Marine Marchande
DSP :  la desserte de la Corse attribuée à Corsica Linea et La Meridionale

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DSP : la desserte de la Corse attribuée à Corsica Linea et La Meridionale

Marine Marchande

L’Assemblée de Corse a voté jeudi dernier et la décision est entrée en vigueur dès ce lundi. La nouvelle délégation de service public (DSP) pour la desserte de la Corse en provenance de Marseille a été attribuée à Corsica Linea et La Meridionale, jusqu’à fin 2022 (22 mois).

Dans le détail, sur cinq lignes, Corsica Linea va en assurer trois à elle seule : Bastia, Porto-Vecchio et l’Ile-Rousse. La compagnie se partagera la liaison vers Ajaccio avec La Méridionale. Cette dernière sera seule sur Propriano. Les offres avaient été déposées en décembre. Les négociations se sont déroulé les 11 et 12 janvier. Les offres finales ont été remises le 18 janvier.

Corsica Ferries écartée

Les offres de Corsica Linea, sur toutes les lignes, avaient été écartées. Selon le rapport du président du Conseil exécutif de Corse, les navires présentés ne répondaient pas aux exigences requises, en particulier sur le nombre de cabines ou de fauteuils. Ainsi, les cinq offres de Corsica Ferries ont été considérées non conformes et la compagnie n’avait pas été admise à négocier.

Pour la précédente DSP provisoire, Corsica Linea s’était vu attribuer Ajaccio, Bastia et l’Ile Rousse, tandis que La Meridionale desservait Propriano et Porto-Vecchio. Les deux compagnies avaient cette fois présenté une offre commune sur Ajaccio, Corsica Linea s'était positionnée sur toutes les autres lignes et La Méridionale, qui a fermé son agence de Bastia, n’avait répondu, que sur le port de Propriano, seul lot sur lequel les trois compagnies étaient en concurrence. Corsica Ferries écartée, La Méridionale l’a emporté avec une offre plus avantageuse pour la collectivité en demandant une compensation financière de 25,4 M€, contre 34,5 M€ pour Corsica Linea.

Pour rappel, le 25 septembre, l’Assemblée territoriale de Corse avait reporté la création de la société d’économie mixte à opération unique (Semop) pour la desserte de la Corse à 2025. Elle devait associer Corsica Linea et La Méridionale pour la DSP des cinq ports corses depuis Marseille, à partir du 1er janvier de cette année et pour sept ans. L’Assemblée avait expliqué cette décision en raison de la crise sanitaire empêchant d’y voir clair sur les besoins de transport. Elle avait également refusé de régler le montant de 766.5 M€ demandés par les deux armateurs au titre de l’obligation de service public. Un montant jugé trop élevé par la collectivité qui l’avait, elle, estimé à 570 M€. Enfin, elle avait argué « des procédures en cours devant la Commission européenne ».

86 millions à verser à Corsica Ferries

Le 16 février, après avoir appris qu’elle était écartée des négociations, la compagnie Corsica Ferries avait réagi vivement en soulignant « les offres financières de Corsica Ferries sont de nouveau les mieux disantes : de 34 à 87% moins chères selon les lignes ». Pierre Mattei, président de Corsica Ferries, avait estimé qu’« au fil des appels d’offres, les motifs de rejet deviennent de plus en plus créatifs pour éviter de nous attribuer la moindre ligne en DSP. Ces scenarii qui se répètent, alimentent des aides d'État et des surcompensations du transport maritime vers la Corse qui est devenu le plus coûteux d'Europe en service public. La desserte maritime corse est-elle condamnée à une éternelle perfusion de subventions ? Le sevrage est difficilement possible quand l’addiction est institutionnalisée. Face à cette nouvelle mise en concurrence déloyale, nous étudions actuellement avec nos avocats toutes les voies de droit de nature à défendre les intérêts de la compagnie ».

Par ailleurs, le 22 février, la Collectivité de Corse a été condamnée à verser à Corsica Ferries 86,3 millions d’euros par la cour administrative d’appel de Marseille. Il lui est reproché un « subventionnement illégal » de l’ex-SNCM entre 2007 et 2013. Elle a prévenu qu’elle allait faire appel de cette décision. Déjà, en 2013 , la Commission européenne avait jugé qu’il s’agissait d’« aides publiques incompatibles avec la liberté de la concurrence dans le marché intérieur » et ordonné en 2014 la restitution de ces aides.

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