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Naval Group : entretien avec Pierre-Eric Pommellet
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Interview

Naval Group : entretien avec Pierre-Eric Pommellet

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Il y a un an, Pierre-Eric Pommelet prenait la barre de Naval Group. Une entrée en fonctions mouvementée pour le nouveau président du champion français du naval militaire, puisqu’elle est intervenue au moment où la pandémie explosait et que l'Hexagone se confinait. Ce qui a évidemment impacté l’activité et donc les résultats de l'entreprise, ainsi que le marché export sur lequel l’industriel tricolore doit impérativement se développer malgré un haut niveau de commandes nationales.

Cette semaine, Pierre-Eric Pommelet a accordé un entretien à quelques journalistes spécialisés, auquel Mer et Marine a participé. L’occasion de faire le point sur la situation et les perspectives de Naval group.

Quel bilan faites-vous un an après votre arrivée ?

Je suis arrivé il y a un an sous le signe de la crise sanitaire et économique. Le premier semestre a été très marqué par cette situation, il a fallu définir les protocoles pour pouvoir poursuivre l’activité en étant très vigilant à la santé de nos équipes et maintenir le soutien à nos clients, en particulier autour de la dissuasion nucléaire. Nous avons ensuite connu une remontée en puissance au second semestre, où nous avons retrouvé le chemin de la croissance et qui a été en ligne avec nos objectifs, alors que nous avons beaucoup travaillé sur les performances afin de réaliser des économies.

2020 a donc été une année exceptionnelle, difficile, mais nous n'avons perdu aucun client, aucun contrat, et elle a aussi été marquée par de très belles réussites. Il y a notamment eu les essais du premier sous-marin nucléaire d’attaque du programme Barracuda, le Suffren, qui est parti en mer en avril en pleine crise et a été livré en novembre, ce qui est le fruit d’un travail remarquable de la part des équipes. Nous avons par ailleurs franchi des étapes importantes sur le programme de guerre des mines des marines belge et néerlandaises, nous avons tenu les jalons pour celui des sous-marins australiens et nous avons respecté le calendrier pour une livraison de la FREMM Alsace cette année. 2020 a également vu la première sortie à la mer du Riachuelo (tête de série des quatre Scorpène brésiliens, ndlr), la livraison du premier des quatre OPV argentins et la poursuite du programme des Gowind construites en Egypte. Et puis l’année s’est terminée en beauté en décembre avec les annonces du président de la République sur le porte-avions de nouvelle génération.

Il y a également eu l’incendie du SNA Perle, qui a beaucoup marqué les esprits…

Oui, cet évènement nous a marqué au fer rouge dans notre fierté, cela a été un choc et on se rappellera tous de ce 12 juin, qui avait commencé par le tir d’acceptation du SNLE Le Téméraire et s’est poursuivi avec l’incendie de la Perle. Nous nous sommes mobilisés pour présenter des solutions de réparation qui sont mises en œuvre et que nous allons mener à leur terme afin que le sous-marin soit remis en service et que la marine retrouve son potentiel. Après la catastrophe c’est aussi une démonstration de nos compétences. Nous nous sommes également beaucoup remis en question concernant les aspects liés à la sécurité générale sur les chantiers et la lutte contre les incendies, ce qui nous a permis d’en tirer des points de progrès. Notre objectif avec la Perle est le « 0 accident » pour ne plus jamais revivre une situation comme celle-là. Dix-sept recommandations ont été faites, déployées et appliquées. Nous améliorons notamment les systèmes de détection de début d’incendie, de positionnement pour savoir quels personnels sont à bord en cas de sinistre et, comme la marine, nous mettons en place des entrainements plus réguliers pour nos équipes et nos sous-traitants.

Naval Group a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires de 3.3 milliards d’euros pour un EBIT de seulement 2.6%. Quels sont vos objectifs ?

Notre objectif est de tendre vers les 4 milliards avec un objectif de rentabilité supérieur à 7.5% cette année. Dans cette perspective, la recherche de compétitivité et de performance est un travail permanent. Nous avons réalisé un plan d’économies de 124 millions d’euros en 2020 mais les gains passent aussi par une amélioration des aspects liés à la santé et la sécurité au travail ; ou encore la digitalisation de nos systèmes d’information comme par exemple de déploiement du système 3Dexperience de Dassault Systèmes qui offre une continuité numérique depuis le design jusqu’à la production et la maintenance. Et puis notre capacité d’innovation est fondamentale, nous devons même dans des périodes plus complexes continuer d’investir de manière puissante en R&D ainsi que dans le développement des talents car à la fin, l’industrie c’est une affaire d’hommes et de femmes dont les compétences sont fondamentales pour la compétitivité de demain.

Comment voyez-vous 2021 ?

La crise sanitaire est toujours là mais l’entreprise fonctionne et nos chantiers tournent à plein régime, grâce à des protocoles exigeants qui ont démontré leur efficacité.

Le premier trimestre a aussi été riche en annonces. En février, nous avons eu les études de définition d’avant-projet des SNLE 3G qui nous permettent de lancer la réalisation de ce programme. En Australie, des négociations importantes ont abouti à un engagement sur l’implication de l’industrie australienne, 60% au moins de la valeur du contrat sera réalisée sur place et nous développons pour cela de nombreux partenariats avec des entreprises du pays. Lundi, lors de la visite de la ministre des Armées à Lorient, il y a eu l’annonce de la notification du contrat d’études d’avant-projet sommaire pour le PA-NG et nous avons à cette occasion créé avec les Chantiers de l’Atlantique une société commune. Elle assurera la direction de programme et la maîtrise d’œuvre d’ensemble et travaillera en cotraitance avec TechnicAtome sous la co-maîtrise d’ouvrage de la DGA et du CEA afin de concevoir et réaliser ce navire exceptionnel qui remplacera le Charles de Gaulle en 2038.

Lundi toujours, Florence Parly a confirmé l’accélération du programme des frégates de défense et d’intervention. Cette décision va permettre de soutenir l’activité navale et d’apporter plus rapidement à la Marine nationale des frégates de nouvelle génération extrêmement performantes. C’est aussi un signe pour les marines

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