Vie Portuaire
Yves Salaün, président du Directoire de Guadeloupe Port Caraïbes

Interview

Yves Salaün, président du Directoire de Guadeloupe Port Caraïbes

Vie Portuaire

S’il maintient son trafic, et enregistre même une petite hausse en 2016, le Grand Port Maritime de la Guadeloupe est confronté à d’importants défis. Comme c’est le cas pour la Martinique, les deux territoires antillais constituant un véritable îlot de législation sociale et fiscale au milieu d’un océan de paradis fiscaux, le GPMG fait face à une concurrence féroce de la part des autres ports caribéens. Cela, alors que tous font face au ralentissement de l’activité maritime, doublé d’évolutions aussi sensibles qu’imprévues dans le commerce régional. Pour autant, la Guadeloupe parvient à tirer son épingle du jeu dans un certain nombre de secteurs et dispose de beaux atouts pour préparer l’avenir. C’est ce que nous explique dans cet entretien Yves Salaün, président du Directoire de Guadeloupe Port Caraïbes.

 

(© GUADELOUPE PORT CARAIBES)

(© GUADELOUPE PORT CARAIBES)

 

MER ET MARINE : Avec 3.7 millions de tonnes de marchandises traitées en 2016, le Grand Port Maritime de la Guadeloupe a légèrement augmenté son trafic, qui était de 3.5 millions de tonnes l’année précédente. Quel bilan faites-vous de l’année écoulée ?

YVES SALAÜN : L’année 2016 a, finalement, été assez contrastée et nous sommes un peu déçus par cette faible progression. Mais il faut dire que la tempête a soufflé tout au long de l’année, avec des phénomènes internationaux liés notamment à la surcapacité des armateurs, ainsi que des mutations profondes dans le commerce de la Caraïbe. Nous avons vu par exemple le Venezuela cesser tous ses échanges extérieurs, alors que nous avions des importations avec ce pays il y a encore deux ans. Le Brésil, de son côté, a connu une baisse considérable de son activité maritime et cela a également un impact fort sur les trafics, sachant que nous avions des marchandises qui venaient par exemple d’Europe et étaient transbordées ici pour rejoindre les ports brésiliens.

Au final, nous résistons cependant plutôt mieux que d’autres ports même si les résultats ne correspondent pas à nos attentes. 

Vous avez tout de même enregistré, sur le conteneur, une bonne année 2016, portée par l’arrivée de nouveaux armateurs, dont StreamLines, ainsi que le renforcement de CMA CGM…

Nous avons en effet des engagements très positifs des armateurs. Deux nouveaux en 2016 et CMA CGM qui a augmenté sa capacité de 30%.  Le trafic conteneurisé a été en hausse l’an dernier, porté par un regain de consommation des ménages guadeloupéens. Après avoir traité 200.000 EVP en 2015, nous devrions pour 2016 atteindre, et peut-être même dépasser suivant les chiffres définitifs, le record des 211.000 EVP qui remonte à 2012. Le trafic en transbordement sur les liaisons entre l’Europe, l’Amérique du sud et l’Amérique du nord, est en particulier une grande source de satisfaction puisqu’il s’élève à 66.000 EVP, ce qui est le meilleur score de cette activité depuis qu’elle a débuté il y a une dizaine d’années.

 

Le terminal conteneurs (© GUADELOUPE PORT CARAIBES)

Le terminal conteneurs (© GUADELOUPE PORT CARAIBES)

 

L’ouverture du nouveau canal de Panama a longtemps été présentée comme une source de développement considérable pour le trafic maritime dans la région. Finalement, ce n’est pas encore le cas…

Il y a l’effet du retard de la mise en service du nouveau canal. Ce fut il faut le rappeler un feuilleton assez incroyable et on ne voit pas comment les opérateurs pouvaient faire confiance à l’autorité du canal après autant d’avatars. Ça ne pouvait donc pas démarrer en trombe. De plus, tant que le prix des soutes est très faible, les armateurs ont tendance à faire le choix de ne pas payer de redevance de passage. Et l’on observe aussi que les armateurs ont freiné sur les réorganisations de lignes. Cela a notamment pour conséquence des retards dans le développement des nouveaux terminaux prévus dans la région.

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