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Encore une mission Grand Nord pour une frégate française
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Encore une mission Grand Nord pour une frégate française

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Cela devient un peu la « Corymbe polaire », une nouvelle mission quasi-permanente pour la Marine nationale. Après le Primauguet il y a quelques semaines, une autre frégate anti-sous-marine, le La Motte-Picquet, a sillonné les eaux froides du Grand Nord, dont elle est revenue il y a quelques jours.

Depuis quelques années, la flotte française fait un retour en force dans cette zone où, après la Guerre Froide, elle ne se rendait plus qu’épisodiquement. La dislocation de l’URSS avait en effet amoindri considérablement la menace que représentaient l’ancienne armada soviétique, et plus particulièrement des sous-marins basés dans la région de Mourmansk.

Depuis, la situation a évolué. D’une part, la Russie s’est redressée et sa marine, après une longue période de déliquescence, est de retour. Le niveau d’activité de la sous-marinade russe aurait quasiment retrouvé son niveau d’il y a trente ans. Dans le même temps, l’Arctique s’est imposé comme une zone stratégique en devenir sur le plan économique, avec le développement facilité par le réchauffement climatique de nouvelles routes commerciales via le nord de la Russie, et de colossales perspectives autour des richesses naturelles qu’abrite cette région. Certes, elles ne sont pas facilement accessibles et encore moins exploitables, mais leur seule présence suffit à accentuer les convoitises, et donc les tensions.

Dans cette perspective, la marine française a entrepris de faire monter ses navires de plus en plus fréquemment dans le Grand Nord. En lien avec l’OTAN et les pays alliés riverains, à commencer par la Norvège, il s’agit d’améliorer la connaissance géographique, environnementale et opérationnelle de cette zone. Ce qui nécessite d’y naviguer fréquemment afin de permettre aux équipages de maîtriser les conditions météorologiques très particulières et souvent extrêmes qui y règnent. Des conditions qui influent par exemple sur les senseurs des bâtiments de combat, radars, sonars ou encore guerre électronique, qu’il s’agit de savoir optimiser dans ces situations spécifiques. Or, l’un des objectifs de ces déploiements est évidemment de surveiller l’activité russe sur, sous et au-dessus de la surface de l’eau. La flotte française vient ainsi « sentir » un terrain de jeu maîtrisé par son homologue russe, qui le lui rendrait bien en grenouillant semble-t-il amplement, pour sa part, du côté de l’Atlantique.

Concernant les moyens, le temps où les vieux remorqueurs de haute mer brestois, dont les coques renforcées ont une capacité glace, assuraient le gros des missions Grand Nord est révolu. Aujourd’hui, la France déploie dans la zone des unités de premier rang, à commencer par ses meilleures frégates anti-sous-marines. Avec une présence devenue quasi-permanente. Ainsi, depuis un an, se sont notamment succédés dans cette zone les FREMM Aquitaine, Provence et Bretagne, les FASM Primauguet, La Motte-Picquet et Latouche-Tréville, le bâtiment hydro-océanographique Beautemps-Beaupré ou encore le bâtiment de soutien et d’assistance métropolitain Rhône. Ce dernier fut d’ailleurs l’été dernier le premier navire de la marine française à franchir le passage du nord-est, entre la Norvège et le détroit de Béring, cela sans assistance. Et les bâtiments de surface ne sont pas les seuls à évoluer aussi haut. Les avions de patrouille maritime Atlantique 2 s’y rendent de même, comme ce fut par exemple le cas en octobre dernier lors de l’exercice OTAN Trident Juncture, auquel participaient aussi le porte-hélicoptères amphibie Dixmude et le bâtiment de commandement et de ravitaillement Somme (déployés avec la Bretagne et le Latouche-Tréville). Et c’est également le cas, mais beaucoup plus discrètement, de sous-marins nucléaires d’attaque français, à l’image du Casabianca qui s’était entrainé en 2016 avec son homologue norvégien Utstein autour du cercle polaire, où les oreilles françaises sont à l’affût du moindre contact sonar.  

La Marine nationale est ainsi devenue l’une des flottes les plus présentes et actives de la zone, hors pays riverains. Une présence marquée pour contribuer aux côtés de ses alliés à la surveillance et la protection des frontières nord de l’Europe. Comme si c’était aussi là, désormais, que commençaient les approches maritimes hexagonales, ou du moins que débute leur défense.

 

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