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eOdyn: Le big data pour suivre les courants de surface

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C'est une vraie révolution, permise par la technologie numérique : grâce au big data, un gars devant son ordinateur à Plouzané peut fournir des données plus précises que celle obtenues par les satellites de la Nasa ». Yann Guichoux, fondateur d'eOdyn, en est persuadé : sa technologie ouvre une réelle rupture par rapport aux actuelles sciences de l'art, héritées de la fin des années 60. « Et je suis persuadé qu'elle va s'imposer. Car pour la première fois, on est capables d'imager les courants de surface en temps réel, à un coût très réduit ». Jusqu'à présent, les courants marins étaient observés par des bouées dérivantes, des radars HF, plantés sur un kilomètre de côte, ou l'un des six satellites altimétriques tournant autour du globe. Le septième doit être lancé en 2021. Son budget : 1,2 milliard d'euros. EOdyn a choisi de procéder autrement : en s'inspirant de la navigation à l'estime, déjà utilisée par les Vikings, mais qu'elle aurait dopée grâce aux technologies numériques. « On récupère les données de géolocalisation AIS (Automatic Identification System) des navires et on les mouline avec nos algorithmes. L'étude du mouvement des navires et de leurs trajectoires nous permet de calculer avec précision et en haute résolution les courants de surface». 

Des millions d'économie en carburant

Cette « révolution » n'est pas passée inaperçue : eOdyn a déjà signé des contrats ou partenariats avec Ifremer, l'ESA (European Space Agency), Airbus Defence and Space... Il faut dire que les applications potentielles sont multiples. La sécurité en mer, par exemple : la connaissance, en temps réel des courants de surface est un atout considérable pour estimer la dérive d'un homme à la mer. « On peut également citer l'offshore, la pêche, l'observation des changements climatiques... », liste Yann Guichoux. 

« Une petite bombe » prête à être publiée

Mais l'un des débouchés les plus prometteurs demeure sans doute le routage maritime. EOdyn vient de nouer un partenariat avec CMA-CGM, troisième compagnie mondiale de transport maritime par conteneurs. « Leur budget annuel en carburant est de l'ordre de quatre milliards d'euros. Un bon routage prenant en compte les courants leur ferait gagner de 1 à 3 % de carburant, sans perte de temps de trajet. Et sans compter les économies en émission de CO2 », estime Yann Guichoux. La petite entreprise brestoise s'apprête à mettre en ligne une plateforme d'observation en temps-réel des courants dans le canal de Sicile, librement accessible. Avant de publier « une petite bombe » : la compilation de cinq mois de données de courant sur le gulf Stream. « Pour la communauté maritime, c'est juste impensable aujourd'hui, car les satellites de la Nasa ne proposent, à un instant donné, que six mesures radiales prises par leurs satellites. Là, on a les données fournies par plus de 100.000 navires... ». Et la « révolution » ne devrait pas s'arrêter là : eOdyn songe déjà à développer son concept pour la mesure des vents et de la houle en temps réel.

Un article de la rédaction du Télégramme