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Embarquement à bord de la FREMM Aquitaine

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Embarquement à bord de la FREMM Aquitaine

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L'hélicoptère est en approche. Il entre dans l'espace aérien délimité autour de l'Aquitaine. Sur les 17 écrans du Centre Opérations (CO) de la frégate, il apparait sur la carte électronique. Devant les consoles, il y a des techniciens de DCNS et des marins de l'équipage de conduite. La troisième phase des essais à la mer, principalement dédiée à la lutte anti-air et antisurface du bâtiment, premier de la série des frégates multi-missions (FREMM), vient de débuter...
Tous les senseurs de l'Aquitaine font parvenir leurs informations au CMS (Combat Management System), le système de combat, qui crée immédiatement « des pistes » et construit une réponse tactique. Ainsi, les moyens de détection repèrent des cibles potentielles, qui sont localisées et identifiées. En quelques secondes, le CMS propose une solution aux marins assis derrière leurs consoles. «On définit des règles d'engagement, c'est-à-dire un cadre d'action qui prévoit quand et dans quelles conditions le bâtiment engage son armement ou ses moyens d'autoprotection. Ce cadre est intégré dans le CMS qui effectue tous les calculs. Ce sera cependant toujours l'homme qui prendra la décision de l'opportunité de tir, il peut pour cela utiliser les clés de véto qui contrôlent le CMS » explique Pierrick Etiemble, un des responsable des systèmes de combat de DCNS.

 Le Centre Opérations  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le Centre Opérations (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Développé par DCNS, le CMS ; avant d'être installé sur l'Aquitaine, a été longuement testé sur un simulateur à Saint-Mandrier, près de Toulon. « L'Aquitaine est un bâtiment sur lequel l'automatisation est très poussée, puisque l'équipage a été fortement réduit. Le CO, en veille normale, est armé par 8 marins, 15 au niveau d'alerte maximal. Il fallait donc pouvoir livrer immédiatement un système de combat à la fois très performant et très fiable. Nous avons donc tout analysé en conditions réelles et surtout tout debuggé dans le centre de simulation, de manière à livrer un système immédiatement opérationnel ». Le CMS de l'Aquitaine s'appuie sur le logiciel SETIS, spécialement développé pour le programme FREMM. Les consoles du CO sont standardisées, chacun des 17 postes peut tout faire et, en cas de besoin, être récupéré sur un autre. « Nous avons voulu simplifier l'interface homme/machine, tout est centralisé et tout peut être reconfiguré très rapidement ». En plus des postes individuels, deux grands écrans, fixés à la cloison, peuvent diffuser la situation tactique ou répercuter ce que l'un des opérateurs observe sur sa console.

Une collection de nouveaux systèmes

Tout autour de la salle sont logées les commandes de contrôle des différents senseurs et de l'armement. « Tout le système de combat est neuf, même si on le compare avec le programme des frégates Horizon, qui sont pourtant récemment sorties des chantiers (les Forbin et Chevalier Paul, admises au service actif en 2010 et 2011, ndlr) ». Un radar multifonctions Herakles, qui assure à la fois la détection et la conduite de tir, un système IRST pour la veille panoramique infrarouge, un sonar d'étrave 4110 et un sonar remorqué 4229, un système de guerre électronique avec des brouilleurs amovibles... La puissante frégate, longue de 142 mètres et affichant un déplacement de 6000 tonnes en charge, est bardée de senseurs. Et en matière d'armement, elle dispose d'un arsenal conséquent et polyvalent : 16 missiles de croisière Scalp Naval (qui seront installés en 2014), 16 missiles à lancement vertical Aster 15 pour la défense anti-aérienne, 8 missiles Exocet MM40 Block3 pour la lutte antinavire, deux lanceurs bitubes pour torpilles MU90 et un canon de 76 mm, qui peut être remplacé par une pièce de 127 mm. Le bâtiment pourra également embarquer un hélicoptère Caïman Marine (NH90), capable de mettre en oeuvre un sonar trempé, des bouées acoustiques, des torpilles et des missiles antinavire. Enfin, pour les contre-mesures, la FREMM dispose notamment de lance-leurres NGDS et de leurres anti-torpilles.

Le radar multifonctions Herakles  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le radar multifonctions Herakles (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un brouilleur (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Un brouilleur (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le mât  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le mât (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La plage avant et les silos de missiles Aster  et Scalp (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
La plage avant et les silos de missiles Aster et Scalp (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Tous ces équipements sont au fur et à mesure testés, d'abord indépendamment, puis sont intégrés au système de combat afin que celui-ci puisse finalement gérer simultanément les senseurs et l'armement de la frégate. « Nous les intégrons et les testons progressivement sur le CMS. Les capacités anti-aériennes sont fonctionnelles et, à l'été, nous pourrons y ajouter la lutte anti-sous-marine ». Les ingénieurs de DCNS insistent sur les capacités évolutives du CMS : « Sur cette architecture éprouvée, on peut rajouter des briques. On va y intégrer la guerre électronique, les données de l'hélicoptère embarqué puis celles des autres bâtiments et aéronefs en opérations. Et bien sûr, on pourra y ajouter les drones ».

