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Eolien offshore : Dernière ligne droite pour le débat public

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Eolien offshore : Dernière ligne droite pour le débat public

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Comme tout grand projet d’aménagement en France, l’implantation des premiers parcs éoliens offshore au large des côtes hexagonales fait l’objet d’un débat public. Cette procédure, débutée le 20 mars, s’achèvera le 20 juillet. Elle vise à informer les citoyens et répondre à leurs questions, tout en leur permettant de s’exprimer sur le sujet. Pour chaque projet de parc (Guérande, Saint-Brieuc, Fécamp, Courseulles-sur-Mer), une Commission Particulière de Débat Public (CPDP) a été mise en place. Cette autorité administrative indépendante, à la tête de laquelle la Commission Nationale du Débat Public nomme une personnalité, est chargée de veiller à la participation du public aux décisions qui le concernent en matière d’environnement. Ainsi, tous les grands projets d’aménagement dont l’ampleur ou les impacts dépassent certains seuils règlementaires sont soumis à l’examen de la CNDP.

 

 

Quatre parcs et plusieurs centaines de machines au large des côtes

 

 

Le développement de l’éolien en mer s’inscrit dans le cadre du développement des énergies renouvelables et de la réduction de la part du nucléaire dans la production nationale. Avec également, en ligne de mire, la création d’une nouvelle filière industrielle. Dans le cadre du premier appel d’offres sur l’éolien offshore lancé en juillet 2011 par l’Etat, quatre sites ont été retenus pour être potentiellement exploités, avec pour chacun le choix d’un « maître d’ouvrage », qui porte industriellement le projet. Le consortium Eolien Maritime France, emmené par EDF EN et au sein duquel se trouve notamment Alstom (avec sa turbine Haliade 150 de 6 MW), a été désigné comme lauréat pour les champs de Guérande, de Fécamp et de Courseulles. Le groupe espagnol Iberdrola, s’appuyant notamment sur Areva (turbine M5000-135 de 5 MW) au sein de la société Ailes Marines, s’est quant à lui vu attribuer le site de Saint-Brieuc. Chaque parc couvrira une surface allant de 50 à 78 km², accueillant 75 à 100 éoliennes.

 

 

Le projet de Saint-Nazaire/Guérande (© : EMF)

Le projet de Saint-Nazaire/Guérande (© : EMF)

 

Le projet de Fécamp (© : EMF)

Le projet de Fécamp (© : EMF)

 

Le projet de Courseulles-sur-Mer (© : EMF)

Le projet de Courseulles-sur-Mer (© : EMF)

 

Le projet de Saint-Brieuc, d'une puissance de 480 à 500 MW (© : AILES MARINES)

Le projet de Saint-Brieuc, d'une puissance de 480 à 500 MW (© : AILES MARINES)

 

 

« Permettre à toutes les interrogations et réflexions de s’exprimer »

 

 

Pourquoi avoir choisi tel ou tel site ? Comment va se passer l’installation en mer ? Quels sont les impacts pour l’environnement? Les parcs seront-ils très visibles depuis la côte ? Auront-ils une influence sur le tourisme ? Les solutions techniques envisagées sont elles les plus pertinentes ? Les retombées sur l’économie et l’emploi seront-elles significatives ? Combien cela va-t-il coûter, qui va payer, quelles seront les retombées financières pour les communes ? L’implantation des premiers parcs éoliens offshore en France suscite de nombreuses questions. Et, dans les réunions publiques, il n’y a pas que des réflexions comiques – mais sérieusement formulées - comme de savoir si toutes éoliennes vont avoir un impact sur la rotation de la Terre. « Au cours des réunions, de nombreuses questions et critiques sont formulées. Certaines sont un peu naïves mais il y a des personnes très informées et cultivées, avec une qualité et une précision très intéressantes ; et d’autres sont plus naïves », explique la présidente de la CPDP relative au parc de Guérande. Pour Chantal Sayaret : « Le débat public est là pour permettre à toutes les interrogations et réflexions de s’exprimer. Nous devons faire discuter le public sur les opportunités, les objectifs et l’impact du projet ». Pour cela, du matériel d’information est diffusé auprès de la population, notamment via un site internet dédié pour chaque projet (*). On y trouve des dossiers d’information, des plans et autres schémas, ainsi que la possibilité de poser des questions. Le site de la CPDP de Guérande a, ainsi, reçu 7000 visites en deux mois. En parallèle, des réunions publiques sont organisées dans chaque région concernée, en présence de représentants des industriels. Et quand les réponses données ne sont pas jugées suffisantes, des ateliers thématiques, ouverts à tous, peuvent être organisés. C’était par exemple le cas le 11 juin, à Saint-Nazaire, afin d’approfondir les problématiques liées à l’impact environnemental de la construction en mer des éoliennes. La Commission peut aussi autoriser et financer des expertises indépendantes, ce qui se produit à Saint-Brieuc, suite à la demande de deux associations, au sujet de l'impact visuel des éoliennes.

