Marine Marchande
DFDS France : «Nous assistons à des changements sur le fret liés au Brexit»
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Interview

DFDS France : «Nous assistons à des changements sur le fret liés au Brexit»

Marine Marchande

DFDS France opère actuellement cinq navires français sur des liaisons transmanche au départ des ports de Dieppe, Dunkerque et Calais. L’armement emploie à ce jour un millier de salariés, dont 900 marins français. Comme tous les opérateurs maritimes positionnés sur le marché britannique, la filiale française du groupe danois est dans l’expectative des conséquences du Brexit. Dont elle a déjà senti les effets ces derniers mois. L’occasion de faire le point avec Jean-Claude Charlo, directeur général de DFDS France.

MER ET MARINE : Le Brexit a tout juste été acté, même si toutes ses conséquences pratiques ne sont pas encore exactement connues. Comment vivez-vous cette transition ?

JEAN-CLAUDE CHARLO : Nous voyons déjà les effets de l’incertitude liée au Brexit et l’année 2019 en a été marquée. Cela a été une année compliquée pour nous, un peu en raison de la crise des Gilets Jaunes, mais surtout parce que l’on assiste, chez les passagers, à une sorte d’anticipation des conséquences du Brexit combinée à un taux de change livre/euro très défavorable pour les Britanniques. Cette incertitude liée au pouvoir d’achat et à l’avenir ont amené une partie des touristes britanniques à renoncer à leurs vacances sur le continent. Ce que nous constatons avec un recul de 5 à 7 % du trafic passagers sur nos ports du détroit. Dieppe-Newhaven résiste beaucoup mieux avec seulement 0.5% de baisse (*).

Et pour le fret ?

Là aussi, nous assistons à des changements. Les entreprises de transport savent qu’il va y avoir une augmentation des procédures pour pouvoir travailler de et vers le Royaume-Uni. Celles qui font des petits volumes abandonnent progressivement le marché, ne voulant pas se lancer dans ces futures exigences documentaires. On voit donc une concentration des volumes vers des grosses entreprises. Le nombre de chargeurs est donc en train de diminuer. Et le volume de fret aussi, avec un recul de 5% sur Calais. Ce qu’il faut néanmoins remettre en perspective puisque cela fait plusieurs années que le trafic fret augmentait de 5% par an.

Comment avez-vous, de votre côté, préparé la mise en place concrète du Brexit ?

Aujourd’hui, aller en Angleterre, c’est comme passer un pont, demain ce sera passer une frontière. Nous ne savons pas encore quel scénario va être adopté. Alors nous avons imaginé le « pire » des scénarios en termes de rétablissement de frontière et nous avons beaucoup travaillé avec les services douaniers pour l’anticiper. Désormais, nous pouvons dire que nous sommes parés à toute éventualité et en mesure de garantir la fluidité, ce qui était indispensable pour nous.

Nous savons que 2020 va être une année compliquée, de transition et peut-être encore d’incertitude. Mais le marché maritime est ainsi fait et nous attendons sereinement la suite des évènements et notamment le résultat des négociations sur les modalités du Brexit. Nous sommes prêts.

Et pour la ligne Dieppe-Newhaven ?

Nous sommes très attachés à la ligne entre Dieppe et Newhaven pour laquelle nous avons remporté le contrat de délégation de service public auprès du syndicat mixte de promotion de l’activité transmanche et qui court de 2018 à 2022. C’est même à Dieppe que nous avons implanté notre siège. Cette ligne a toute sa pertinence et, comme nous le disions, elle résiste mieux que les lignes du Nord au ralentissement du marché avec seulement 0.5% de recul sur le trafic passager et 5% sur le fret en 2019.

Dans ces conditions, pensez-vous à l’avenir, notamment à l’investissement dans des nouveaux navires ?

Nous allons recevoir notre nouveau navire, le Côte d’Opale, en 2021 qui devrait remplacer le Calais Seaways. Il est actuellement en construction dans les chantiers AVIC de Weihai. Pour le reste, conformément à la philosophie de notre groupe, nous adaptons notre offre de transport à la demande des clients. Nous verrons donc comment le marché évolue et comment nous pouvons y répondre au mieux.

Propos recueillis par Caroline Britz, Mer et Marine, mars 2020.

(*) Les chiffres provisoires pour l’année 2019 sont les suivants :

Calais-Douvres : 379.000 voitures et 603.000 pièces de fret

Dunkerque-Douvres : 566.000 voitures et 583.000 pièces de fret

Dieppe-Newhaven : 138.000 voitures et 38.000 pièces de fret.

DFDS Seaways