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Eldar Sætre : « Statoil vit la plus grande transformation de son histoire »

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« Le prix du pétrole va continuer à monter et descendre. Et pas nécessairement dans cet ordre... » Elder Sætre, président de Statoil, la compagnie pétrolière publique norvégienne, goûte les traits d’humour, même lorsque la conjoncture a rarement été aussi mauvaise pour le secteur pétrolier et, par extension, pour une grosse partie de l’économie norvégienne. « Rappelez-vous, il y a quelques années, la « nouvelle norme » en matière de prix du baril était à 110 dollars. En 2015-16, nous sommes passés de 55 à 27 dollars ». Et désormais, personne ne saurait dire quelle est « la nouvelle norme » sur laquelle on peut tabler pour explorer, commander ou investir.

Arrivée au début de la tempête

« Le marché pétrolier a toujours été cyclique, mais il est vrai qu’il a été particulièrement turbulent ces derniers 18 mois ». Elder Sætre est arrivé à la tête de Statoil en octobre 2014 au moment même où le pétrole a brutalement plongé. Il est un des rares patrons de l’histoire de la toute puissante entreprise à avoir fait toute sa carrière chez Statoil, où il fut notamment spécialiste des questions gazières, des énergies renouvelables avant d’en devenir le directeur financier. « Quand je suis arrivé chez Statoil en 1980, nous étions 534 employés. Aujourd’hui nous sommes 21.600. Nous avons beaucoup grossi, diversifié, restructuré. Et c’est dans la conjoncture actuelle, dans ces temps difficiles, que je retrouve l’énergie, l’enthousiasme et l’implication que nous connaissions à l’époque ».

Tailler Statoil pour un baril beaucoup plus bas

Eldar Sætre ne fait pas exception dans un pays où il est très mal vu de se plaindre. Il a donc choisi l’optimisme laborieux. « De mon point de vue, je me sens privilégié. Le contexte nous offre la possibilité de remettre à zéro notre industrie. C’est le moment de se lancer dans un véritable changement culturel. Et pour changer, il faut de la constance, du temps et des actions. Pas juste du bavardage. Il faut tailler Statoil pour pouvoir affronter le futur environnement pétrolier et, notamment, un prix moyen du baril beaucoup plus bas. Nous sommes face à la plus grande transformation de notre histoire ».

500 contrats de fournisseurs déjà renégociés

Le changement culturel qu’Eldar Sætre met en place se décline en différents axes, y compris en espèces sonnantes et trébuchantes. « Il faut profondément transformer nos structures de coût pour les baisser radicalement. Nous avions commencé ce travail dès 2013. Nous allons l’accélérer et l’approfondir pour fortement améliorer notre efficacité opérationnelle ». Les effets n’ont pas tardé à se faire sentir, notamment pour la très nombreuse sous-traitance qui dépend du géant pétrolier. Statoil a, d’ores et déjà, renégocié plus de 500 contrats de fournisseurs « pour obtenir des meilleurs prix » et ce n’est visiblement pas fini. « Le contexte est dur pour nous et pour nos fournisseurs. Mais nous n’avons pas le choix, il faut travailler en collaboration pour construire ensemble une industrie plus forte ».

La rationalisation de l'industrie

Plus rationalisée également, sans doute. L’impressionnant écosystème gravitant autour de Statoil et de l’exploitation du plateau continental norvégien a, pendant des années, profité de l’abondance des profits générés par l’industrie offshore. Des centaines d’entreprises, d’équipementiers, de consultants concentrés autour de Stavanger et d’Oslo ont prospéré à l’ombre du géant. La brutale chute du prix du pétrole a mis un net coup de frein à ce boom effréné et lucratif. Des milliers d’emplois ont été supprimés et beaucoup d’expatriés ont dû quitter l’ancien pays de cocagne.

Une nouvelle logique de standardisation

« Il faut penser différemment l’ensemble de notre industrie. Prenez par exemple les Christmas Tree (« arbres de Noël », système d’extraction dans les puits NDLR), vous pouvez en trouver des milliers de modèles sur le marché et tous les ingénieurs sont prêts à vous en dessiner un qui correspond précisément à votre puits. Nous avons approfondi cette question et nous nous sommes rendus compte que deux modèles d’entre eux pouvaient répondre à 90% de nos besoins. Il faut désormais que nous standardisions, en collaboration avec nos fournisseurs. Nous avons tout juste commencé à ouvrir cette nouvelle voie, qui va nous offrir un très gros potentiel de progression ».

L'équilibre avec un baril à 50 dollars

Eldar Sætre veut que Statoil soit prêt à survivre dans ce nouvel environnement, qui risque de ne plus jamais voir un baril de pétrole atteindre les 100 dollars. « En 2013, j’avais demandé aux équipes de travailler sur des projets viables avec un baril à 70 dollars. Désormais la consigne a été abaissée à 50 dollars. Nous trouvons des nouvelles manières de travailler : plus de technologies, plus d’innovations, plus d’ingéniosité ». Cela fonctionne : 80% du portefeuille de Statoil dispose désormais d’un capex équilibré avec un baril à 50 dollars. « Il faut que nous continuions à investir pour être fin prêts quand le marché va reprendre ».

Propos recueillis par Caroline Britz, Oslo Subsea Valley, Avril 2016

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