Marine Marchande
Entre fermeté et concessions, Villepin tente une sortie de crise à la SNCM

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Entre fermeté et concessions, Villepin tente une sortie de crise à la SNCM

Marine Marchande

Après trois jours d’échauffourées, de manifestions et d’actions spectaculaires, le Premier ministre tente de calmer le jeu avec les personnels de la Société Nationale Corse Méditerranée. Hier soir, Dominique de Villepin a reçu le patron de la CGT à Matignon. Après cette entrevue, Bernard Thibault a déclaré que « le dossier n’était pas bouclé au stade actuel, qu’il y a encore des possibilités de discuter ». Quelques heures plus tôt, le délégué des marins CGT avait réagi sur France 2 aux propos du ministre des Transport sur un maintien de l’Etat dans le capital de la compagnie : « C’est une ouverture qui permet de renouer le dialogue mais c’est le contenu du projet qui sera déterminant ». Dans la même interview, Jean-Paul Israël s’est dit solidaire des marins du syndicat des travailleurs corses (STC) qui ont occupé le cargo mixte Pascal Paoli : « Ce ne sont pas des voleurs. C’est un acte désespéré pour attirer l’attention », a-t-il déclaré.
Pour les révoltés du Paoli, la journée s’est terminée à l’arsenal de Toulon. Mardi après-midi, ils avaient pris le contrôle du navire à Marseille et quitté le port de force. Après avoir passé la nuit devant Bastia, leur bateau a finalement été pris d’assaut hier matin. A 8 H 45, cinquante commandos du GIGN et de la marine ont repris le contrôle du navire qui a été ramené vers le continent. Sur les 40 grévistes présents à bord, 36 ont été relâchés. Les quatre autres, dont Alain Mosconi, secrétaire du STC, et ses deux frères ont été placés en garde à vue. Pour cette opération, assimilée à un détournement, le parquet de Marseille a ouvert une information judiciaire. Considéré comme un crime, cet acte est passible de 20 ans d’emprisonnement. A Bastia, où des dizaines de marins et de militants nationalistes étaient venus défendre mardi soir les hommes du Pascal Paoli, les manifestants réclament la libération des grévistes. La ville connaissait hier un véritable état de siège. Des compagnies de CRS étaient déployées devant tous les édifices publics.

Walter Butler appelle au calme et au dialogue

Pour le fond d’investissement choisi par le gouvernement pour reprendre la SNCM, le retour au calme est un préalable à la reprise du processus d’acquisition. « Il faut revenir au calme et engager une discussion avec les partenaires sociaux », affirme Walter Butler, président de Butler Capital Partners (BCP). Si la CGT fait un pas dans cette direction, du moins envers le gouvernement, la colère qui a éclaté en Corse est toujours très vive. Dans la soirée, de nouveaux incidents étaient d’ailleurs signalés à Bastia. Les marins CGT refusent par ailleurs de revenir à la table des négociations temps que les hommes du Paoli ne seront pas libres. Un bras de fer sous forme de marchandage qui met le gouvernement dans une position délicate. En attendant, le blocus du port de Marseille se poursuit. Aucun navire n’a pu faire mouvement hier, en raison de l’action de soutien des dockers envers leurs collègues de la SNCM.
L’Etat prévoit toujours de privatiser la compagnie publique, tout en restant actionnaire minoritaire. BCP apporterait 35 millions d’euros et le gouvernement débourserait 113 millions d’euros pour éponger les dettes et financer le plan social. 350 à 400 emplois devraient être supprimés. La SNCM emploie 2400 personnes et arme 10 navires, dont cinq cruise ferries.

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