Formation et Emploi

Reportage

ENSM : La nouvelle école du Havre ouvre ses portes

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« Construire et une école de la marine marchande en France, ce n’était pas arrivé depuis près de 50 ans ». Laurent Perusat est architecte au sein du cabinet AIA, qui a réalisé, aux côtés de SOGEA, le nouveau bâtiment de l’Ecole Nationale Supérieure Maritime, sur le quai Frissard au Havre. Un projet que l’architecte a voulu inscrire dans son environnement. « La particularité de ce bâtiment, c’est évidemment dans son rapport à la mer dans une ville où il y a, par ailleurs, une culture architecturale riche et étonnante. Le Havre mêle les grands espaces urbains à la présence du port et des navires que l’on voit au cœur de la ville ». Le nouveau bâtiment de l’ENSM devait donc se situer dans la continuité de ce que Laurent Perusat appelle « l’imaginaire havrais ». 

 

(FABIEN MONTREUIL)

Vue depuis l'ENSM (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Nous avions, au moment des études de projet, tout à fait conscience de la grande visibilité de la future Ecole, du lieu où elle se trouvait et de sa future mission de formation de marins. Nous avons donc naturellement choisi de nous orienter vers une silhouette de navire, énigmatique et puissante». C’est donc un « vaisseau urbain » qui est sorti de terre à partir de juillet 2013, le long du bassin de la Citadelle, au contact direct avec le centre ville, le port et le nouveau quartier d’enseignement supérieur qui regroupe désormais l’Institut d’Etudes Politiques, l’ISEL, la section havraise de l’école d’ingénieurs INSA et l’Ecole de management de Normandie (hébergée pour trois ans dans les locaux de l’ENSM).

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

« Nous voulions que l’Ecole soit un véritable navire à quai, avec un effet d’étrave, des perspectives brisées et un mouvement de toiture qui amplifie ces lignes de bateaux ».  Pour renforcer ces effets, les architectes ont porté un soin particulier à l’enveloppe du bâtiment qui a été recouvert d’aluminium anodisé et perforé, en clair de vue et disposé sous forme d’écailles. « C’est une double peau qui forme une couverture moirée dont l’aspect change avec l’orientation du soleil et qui rappelle l’aspect irrégulier du revêtement de la coque d’un navire ». Un revêtement extérieur qui participe au bilan énergétique positif du bâtiment de près de 10.000 m2. Une orientation sud-est/nord-ouest, 900 m2 de panneaux solaires, une pompe à chaleur immergée dans le bassin voisin… « Nous avons des projections nous donnant une consommation de 12.9 kWh/m2 par an et d’une production de 14.1 kWh/m2. Nous allons vérifier ces prévisions pendant un an ».

Si elle ressemble à un navire immobile à l’extérieur, la nouvelle école a également été pensée pour reproduire au plus près l’ambiance d’un navire à l’intérieur. « Le concept de ship-in-school, une école au plus près de la réalité embarquée, a guidé l’aménagement des locaux ». Matériaux bruts, du béton et du bois, des gaines apparentes, une iconographie et une signalétique rappelant celle des navires… et une distribution des lieux d’enseignement en droite ligne de cette logique réaliste.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Au niveau bas, c’est la machine. Le moteur de Sainte-Adresse a été déplacé, « on a construit l’école autour de lui », sourit Philippe Allemandou, directeur général adjoint de l’école.  S’il ne tourne plus, il sert à matérialiser l’ergonomie de la salle des machines. A côté, un PC machine équipé d’un simulateur Kongsberg flambant neuf. « Les six écrans sont tactiles et totalement interactifs. Ils permettent de reproduire l’ensemble des manœuvres et des scénarios que l’on peut trouver dans une machine », détaille Gilles Duchemin, professeur machine. Deux types de moteur deux temps  et un quatre temps peuvent être modélisés. La propulsion diesel-électrique et GNL ne sont, en revanche, pas encore dans l’équipement du simulateur. « Le simulateur machine peut être connecté aux simulateurs passerelle qui se trouvent là-haut, ce qui permet de jouer un scénario complet de conduite ».

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

Puisque plus haut, après les niveaux rez-de-quai avec ses quatre amphis et son centre de documentation, la reproduction des ponts d’un navire se poursuit. Au niveau 1 supérieur, plusieurs espaces ont été dédiés à l’enseignement de la sécurité et de la navigation. « Nous avons ainsi  une zone de télémédecine, un balcon permettant de simuler la mise en place d’une échelle de pilote ou la mise à l’eau d’une chaussette d’évacuation ».

Et ensuite, encore plus haut , c’est la passerelle ou plutôt les passerelles. En plus des simulateurs qui équipaient déjà l’ancienne école de Sainte-Adresse, l’ENSM s’est dotée de quatre nouveaux Kongsberg. « Nous en avons un plus spécifiquement dédié au remorquage et à la navigation fluviale, deux petits et un grand qui reproduit la passerelle et un aileron », explique Christian Larrieu, directeur du centre du Havre. Tous peuvent être reliés entre eux, pour jouer, par exemple, une prise de remorque ou des situations rapprochées en zone portuaire.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

L’investissement global pour la construction de l’Ecole s’est élevé à 27.8 millions d’euros (Etat 10 millions, communauté urbaine du Havre 10 millions, Région Haute-Normandie 7.8 millions d’euros). Prévue pour 1000 élèves, elle ne va pas faire le plein avec les seuls élèves de la marine marchande, qui cohabitent actuellement avec une partie des effectifs du lycée maritime de Fécamp et l’école de management de Normandie.

Selon le plan de spécialisation, le Havre effectue la formation « navigante » des 4ème et 5ème années, ainsi que celle de la nouvelle formation officier chef de quart passerelle international.

 

(MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

Ecole Nationale Supérieure Maritime (ENSM)