Marine Marchande
Didier Dillard : « Orange Marine a une carte à jouer sur le marché éolien »

Interview

Didier Dillard : « Orange Marine a une carte à jouer sur le marché éolien »

Marine Marchande

Remplacement du câblier Raymond Croze, marché florissant des câbles de communication et de celui émergent des câbles de puissance des champs éoliens et gestion de la crise sanitaire : Mer et Marine fait le point sur l'actualité de l'armement Orange Marine avec son directeur général, Didier Dillard.

 

MER ET MARINE : Orange Marine arme actuellement sept navires entre l’entité française et l’entité italienne. Quels sont leurs rôles ?

DIDIER DILLARD : L’entité française possède trois navires sous pavillon français : le René Descartes, dédié à la pose, le Raymond Croze, basé à Toulon pour la maintenance et le Pierre de Fermat, à Brest, qui peut à la fois effectuer de la maintenance et de la pose. Elle gère aussi le Léon Thévenin, sous pavillon mauricien, qui est dédié à la maintenance depuis Le Cap. Elettra, notre filiale italienne, arme les câbliers Teliri et Antonio Meucci ainsi que le navire de survey Urbano Monti.

Sur nos navires sous pavillon RIF, les officiers et la maistrance sont français, ce qui correspond à 150 marins employés d’Orange Marine, le personnel d’exécution est, depuis une quinzaine d’années, malgache et représente environ une centaine de marins. Le Léon Thévenin a un équipage essentiellement sud-africain avec le commandant et le chef mécanicien français et quelques marins malgaches. Les bateaux italiens sont armés par des équipages italiens.

La coordination entre nos deux entités, qui restent des armements complètement séparés, se fait au niveau de la direction générale et répond à des objectifs techniques et opérationnels, notamment sur le planning des navires. Par exemple, le fait d’avoir à la fois le Raymond Croze et l’Antonio Meucci dans la même zone, nous permet d’avoir une couverture de maintenance complète de la Méditerranée et de la mer Rouge.

En plus de nos navires, nous opérons également des robots sous-marins (un par navire et deux supplémentaires) que nous fabriquons nous-même dans notre atelier à Fuveau, près d’Aix-en-Provence. Nous sommes actuellement en train d’en finir un qui va équiper le René Descartes. Avoir notre propre atelier nous permet de pouvoir faire des engins sur-mesure pour nos navires. Nous avons aussi deux autres ROV que nous pouvons déployer lors de missions ponctuelles que nous menons en-dehors de nos navires. Il nous arrive régulièrement de travailler sur d’autres navires, des plateformes ou des barges. Comme récemment, où nous avons travaillé avec Iroise Mer sur la pose d’un câble dans la rade de Lorient.

Nous travaillons aussi sur des câbles de types différents. Par exemple, le Pierre de Fermat travaille actuellement au large de la Sicile sur le projet scientifique IDMAR. Ce projet consiste à installer une infrastructure multi disciplinaire qui sera utilisée dans les domaines de la physique des particules ou de la géophysique. Nous déployons le réseau optique permettant aux instruments immergés de communiquer leurs données à la terre.

Envisagez-vous aussi des nouveaux marchés câbliers comme ceux liés aux énergies marines renouvelables ?

Absolument. Nous nous intéressons beaucoup au marché du câblage des éoliennes en mer, ainsi que des autres EMR. Nous avons déjà travaillé dans ce secteur puisque nous avons effectué la pose du câble du SEM-REV au large du Croisic. Nous sommes actuellement positionnés sur les appels d’offres pour les futurs parcs français d’éoliennes flottantes. Nous sommes très volontaires pour le développement d’une filière française pour la pose de câbles de puissance. Actuellement ce marché est dominé par les pays riverains de la mer du Nord. Nous avons une carte à jouer.

Est-ce que le passage entre le câble électrique et celui de fibre optique implique des changements techniques et opérationnels ?

Le câble électrique est plus lourd et nécessite un carrousel adapté pour pouvoir le dérouler. C’est un équipement que nous pourrons installer sur le Pierre de Fermat. Globalement, la pose de ces différents types de câbles est très similaire. Nos équipes ont le savoir-faire.

A l’avenir, je pense d’ailleurs qu’il sera envisageable de mutualiser les missions, par exemple de maintenance, entre les câbles de communication et ceux transportant de l’électricité. On peut imaginer des synergies très intéressantes.

Votre flotte comporte des navires vaillants mais qui commencent à prendre de l’âge. Comment voyez-vous leur renouvellement, notamment à l’aune des règlementations environnementales ?

Il faut, en effet, absolument lier la performance environnementale avec le rajeunissement de la flotte. Nous venons d’être distingués par le label Green Marine Europe, en grande partie grâce au Pierre de Fermat, qui est un navire récent avec un excellent standard environnemental. Toute notre flotte fonctionne en combustible désoufré et en propulsion diesel-électrique, ce qui nous permet de répondre parfaitement aux standards environnementaux actuels et même d’aller au-delà.

Mais, il est vrai que la flotte doit être rajeunie. Et que toutes les mesures fiscales ou d’aide au renouvellement doivent être encouragées pour accompagner les armateurs vers cet objectif de réduction de l’empreinte environnementale.

Pour notre part, nous avons pris la décision de remplacer le Raymond Croze par une construction neuve. Il est évident que nous souhaitons un navire très performant non seulement au plan opérationnel mais également environnemental.

Comme tous les armateurs, vous êtes actuellement très impactés par la crise sanitaire. Quelle est la situation aujourd’hui, après huit mois de pandémie ?

Pour nous les effets se font principalement sentir au niveau des relèves d’équipages. Depuis le mois de mars, nous avons un protocole de tests systématiques et de prévention à bord qui a fait ses preuves puisque nous n’avons eu aucun cas.

Mais, comme tout le monde, nous sommes dépendants des décisions de chaque gouvernement sur la liberté de circulation des marins. Ce qui a compliqué les relèves à l’étranger. Et ce qui a énormément pesé sur la situation de nos marins malgaches, puisque Madagascar a très rapidement fermé ses frontières au début de la pandémie, les a brièvement rouvertes en septembre, pour les refermer à nouveau. Certains de nos marins ont accumulé un temps de présence à bord beaucoup trop long. Cet été, nous avons donc décidé de les faire débarquer pour qu’à défaut de pouvoir rentrer chez eux, ils puissent se reposer dans un centre de vacances. Nous faisons le maximum pour revenir à une situation normale et tous les efforts accomplis en ce moment par plusieurs pays et en particulier les autorités françaises pour accorder un statut spécifique aux marins pour faciliter leurs passages aux frontières vont dans le bon sens.

Propos recueillis par Caroline Britz ©  Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.