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Eolien flottant : Le mariage entre Alstom et DCNS suspendu

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Eolien flottant : Le mariage entre Alstom et DCNS suspendu

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L’annonce de la vente de la branche énergie d’Alstom à un groupe étranger a eu pour effet de geler un certain nombre de partenariats sur lesquels l’industriel français travaille. C’est le cas dans le domaine des éoliennes flottantes, où Alstom devait annoncer fin avril son alliance avec DCNS. La signature de l’accord par les présidents des deux groupes, Patrick Kron et Patrick Boissier, était prévue le mardi 29 avril à Paris. Mais suite aux fuites intervenues durant le week-end sur les négociations entre Alstom et l’Américain General Electric, la cérémonie a été annulée en catastrophe. Comme l’Etat et les salariés des entreprises, les acteurs impliqués dans ce dossier ont, en effet, été mis devant le fait accompli. Par chance, les révélations sur les tractations menées en secret par Patrick Kron sont intervenues juste avant la signature de l’accord entre DCNS et Alstom. Par chance, puisque du nom du repreneur des activités énergétiques d’Alstom dépendra le choix de DCNS de maintenir ou non le mariage, qui est en attendant suspendu. 

 

 

La moindre concurrence

 

 

On le sait, Patrick Kron a négocié directement avec General Electric, la cession au géant américain ayant ensuite reçu l’aval du Conseil d’administration d’Alstom. Mais l’Etat a obtenu un délai d’un mois, confirmé mardi par François Hollande, pour améliorer l’offre américaine et travailler sur une alternative franco-allemande au travers d’une reprise par Siemens. Or, dans un certains nombre de dossiers, les deux options ont des conséquences très différentes. Siemens présente certes l’intérêt de maintenir le fleuron industriel français dans le giron européen, mais c’est aussi un concurrent d’Alstom dans de nombreux domaines, laissant craindre une restructuration du nouveau groupe pour éviter les doublons. Dans le cas de l’éolien flottant, Siemens mène déjà, par exemple, ses propres développements, alors qu’Alstom et DCNS en sont encore au stade des études, qui doivent aboutir à la réalisation d’un prototype dans les deux ans. Un rapprochement d’Alstom avec Siemens semble donc peu intéressant pour DCNS, qui aurait bien plus de mal à mettre en avant sa valeur ajoutée.

 

 

Les Américains peu portés sur les EMR

 

 

Quant à l’option GE, elle parait plus attrayante de ce point de vue, l’Américain se s’étant pas encore lancé dans l’éolien flottant. Mais c’est aussi une approche à double tranchant dans la mesure où le groupe US ne semble pas faire des énergies marines renouvelables (EMR) un axe de développement stratégique, contrairement aux orientations prises par Alstom et DCNS. Si l’on assiste à un mariage transatlantique, les Français devront donc convaincre leur nouveau propriétaire du bien fondé de ce nouveau secteur d’activité, qui présente un beau potentiel mais qui, pour l’heure, en est encore à ses balbutiements et reste très gourmand en R&D. GE pourrait, par exemple, être sensibilisé à ce secteur d’avenir grâce au récent contrat signé par Alstom aux Etats-Unis, où le groupe français doit implanter la première ferme éolienne en mer, avec des machines utilisant sa turbine Haliade 150, fabriquée à Saint-Nazaire. Un projet qui pourrait déboucher sur un marché bien plus vaste, avec néanmoins la possibilité de voir les Américains décider, en cas de développement sur leur territoire, d’implanter une usine locale en opérant un transfert de technologie complet depuis la France. Toutefois, on ne parle là que d’éolien posé, par d’éolien flottant (même si Alstom pourrait développer son prototype à partir d'une adaptation de l'Haliade 150), une nouvelle technologie dont la maturité doit encore être prouvée.

 

 

Nouer une alliance ou abandonner

 

 

Quoiqu’il en soit, le choix pour DCNS sera difficile puisqu’aucune solution n’est optimale, même si la voie américaine serait à priori un peu meilleure. Alors qu’une trentaine de projets d’éoliennes flottantes sont actuellement en cours de développement dans le monde, le groupe naval français n’a pas vraiment de marges de manœuvre. Trop petit pour se lancer seul dans l’aventure face aux grands industriels de l’énergie, il doit à tout prix nouer une alliance s’il veut se maintenir dans l’éolien flottant. Ou alors abandonner cette activité, qui est avec l’hydrolien, l’énergie thermique des mers et le houlomoteur l’un des quatre piliers de sa politique de diversification dans les EMR. 

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