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En attendant la décision de l'Inde, le Clemenceau fait des ronds dans l'eau

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En attendant la décision de l'Inde, le Clemenceau fait des ronds dans l'eau

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Il s’agit, sans doute, de ne pas mettre de pression sur l’Inde, dont la Cour suprême doit statuer lundi sur la légalité du transfert de l’ancien porte-avions aux chantiers du Gujarat. Un navire remorqué n’est jamais très rapide mais, depuis quelques jours, le Clemenceau semble particulièrement lent. Sorti le 25 janvier du canal de Suez, le convoi pénétrait le 2 février dans le détroit de Bab el Mandab, qui relie la mer Rouge à l’océan Indien. Or, le navire ne se trouvait hier qu’au nord ouest de l’île yéménite de Socotra. Escorté par un aviso de la Marine nationale, le « Clem » a interdiction de pénétrer dans les eaux territoriales indiennes jusqu’à la décision de la Cour suprême. La commission chargée de conseiller la haute juridiction reste divisée. Le 6 janvier, le comité n’est pas parvenu à se mettre d’accord et n’a donc pas remis de conclusion. Sur les onze membres qui le composent, trois se sont déclarés hostiles au ferraillage du navire, qui contient de l’amiante. En revanche, sept autres experts n’y sont pas opposés, moyennant quelques conditions. Comme elle l’a elle-même proposé, la France serait amenée à rapatrier les déchets toxiques. Un contrôle indépendant pourrait être mis en place sur toute la durée du chantier. Enfin, concernant la polémique autour de la quantité réelle d’amiante encore présente dans la coque, le bruit circule que Paris serait prêt à verser une caution à l’Inde, en cas de dépassement des taux annoncés.

Michèle Alliot-Marie réitère les assurances françaises

Le ministre de la Défense est revenu mardi, au Sénat, sur cette affaire, assurant que l’Etat avait pris toutes les mesures pour que les travaux soient menés dans les meilleures conditions : « Certains cadres du chantier indien ont été formés en France ; ils formeront à leur tour les ouvriers chargés du désamiantage sur le chantier en Inde et ce, en relation avec la société SDI. Le chantier indien qui accueillera le Clemenceau est aux normes internationales (IS0) et grâce à l'usage de matériel qui sera expédié de France, il sera capable de mettre en oeuvre les normes françaises de désamiantage (…) Sur le chantier indien, un expert indépendant contrôlera le respect des normes françaises ». Michèle Alliot-Marie a par ailleurs annoncé qu’un suivi médical des opérateurs indiens serait mis en place : « Un examen médical aura lieu au début du chantier, un autre à la fin du chantier puis un autre, un an après la fin des opérations ». Les associations anti-amiantes se basent sur la convention de Bâle. Signé par 120 pays et entré en vigueur en 1992, ce protocole règlemente l’exportation des déchets toxiques. Or, le Clemenceau est toujours considéré, malgré son désarmement, comme un bâtiment militaire, échappant, de fait, aux contraintes de la Convention. C’est ce statut qui a entraîné le rejet des actions menées en justice par les associations : « Le Clemenceau n'est pas un déchet, mais un navire de guerre ; il peut donc être exporté et les Egyptiens l'ont d’ailleurs reconnu. Les principes de l'OIT (Organisation internationale du Travail) et de l'OMI (Organisation maritime internationale) sont respectés. Et je précise qu’il n'y a pas de chantier en Europe capable d'effectuer ce travail ». La France sera fixée, à priori, lundi sur le sort de son ex porte-avions. En cas de désaccord entre ses membres, la Cour suprême indienne pourrait toutefois mettre sa décision en délibéré. Le délai pour rendre le jugement serait alors d’une dizaine de jours. Jacques Chirac, de son côté, est attendu en Inde le 19 février, pour une visite officielle de 48 heures, où l'on parlera, très probablement, commerce et porte-avions.

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