Marine Marchande
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DFDS : « Le Brexit n’est pas forcément un problème »

Marine Marchande

Gert Jakobsen est vice-président du groupe danois DFDS qui opère 47 ferries en Europe du Nord, dont cinq au départ de la France (trois à Calais et deux à Dieppe). Son groupe vient de réaliser un très bon exercice 2017, « toujours en hausse et ce même après plusieurs années de progression », avec un chiffre d’affaires de 1.9 milliard d’euros et un bénéfice de 363 millions.

Largement dépendant du marché du Royaume-Uni que ses navires relient à différents pays du continent, DFDS suit « avec très grande attention » les évolutions des négociations autour du Brexit. « A l’annonce des résultats du référendum, nous avons été sous le choc. C’est un divorce dont nous ne voulions clairement pas. Et puis nous avons réfléchi et nous avons mis en place, en interne, un comité Brexit chargé d’analyser tous les impacts mais également les opportunités qui peuvent émerger des différents scénarios : un Brexit dur, avec sortie du marché commun, un maintien d’un accord de douane ou d’accès au marché commun ».

Les négociations seront longues

Les experts de DFDS sont confiants, les effets ne seront de toute façon pas pour tout de suite. « Nous n’avons pas le sentiment de devoir nous précipiter dans des décisions d’entreprise liées au Brexit. Le gouvernement britannique ne veut sûrement pas remettre en cause la circulation des marchandises. Nous sommes persuadés que les négociations avec l’Union européenne vont encore être très longues ».

Pour mémoire, les discussions entre les autorités de l’Union, représentées par Michel Barnier, et Londres sont pour l’instant dans une phase préparatoire. Un an après le référendum, il s’agit de rédiger le traité qui mettra fin à l’adhésion britannique et celui-ci doit décider de nombreux éléments politiques, avec notamment la question de l’Irlande du Nord, et financières. L’opinion publique britannique semble désormais pencher vers un « soft brexit », c’est-à-dire une sortie de l’Union mais un maintien du Royaume-Uni dans le marché commun, ce qui permettrait une libre circulation des marchandises et des personnes. Un statut comparable aux Etats membres de l’Espace Economique Européen que sont l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège à laquelle les Britanniques font souvent référence dans la teneur de ses relations avec l’Union. On ne sait cependant pas quelle direction va prendre le gouvernement de Theresa May qui ne donne pas de feuille de route concrète en la matière, provoquant un agacement certain des autorités européennes.

Pour DFDS, les effets « pre-Brexit » sont là et nuancés : « nous assistons à un recul du trafic passagers, la baisse de la livre sterling a un effet certain sur le tourisme. En revanche, sur le fret, qui représente 80% de notre chiffre, nous avons observé une augmentation de 7%. Et nous voyons aussi une augmentation du trafic non-accompagné. Quelle que soit l’issue de la négociation du Brexit, nous sommes persuadés que le marché britannique va continuer à augmenter et que par conséquent, il y aura du trafic pour nous. Il faudra évidemment anticiper des changements : le passage à Douvres, par exemple, risque d’être ralenti ».

De nouvelles activités suite au Brexit ?

En cas de « hard Brexit » et donc une sortie du marché commun, DFDS a déjà des idées. « Nous avons déjà réfléchi à la possibilité d’offrir de nouveaux services, comme par exemple une prise en charge du passage en douane ». Une nouvelle activité que le groupe pourrait faire bénéficier de sa politique de digitalisation pour laquelle il a lourdement investi, avec notamment le lancement d’applications via lesquelles les clients peuvent suivre en temps réel le transport de leurs marchandises ou encore les conditions de circulation et d’accès aux terminaux. Et puis il y a le duty-free. Gert Jakobsen ne veut pas encore s’avancer sur le sujet, qui dépendra sans doute de l’issue des négociations. Mais, il concède que le retour du duty-free pourrait aider à maintenir des lignes actuellement moins rentables.

« Nous sommes optimistes ». Cela se traduit par un carnet de commandes imposant avec quatre ro-ro de 6700 mètres linéaires commandés dans les chantiers chinois de Jinling. Livrables en 2019 et 2020, ils seront exploités en mer du Nord. Le 12 février dernier, une nouvelle commande, cette fois pour deux ferries de 4500 mètres linéaires destinés à la ligne Klaipeda-Kiel, a été placée auprès des chantiers Ghangzou Shipyard International pour une livraison en 2020-2021. Enfin, le groupe vient également de réceptionner deux ro-ro de 4100 mètres linéaires livrés par le chantier allemand FSG, les Gardenia et Tulipa Seaways, affectés aux liaisons entre le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Des réflexions sont par ailleurs en cours pour la succession des ferries effectuant la liaison entre Oslo et Copenhague.

Propos recueillis par Caroline Britz à Copenhague, février 2018

 

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