Le hangar hélico qui accueillera un Caïman Marine  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le hangar hélico qui accueillera un Caïman Marine (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le PC Aéro (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le PC Aéro (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Le commandant Benoît Rouvière  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le commandant Benoît Rouvière (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Un équipage de 94 marins


Le capitaine de vaisseau Benoît Rouvière, commandant de l'Aquitaine, est à la passerelle de son bâtiment. Il commande l'équipage de conduite d'une soixantaine de marins, à bord depuis tout juste un an. « C'est passionnant. Participer à la mise en route d'un prototype est toujours une expérience enrichissante. Mais, en plus, avec cette nouvelle frégate, nous allons tester un nouveau dimensionnement d'équipage, un vrai changement culturel quand on imagine que les frégates que les FREMM vont remplacer comptent entre 250 et 300 hommes d'équipage, alors que nous, ici, nous serons 94, plus les 14 marins du détachement hélico ». Le commandant sait qu'il est à la tête d'un navire où l'automatisation a été poussée à son maximum. Y compris au niveau de la plateforme. A l'image des systèmes équipant les navires de commerce, DCNS a développé un Ship Management System (SMS), d'abord testé sur une plateforme de simulation à Lorient, et qui intègre toute la gestion du navire, alarmes, gestion des capacités, lutte anti-incendie... Toutes les données de la frégate sont renvoyées vers les écrans du PC Navire, où une veille est effectuée en permanence, ainsi que sur une console de contrôle à la passerelle. « Du coup, à la passerelle, il n'y aura plus que trois personnes : le chef de quart, son adjoint et un barreur ». Une autre petite révolution dans la Marine nationale se situe au niveau des locaux vie : « Les conditions de confort ont été largement améliorées, il n'y a sur ce bateau que des postes avec sanitaires individuels, de quatre, de deux ou des cabines individuelles, ce qui change beaucoup des postes à 14 sur les anciennes frégates ». Jusque dans les coursives larges et très longues, tout a été prévu pour ce nouveau format d'équipage : les équipements sont tous visibles, notamment le matériel anti-incendie, « il faut que tout soit accessible très vite ».

La passerelle  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
La passerelle (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

La coursive du pont principal(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
La coursive du pont principal(© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 Une chambre officier supérieur (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Une chambre officier supérieur (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Une propulsion combinée diesel-électrique et gaz

Tout en bas, à la machine, il y a aussi une veille permanente. Les mécanos surveillent les quatre diesels-alternateurs MTU de 2 MW alimentant deux moteurs électriques de propulsion Jeumont de 2.2 MW, placés dans des compartiments séparés et couplés à deux lignes d'arbres. La propulsion diesel-électrique offre au navire des capacités de manoeuvres accrues et une signature acoustique discrète, jusqu'à une vitesse de 16 noeuds. Si le bâtiment doit monter en allure, les mécaniciens peuvent très rapidement mettre en route et coupler la turbine à gaz Avio LM-2500 qui permet d'approcher les 30 noeuds. En cas de nécessité, la FREMM possède également un propulseur rétractable Brunvoll, qui fait office de propulsion de secours et permet de faire avancer la frégate à 7 noeuds.

Le moteur électrique Jeumont  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
Le moteur électrique Jeumont (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Une livraison à la fin de l'année

La semaine de l'Aquitaine est chargée. Après des tests sur la lutte anti-aérienne, la frégate va faire route sur le golfe de Gascogne pour tester ses capacités anti-sous-marines. Les coursives et les PC sont remplis de techniciens de DCNS et de ses sous-traitants. « Nous sommes plus de 200 à bord, on va se sentir un peu seuls quand nous ne serons 94 », sourit le commandant. Si les essais se poursuivent bien, notamment la quatrième et dernière campagne prévue cet été, l'Aquitaine devrait être livrée à la Marine nationale en fin d'année. En attendant sa cadette, la Normandie, qui devrait être mise à l'eau à l'automne. Sept autres FREMM doivent être réalisées ensuite. S'y ajouteront deux autres bâtiments dédiés à la défense aérienne, les FREDA. Le dernier exemplaire doit être livré à la flotte française en 2022.

L'Aquitaine  (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
L'Aquitaine (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

  L'Aquitaine (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)
L'Aquitaine (© : MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

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