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En mer avec les pêcheurs de l'extrême

Photographe à l'Agence France Presse, Marcel Mochet a embarqué sur cinq bateaux de pêche hauturière et a ramené un bout de la vie de ces travailleurs de la mer. Son livre, «Les pêcheurs des extrêmes», raconte la dureté de ce travail.

 
«Ils sont français, polonais, malgaches ou ukrainiens et embarquent sur nos grands bateaux-usines pour servir dans nos assiettes et sur nos meilleures tables, les produits de leurs longues campagnes de pêche. Des quarantièmes rugissants, dans les mers australes, aux berges inhospitalières du Spitzberg, en mer de Barents, ces laboureurs de la mer restent peu connus du grand public». Et pour enfin nous faire découvrir ce qu'est le quotidien de ces marins, Marcel Mochet, âgé de 60 ans et qui a eu la possibilité d'embarquer à leurs côtés, a publié un ouvrage dont les photos parlent d'elles-mêmes. 
 
De 70° Nord à 53° Sud
 
Photographe professionnel, spécialisé dans le domaine maritime pendant une bonne quinzaine d'années à l'AFP, ce Malouin a écumé les mers du nord, «jusqu'à 70° Nord» (mer d'Irlande, de Norvège, d'Ecosse et mer de Barents), et celles du Grand Sud (40es Rugissants, 50es Hurlants): «À Kerguelen, tu es à 53° Sud». Sur cinq bateaux -deux malouins, deux palangriers de l'île de la Réunion et un concarnois-, dont le dernier morutier français, basé à Saint-Malo, Le Grande Hermine, et le plus grand chalutier usine Joseph Roty II (une centaine de mètres), il a partagé la vie de ces pêcheurs et vécu comme eux, 24 heures sur 24. «Ça représente pratiquement un an d'embarquement. Six campagnes. Hormis un petit chalutier de 23m qui part quinze jours, les autres sont en mer deux mois et demi, trois mois», explique MarcelMochet. Pour s'imprégner de ce milieu très rude, il a dû se fondre dans le décor. «Quand tu arrives, ils te regardent de travers. Se demandent ce que tu viens faire là. Comme tu sais que tu vas vivre deux mois avec eux, tout partager et sans aucune échappatoire, tu as l'obligation de t'adapter. Tu as le temps. Donc les premiers jours à bord, c'est tout en douceur. Tu ne prends pas tes appareils photo, tu laisses faire. Tu es une vraie verrue quand même. Et un jour, il y en a un qui te dit: "Ben, qu'est-ce que tu fous-là, à bord, tu devais pas prendre des photos? Eh ben, vas-y!". Et là, tu as gagné, tu peux aller chercher tes appareils», raconte le photographe. 
 
«Tu ne peux pas t'attacher»
 
C'est ainsi qu'il a même pu les photographier dans leur vie intime: au petit-déjeuner, au sortir du lit. Mais pour ces hommes, c'est le travail qui prime. Ils sont au boulot plus de douze heures par jour. «Sur le Joseph Roty, le rythme est intense: ils travaillent dix-huit heures et se reposent six heures. Et ce sont dix-huit heures à l'usine. Ils ont un travail dur. Ils font tout, ils sont tous polyvalents. C'est une vie très austère même s'ils ne le voient pas comme ça, parce qu'ils ont l'habitude». Ils ont aussi l'habitude de bouger sur la rampe tels des équilibristes au gré des énormes vagues. «Tu ne peux pas t'attacher. La rampe arrière fait 80m² avec des poulies, des bouts dans tous les sens, des filets. Un gros bordel noir. S'attacher est impossible. T'enfiles ton petit gilet et tu pries le ciel que la vague ne t'emporte pas. Mais ce sont de vrais professionnels, ils savent où ils mettent les pieds». Et puis, il y a le chef de pont. Celui qui est là pour regarder la vague et faire attention aux hommes. Parti systématiquement sur des marées d'hiver, Marcel Mochet, qui a croisé des vagues de plus de dix mètres, n'a jamais eu peur. Il dépeint une vie légèrement plus facile sur les plus gros bateaux: «C'est plus dangereux sur les petits. Sur les gros, les marins dorment sur des bannettes, mangent chaud. Ils ont des douches chaudes, une machine à laver, un cuisinier, un boulanger. Les conditions de vie sont un peu plus faciles. Ils ont même le droit à des croissants le dimanche». Mais ces douceurs n'enlèvent rien à la dureté de ce métier auquel Marcel Mochet rend un magnifique hommage. 
 
 

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