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Echec d’un tir de missile M51 depuis le SNLE Le Vigilant

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Echec d’un tir de missile M51 depuis le SNLE Le Vigilant

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Une puissante déflagration, des débris incandescents retombant du ciel vers la mer… Un missile balistique M51 s’est désintégré hier au large du Finistère, peu après son lancement depuis le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le Vigilant. Sortant d’une grande refonte à Brest, au cours de laquelle DCNS l’a modernisé et adapté à la mise en œuvre du nouveau M51, le SNLE de la Marine nationale s’était posté en baie d’Audierne pour réaliser un tir de validation. Un missile, évidemment dépourvu d’ogive nucléaire, comme c’est le cas lors de tous les essais, a été lancé en immersion. Il devait initialement atteindre un objectif fictif situé à plusieurs milliers de kilomètres de là, quelque part dans l’Atlantique nord, la trajectoire du M51 étant suivie par des moyens terrestres et le bâtiment d’essais et de mesure Monge, posté au large des Açores. Mais la « poursuite » de l’engin a été de courte durée. « La sortie du missile à partir du sous-marin s’est déroulée normalement et en toute sécurité pour le sous-marin et son équipage. Lors de la première phase du vol, un incident s’est produit et a entraîné l’autodestruction du missile. A ce stade d’analyse et d’observation, les débris sont tombés dans la zone interdite pour la circonstance à la navigation maritime et à la circulation aérienne. La Marine nationale met en place les moyens nécessaires pour assurer la sécurité de la navigation. Les débris seront récupérés », indiquait hier le ministère de la Défense.

 

 

Le BEM Monge (© : MICHEL FLOCH)

Le BEM Monge (© : MICHEL FLOCH)

 

Les débris du M51 retombant en mer (© : MARC ARZEL - LE TELEGRAMME)

Les débris du M51 retombant en mer (© : MARC ARZEL - LE TELEGRAMME)

 

Vidéo d'un témoin de l'incident d'hier matin (© : DROITS RESERVES)

 

 

Le dernier incident de ce type remonte à 1996

 

 

Problème mécanique, défaillance électronique ? Pour une raison encore inconnue, ou non communiquée, le système d’autodestruction du M51 a été activé entre 50 secondes et une minute après le lancement. Une commission d’enquête va être diligentée pour déterminer les causes de cet échec, le premier pour le nouveau missile balistique conçu pour équiper les quatre sous-marins stratégiques français. Auparavant, cinq tirs avaient été réalisés avec succès (dont deux sur le sous-marin Le Terrible, premier à être équipé du M51 et opérationnel depuis 2010). Le dernier problème de ce type intervenu sur un SNLE français date de 1996, un missile M4 s’étant alors désintégré après son lancement depuis un sous-marin du type Redoutable. C’est le seul échec du genre enregistré avec la génération M4 (opérationnelle en 1985 sur l’Inflexible puis après refonte sur quatre autres Redoutable) et son évolution M45, mise en service avec Le Triomphant en 1997. En tout, une vingtaine de tirs de M4 et de M45 ont été réalisés sans problème.

 

 

SNLE du type Le Triomphant (© : MICHEL FLOCH)

SNLE du type Le Triomphant (© : MICHEL FLOCH)

 

SNLE doté d'équipements pour un tir d'essai (© : MICHEL FLOCH)

SNLE doté d'équipements pour un tir d'essai (© : MICHEL FLOCH)

 

 

Les cinq premiers lancements réussis

 

 

Développé par Astrium (EADS), qui s'est notamment appuyé sur Snecma Propulsion Solide (SPS) et SNPE Matériaux Energétique (SME), ainsi que DCNS pour l'intégration aux sous-marins, le M51 a réalisé son premier tir expérimental en novembre 2006 depuis le centre DGA Essais de Missiles des Landes. Deux autres essais ont été menés ensuite avec succès, soit un autre tir terrestre en juin 2007 puis un premier lancement en « conditions sous-marines » en novembre 2008. Fraîchement livré par le chantier DCNS de Cherbourg, Le Terrible, quatrième SNLE du type Le Triomphant et premier à être doté du nouveau missile, appelé à remplacer le M45 équipant ses trois aînés (mis en service entre 1997 et 2004), a réalisé avec un premier tir en baie d’Audierne en janvier 2010. Un second lancement a été mené à bien depuis Le Terrible en juillet 2010, ouvrant la voie à la mise en service opérationnelle (MSO) du M51 le 20 septembre 2010.

 

 

Missile M51 (© : DGA)

Missile M51 (© : DGA)

 

 

Refonte des trois premiers SNLE du type Le Triomphant

 

 

Depuis, Le Terrible a assuré plusieurs patrouilles, participant à la permanence de la dissuasion nucléaire française. La MSO du couple Le Terrible/M51 a permis de lancer le grand chantier de refonte des trois premiers SNLE de la série : Le Triomphant (1997), Le Terrible (1999) et Le Vigilant (2004), en commençant par ce dernier de manière à cumuler son premier arrêt technique majeur et sa modernisation. Après 30 mois de travaux, dont 18 passés en cale sèche à Brest, Le Vigilant devait reprendre son cycle de patrouilles après avoir effectué son tir de validation avec le M51. L’échec enregistré hier aura-t-il un impact sur le retour du SNLE en opération ? Pas de réponse pour le moment. Toutefois, avec ses quatre sous-marins, la Force océanique stratégique est dimensionnée pour pouvoir assurer la permanence de la dissuasion nucléaire, avec au moins un SNLE à la mer à tout moment.

 

 

Le SNLE Le Terrible (© : MARINE NATIONALE)

Le SNLE Le Terrible (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Un sujet des plus sensibles

 

 

On peut en tous cas imaginer que le ministère de la Défense va mobiliser tous les moyens disponibles au sein de la Direction Générale de l’Armement, ainsi que chez les industriels, afin de déterminer au plus vite la ou les causes ayant conduit à la destruction du M51. Un sujet extrêmement sensible puisque, des conclusions remises par les ingénieurs, dépendront peut être des mesures correctives. Avec, en toile de fond, la crédibilité de la dissuasion nucléaire française. Autant dire que militaires et industriels marchent sur des œufs et mettront tout en œuvre pour savoir ce qui s’est passé hier et éviter qu’un tel incident se reproduise. Pour mémoire, le prochain SNLE devant bénéficier de la refonte M51 est Le Triomphant, sur lequel les travaux doivent débuter cette année. En tout, chaque sous-marin peut embarquer 16 missiles intercontinentaux, chacun étant capable d’emporter jusqu’à 6 têtes nucléaires. Long de 12 mètres et affichant une masse de 56 tonnes au décollage, le M51 offre une portée pouvant, suivant sa charge utile, atteindre autour de 9000 kilomètres.

 

 

 

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