujourd'hui, les stagiaires ont de la chance, ils vont descendre le Blavet avec la marée. Mais avant, ils doivent pomper, gonfler les canots, les porter jusqu'à l'eau. Et attendre que l'instructeur choisisse une des embarcations pour commencer la descente. Le départ est un peu désordonné.
Pagayer, ce n'est pas très compliqué. Pagayer ensemble pour que le bateau aille droit, c'est plus difficile. Les équipages tentent plusieurs tactiques pour se tenir à une cadence et rester au milieu du chenal. Avec plus ou moins de réussite. Les instructeurs corrigent, mais ils veillent surtout à ce que personne ne se repose sur les autres. Deux des équipages sont à la peine, ils zig-zaguent dans la rivière. « Vous avez décidé de ne pas travailler ensemble ? Bon, c'est comme vous voulez. Je rappelle que la distance à couvrir est de 5 nautiques. Vous, avec votre organisation, vous allez sans doute en parcourir deux fois plus. A vous de voir ».

   (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un vent frais court sur le Blavet, la rade de Lorient est en vue, au bout de deux heures d'effort. Alors, évidemment, l'instructeur décide de varier les plaisirs. D'abord, il demande aux équipages de naviguer selon différentes formations : en file indienne, alignés sur toute la largeur de la rivière, en aile de canard. À l'effort physique, s'ajoute désormais la concentration pour rester dans la formation et ne pas se laisser distancer. « Ils ne le savent sans doute pas, mais là, nous leur faisons faire des formations que nous utilisons en opération, selon la configuration de l'endroit où nous devons intervenir ».
Le pont du Bonhomme qui marque l'entrée en rade est en vue. L'arrivée est proche. L'instructeur aligne tous les bateaux. « Maintenant c'est la course, tout le monde à fond jusqu'aux balises ». Les équipages, épuisés, lancent leurs dernières forces. Les premiers franchissent la ligne, aussitôt l'instructeur leur ordonne d'aller rejoindre les derniers pour les ramener. La solidarité se construit parfois aussi dans la douleur.

   (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Ici pas de galons, la valeur est ailleurs

Dans la salle de sport du département commando, il y a de moins en moins de lits picots. Le commandant du stage les compte du regard. « On les a installés ici. Au début, ils étaient trop nombreux pour qu'on puisse les loger en dortoirs. Et puis ils sont bien là. C'est toujours mieux que de dormir par terre ou dehors ». Une trentaine de couchettes de fortune sont encore alignées. Sous chacune d'entre elles, un sac, quelques affaires impeccablement rangées, c'est l'espace personnel alloué au stagiaire. Au bout de la salle, un portant avec des uniformes, des grades de matelots, quartiers-maîtres et officiers mariniers. « Ils sont arrivés comme ça, en uniforme, le premier jour. Ensuite, tout le monde a mis son treillis et a retiré ses galons. Cela nous est bien égal de savoir si nous avons un quartier-maître ou un premier maître devant nous. Ici, la valeur se prouve autrement. » Il ne reste plus que quelques jours avant la fin du stage. Les stagiaires toujours présents sont épuisés, mais ils savent que le but se rapproche. Ils ont réussi à passer trois semaines d'épreuves, des marches, des parcours, et trois conseils d'instruction. « Mais, rien n'est gagné. Même si là, c'est sûr que nous commençons à avoir un bon niveau. »

   (© : MER ET MARINE - FRANCOIS LEPAGE)
(© : MER ET MARINE - FRANCOIS LEPAGE)



Montrer son engagement physique

Les instructeurs ne relâchent pas pour autant la pression. « Ce matin, nous allons tester leur agressivité. Ils vont devoir mettre en pratique les notions d'arts martiaux et de self défense que nous leur avons appris dans la semaine ». Le parcours CAC, corps-à-corps, se déroule individuellement. Chaque candidat doit se présenter devant un instructeur, puis trois de ses camarades. Il va devoir exécuter des coups et des techniques de combat sur chacun d'entre eux. « C'est un mélange de différents arts martiaux, de boxe et de techniques de combat individuel. Nous leur avons appris des rudiments de notre entraînement commando ».

   (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le combat physique est une part importante de la formation commando. « Nous devons absolument pouvoir combattre sans nos armes. Sur certaines de nos missions, comme le contrôle des pêches par exemple, il est absolument hors de question d'utiliser des armes. En revanche, nous pouvons tomber sur des individus agressifs qui veulent en découdre. Dans ce cas, il faut pouvoir les maîtriser ». Sur le parcours, on reconnaît des techniques de boxe française, de karaté ou encore des balayages de judo. « Ce n'est pas forcément académique, mais c'est efficace », sourit le commandant du stage. Les candidats se succèdent, au poste d'agresseur et d'agressé. « Nous regardons la façon dont ils s'engagent physiquement. Il ne faut pas qu'ils reculent ou qu'ils s'écartent. Il faut qu'ils y aillent ».
La troisième semaine s'achève. Lundi, ils ne seront plus qu'une trentaine pour aborder les dernières épreuves. La dernière ligne droite. (Suite et fin de ce reportage dans l'édition de demain)
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