Défense
Entretien avec l'amiral Philippe Sautter

Interview

Entretien avec l'amiral Philippe Sautter

Défense

Livre Blanc, besoins de renouvellement de la flotte, ouverture des bases navales à la publicité, nécessité d'une gestion « entrepreneuriale » de la marine... A l'occasion de ses adieux aux armes, le vice amiral d'escadre Philippe Sautter nous a accordé un long entretien. L'officier a quitté hier ses fonctions de commandant de la Force d'Action Navale, qu'il a dirigé ces trois dernières années. Ayant servi sur navire de surface comme sous-marins, ancien pacha du porte-avions Foch, directeur du service de soutien de la flotte puis DRH des personnels militaires de la marine avant de devenir ALFAN, l'amiral Sautter, après quarante ans de service, ne manque pas de recul sur l'évolution de la marine et sur son futur. En quatre décennies, le monde a changé et la flotte française avec lui.
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Mer et Marine : Amiral, l'actualité a été marquée, ces derniers jours, par la piraterie en océan Indien. Les commandos marine ont libéré les deux Français retenus depuis le 2 septembre par des pirates somaliens. Le week-end dernier, le thonier breton Drennec échappait de justesse à une attaque. Les pêcheurs travaillant entre les Seychelles et la Somalie réclament l'intervention de la marine pour être protégés. Qu'en pensez-vous ?

VAE Sautter : Je pense que la piraterie prend une dimension supplémentaire. Jusqu'à présent c'était un bateau par ci par là et ce n'était pas forcément des Français. Puis il y a d'abord eu le Ponant on a pu réagir et les deux plaisanciers Français. Là, nous avons pu réagir. Maintenant, on constate des attaques contre des chalutiers assez gros et qui ont de bonnes vitesses, c'est-à-dire qu'ils ne constituent pas des proies faciles. Le Drennec s'en est sorti mais il s'est fait tirer dessus à la roquette. La question se pose effectivement de savoir s'il faut mettre un bateau militaire dans la flottille, comme cela se faisait par exemple en Atlantique nord du temps de la pêche à la morue. Pendant des dizaines d'années, nous avions un bateau présent en permanence là bas.

Le système de convoyage pour la pêche parait en revanche très difficile, voire impossible à mettre en place...

On peut faire des convois quand ils vont sur leur lieu de pêche. Mais ensuite c'est extrêmement difficile puisque les bateaux ne pêchent pas les uns à côté des autres mais chacun dans sa zone. Or, ces bateaux peuvent être arrêtés très rapidement par des pirates déguisés en pêcheurs. C'est donc très compliqué de pouvoir protéger les flottilles à moins de mettre un bateau militaire derrière chaque pêcheur. On peut espérer qu'un bâtiment militaire au milieu de la flottille soit dissuasif mais la flottille reste dispersée sur des zones immenses. En cas d'alerte, il faut parfois du temps pour rallier le navire attaqué et le temps d'arriver, ce sera peut être trop tard. On se retrouve alors avec le système des otages.

La Marine nationale est historiquement présente dans le nord de l'océan Indien. Elle y déploie actuellement deux navires. Il y a d'autres bâtiments militaires étrangers dans cette région mais, pour une zone si vaste, ces moyens paraissent presque ridicules...

Oui mais en fonction de toutes les missions sur lesquelles nous sommes déjà mobilisés, c'est déjà un peu à la limite de nos moyens, notamment à cause des rotations. L'an dernier, quand la France a décidé d'accompagner les convois du Programme Alimentaire Mondial (PAM) en Somalie, j'ai regardé les bateaux que nous avions de disponibles. Entre ceux qui étaient partis au Li

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