Pêche
Du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc au fileyeur Ordagna

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Du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc au fileyeur Ordagna

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En mai dernier, nous diffusions une série de portraits de marins du porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, réalisés par François Didierjean lors de la dernière campagne du bâtiment. Après son embarquement sur le célèbre navire école de la Marine nationale, cet officier de réserve a posé son sac sur un bateau de pêche du Pays-Basque. L'occasion d'établir un parallèle entre la vie des marins-pêcheurs et celle des militaires.
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D'un bateau gris à un fileyeur Luzérien, un monde de différences. Pourtant la même passion de la mer, le même sens des responsabilités, la même fierté se lisent dans les yeux du capitaine de vaisseau Hervé BLEJEAN (1) et du patron de pêche Pierre COURTIOT.
Notre porte-hélicoptères est à la fois un bâtiment de guerre, un bâtiment école et une ambassade mondialement connue. Le chalutier côtier se doit de négocier avec le potentiel halieutique de sa zone de pêche pour assurer sa «survie» économique.
Ces quelques lignes comparatives se veulent à la fois respectueuses de leur équipage et précises sur les caractéristiques de leurs moyens embarqués.

La Jeanne d'Arc (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La Jeanne d'Arc (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Le fileyeur Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Le fileyeur Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Du quai d'Aqaba au ponton de Saint-Jean-de-Luz

C'est dans une jeep jordanienne couleur désert que le capitaine de l'aubette du port militaire d'Aqaba m'a amené «au pied» de la Jeanne. Avec ses 181 mètres de longueur hors-tout elle occupe tout le quai et son tirant d'air de 53 mètres masque complètement sa conserve, la frégate anti-sous-marine Georges Leygues accostée à couple d'elle. Après avoir salué et décliné mon identité, j'essaye de me repérer tout en étant guidé dans les nombreux ponts d'une surface totale de 15.000 mètres carrés.
C'est sur un ponton de Saint Jean de Luz que je pose pour une marée mon sac à bord de l'Ordagna. Construite au début des années 1980, sa coque bois de 12 mètres, peinte d'un rutilant rouge et vert, confirme son appartenance à son basque de patron.

Les machines de la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Les machines de la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

De la vapeur au diesel

Pour propulser les 13.000 tonnes de la Jeanne, quatre chaudières entraînent deux hélices de 6.360 kilos et fournissent l'énergie nécessaire à la manoeuvre de son safran de 30 mètres carrés qui permet un rayon de giration de 300 mètres. Sur l'Ordagna, le diésel de 120 chevaux consomme 8 à 9 litres par heure !!! Rien à voir avec les 62 mètres cubes de soute «avalés» chaque jour par les 40.000 CV du porte-hélicoptères.

Pierre Courtiot à la barre de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Pierre Courtiot à la barre de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

La barre de la Jeanne d'Arc (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La barre de la Jeanne d'Arc (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Le fauteuil du pacha sur la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Le fauteuil du pacha sur la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

D'une passerelle guerrière à une navigation côtière

Le bloc passerelle de la Jeanne abrite les passerelles aviation, amirale et navigation. Dans cette dernière se trouve un généreux «abri vitré» où se tiennent l'officier chef du quart son adjoint, les élèves et le fauteuil du pacha. Dans «l'abri étanche» séparé de «l'abri vitré» par une cloison percée d'un hublot sont l'homme de barre et le servant du transmetteur d'ordres.
Un haut tabouret occupe la quasi-totalité de la minuscule cabine-passerelle du fileyeur. L'espace restant est meublé par un matériel de navigation récent et sophistiqué dont un GPS et son DGPS (pour affiner le point), un radar de navigation et un gyrocompas couplé à l'ordinateur. L'Espagne n'est pas loin et les garde-côtes ibères sont beaucoup plus pointilleux sur la notion de frontière que les poissons !!!

La Jeanne et sa conserve / Un matelot de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La Jeanne et sa conserve / Un matelot de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

L'armement

L'armement du navire école est caractérisé par deux tourelles de 100 mm (quatre à l'origine) qui permettent les fameux exercices dits «GUNNEX». J'ai assisté au tir de 60 obus en un seul jour sur différents types de cibles. Un record bruyant pour les artilleurs lors de cette campagne 2008-2009 !!!Toutes les jumelles du bord sont alors réquisitionnées pour annoncer «touché», «coulé» ou très rarement «raté». L'armement (pacifique) de l'Ordagna, ce sont ses filets rassemblés en filières de 1.000 mètres de long sur une hauteur de 2,50 mètres avec une maille de 30 mm. Si quinze minutes sont nécessaires pour mouiller une filière entre 35 et 45 mètres de profondeur, la relever nécessite prés de deux heures et des dons d'équilibriste quand la mer est formée.

A la boulangerie de la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
A la boulangerie de la Jeanne (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Les vivres

Les 600 marins de la Jeanne consomment quotidiennement 160 kilos de pain dont 240 baguettes pour le petit déjeuner et 300 bâtards pour les repas. Deux boulangers, surnommés à bord les «hiboux», sont chaque nuit devant leur four et leur pétrin. Une grande cuisine centralisée gère les 200 tonnes de vivres et assure une restauration identique pour les différents carrés.
Avec un rôle d'équipage de 2 navigants, pas de commissaires, ni de vin de précision pour la marée mais une machine à café, plusieurs litres d'eau, quelques sandwichs et une tonne de glace à l'avant. Elle sert à «glacer» les poissons dès qu'ils sont pêchés.

Pierre Courtiot, patron de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
Pierre Courtiot, patron de l'Ordagna (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

Il ne reste plus à Saint Jean de Luz que cinq patrons comme Pierre COURTIOT à prendre la mer tous les jours de la semaine de 5 heures à 17 heures quand la météo le permet !!!
Comme leurs prédécesseurs, les 123 officiers élèves issus de l'Ecole navale, de l'Ecole des officiers du commissariat de la Marine, de l'Ecole des administrateurs des affaires maritimes et de 13 autres nations ont parachevé leur formation initiale lors de cette mission 2008-2009. Lorsqu'ils quitteront le groupe école, les officiers seront des marins aptes à naviguer, des chefs autonomes et responsables, des serviteurs de l'Etat qui appréhendent pleinement les enjeux qui cadrent leurs décisions et actions.

François Didierjean, capitaine de frégate de réserve.
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1/ Le 10 juillet 2009, le CV Patrick AUGIER a succédé au CV Hervé BLEJEAN.

2/ Le GEAOM (Groupe Ecole d'Application des Officiers de Marine) est composé de la Jeanne et de sa conserve.

3/ F.Didierjean a embarqué sur la Jeanne entre Aqaba (Jordanie) et Civitavecchia en avril 2009.

4/ L'embarquement à bord de l'Ordagna a été fait avec l'autorisation de la Direction des Affaires Maritimes de Bordeaux.

La Jeanne d'Arc et le Georges Leygues (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)
La Jeanne d'Arc et le Georges Leygues (© : FRANCOIS DIDIERJEAN)

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