Marine Marchande
Triste odyssée de deux bétaillers en Méditerranée

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Triste odyssée de deux bétaillers en Méditerranée

Marine Marchande

Ils sont partis le 18 décembre des ports espagnols de Tarragone et de Cartagène et, depuis, ils errent en Méditerranée avec leurs cargaison de plusieurs centaines de taurillons de race charolaise et limousine. Les vieux bétaillers Elbeik et Karim Allah ont vécu, ces dernières semaines, une trajectoire tristement parallèle.

Le Karim Allah devait débarquer ses 850 taurillons à Iskenderun en Turquie, où il est arrivé fin décembre. Il se voit refuser l'entrée au port par les services vétérinaires turcs qui craignent la fièvre catarrhale, une maladie touchant notamment les bovins, dont des foyers épidémiques ont été repérés en Espagne. Le bétailler fait alors route vers la Libye, où il espère débarquer ses têtes de bétail. Las, il se fait également refuser par le port de Tripoli le 6 janvier. Il erre ensuite en Méditerranée avec des bêtes qui ne sont pas nourries plusieurs jours d'affilée, reçoit un peu de nourriture en Sicile, avant de finalement remettre le cap sur l'Espagne, où il est arrivé le 22 février.

L'Elbeik a, quant à lui, chargé 1800 bêtes à Tarragone pour se rendre en Turquie. Il suit à peu près la même route que le Karim Allah, essuie des refus à Tripoli puis à Alexandrie et reste quelque temps au large de Chypre. Il a lui aussi finalement décidé de remettre le cap sur Carthagène où il est attendu dans les jours qui viennent. 

A bord, aucun cas de fièvre catarrale mais des bêtes qui ont beaucoup souffert, notamment de dénutrition. Les autorités vétérinaires espagnoles ont décidé de procéder à l'abattage de l'ensemble du cheptel du Karim Allah et organise également celui, à venir, des taurillons de l'Elbeik.

« Les autorités espagnoles ont pris un risque en exportant du bétail courant décembre 2020 en Méditerranée orientale. Des foyers de maladie de la langue bleue étaient identifiés depuis un certain temps en Espagne et dans cette période de tension et d'incertitude sanitaire mondiale, il était prévisible que les pays d'importation soient vigilants sur la santé des animaux et les risques de contagion. Malgré leur vétusté, l'Elbeik et le Karim Allah bénéficient d'un agrément spécial de l'Union Européenne pour le trafic de bétail », dénonce l'association Robins des Bois.

Précisions sur les navires par Marc Ottini

Le Karim Allah est un transporteur de bétails construit en 1965 par le chantier allemand J.J Sietas sous le nom de Passat. A sa sortie de chantier, le navire était un roulier adapté pour le transport de véhicules neufs entre les différents ports européens. Doté de deux moteurs diesel Deutz de six cylindres développant au total 2206 Kw, il allait changer de mains en 1982 pour devenir le libanais Mundial Car au sein de l’armement Mundial Ro-Ro. Pendant près de vingt ans, le Mundial Car a effectué des rotations entre Anvers et les ports de la Méditerranée Orientale avec du matériel de seconde main principalement. Ce n’est qu’en 2003 qu’il est transformé à Beyrouth en transport de bétails et qu’il est devenu le Karim Allah.

Long de 82 mètres et large de 14, il est armé par un équipage composé de 18 hommes de nationalités indienne, syrienne et libanaise.

Le Elbeik est quant à lui un produit néerlandais puisqu’il est sorti du chantier de Krimpen a/d Ijssel en 1967 en tant que caboteur gréé par deux grues de 15 et 5 tonnes et doté de deux portelones sur tribord. Baptisé Tyro sous le pavillon des Pays-Bas, il naviguera en Europe du Nord jusqu’en 1983, date où il sera acheté par le gouvernement néerlandais pour servir de navire de transport de matériel militaire. En 1994, il devient le Jihad II pour être converti en navire de transport de bétail. Puis sillonnant les eaux de la Méditerranée et de la Mer Rouge, il change plusieurs fois de propriétaire, de nom et de pavillon en devenant successivement les Almahmoud 4, Abdulzarak, Al Mahmoud 4 de nouveau, Aljaghbeir, Delta 1 et Elbeik en 2017.

Long de 84,20 mètres pour une largeur de 14,60, ce navire de 54 ans est motorisé par un diesel MWM de six cylindres développant 2206 Kw. Son équipage se compose de 20 Egyptiens, Indiens, Libanais et Syriens.    

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