 

 

Réunions publiques et débat mobile

 

 

Chantal Sayaret rappelle que la mission de la CPDP n’est pas de convaincre les citoyens du bienfondé du projet : « Nous ne pesons pas le pour et le contre et nous n’avons pas pour mission de faire adhérer la population. Le débat public a pour but de refléter les questions et les préoccupations de la population. Nous faisons en sorte que le maître d’ouvrage donne des informations et réponde aux questions. C’est un exercice passionnant », souligne l’ancienne élue havraise, juriste de formation, qui rappelle que « l’expression de la population est essentielle pour la démocratie ». Les cinq premières réunions publiques concernant le parc de Guérande ont réuni 1200 personnes. Et le débat n’est pas que statique, il est aussi mobile. Ainsi, les membres de la CPDP vont au devant du public sur les marchés, dans les festivals ou encore les établissements scolaires. Objectif : aller à la rencontre de la population pour l’informer et l’inviter à prendre part au débat. Plus de 1000 avis ont, ainsi, été recueillis jusqu’ici. « Il faut le reconnaitre, les réunions publiques n’attirent pas les populations. Elles durent trois heures et se tiennent généralement en soirée, tout le monde ne peut pas venir ou se libérer pour y assister. Certaines personnes ne sont, de plus, pas habituées à prendre la parole dans une salle, alors que sur le marché, c’est beaucoup plus facile ».  Dorothée Benoit-Browaeys, l’une des cinq autres membres de la CPDP consacrée au projet guérandais, note pour sa part que le débat mobile permet également de diversifier les réactions : « Cette formule permet de renouveler les avis et questionnements par rapport aux réunions publiques car les gens sont là par hasard ».

 

 

Chantal Sayaret et Dorothée Benoit-Browaeys (© : MER ET MARINE)

Chantal Sayaret et Dorothée Benoit-Browaeys (© : MER ET MARINE)

 

 

Les lobbies en action ?

 

 

Si le sujet semble assez porteur au sein de la population, pour venir aux réunions publiques, il faut en effet un minimum de motivation et, bien entendu, la grande majorité des citoyens n’est pas suffisamment intéressée ou touchée de près par ces enjeux pour faire l’effort de se déplacer. Les réunions publiques sont elles, pour autant, un lieu de débat entre pro et anti-éolien offshore ? Les différents lobbies, associations opposées aux projets ou industriels cherchant à convaincre la population des bienfaits de cette nouvelle source d’énergie en font-ils une tribune ? « Nous sommes d’abord là pour le public car les corps intermédiaires ont des lieux de représentation. Il est néanmoins clair qu’on entend les associations dans les réunions. Il y a beaucoup de militants d’un côté et de l’autre, alors que le monde économique est également très présent. Toutefois, je dirais que les uns et les autres occupent gentiment le terrain sans monopoliser la prise de parole », affirme Chantal Sayaret. Chacun joue donc son rôle de lobbying, avec comme avantage, pour l’assistance, de voir posées de multiples questions et d’entendre les réponses.

 

 

Un sondage grandeur nature pour les industriels

 

 

Pour les maîtres d’ouvrage, le débat public constitue une véritable confrontation avec la population. Une étape qui peut être laborieuse mais qui n’est pas sans intérêt pour des industriels qui ont d’abord traité avec l’Etat et les collectivités, mais qui doivent aussi séduire le grand public et, pour cela, mieux connaitre ses attentes et ses craintes. « Cette confrontation n’est pas anodine pour le maître d’ouvrage. On constate au fil des semaines une évolution dans leur manière de présenter les choses, plus simplement, plus concrètement.  Ils sont devant une pluie d’avis et, au final, cela peut représenter pour eux une certaine modalité de sondage », estime Dorothée Benoit-Browaeys. Les industriels peuvent, ainsi, prendre le pouls de la population et, éventuellement, adapter leur projet en fonction de telle ou telle remarque.

 

 

Vue d'un parc constitué d'Haliade 150 (© : ALSTOM)

Vue d'un parc constitué d'Haliade 150 (© : ALSTOM)

 

 

Un bilan purement informatif

 

 

Une fois le débat public achevé, chaque CPDP aura deux mois pour publier un compte rendu des avis et questions recueillies. Achevé d’ici début septembre, ces documents seront transmis à la Commission nationale, qui en fera rapidement un bilan. Les maîtres d’œuvre auront ensuite trois mois pour réagir à ce bilan, qui n’a ceci dit aucun pouvoir contraignant sur les caractéristiques et la mise en oeuvre des projets. Dire que le citoyen, dans le cadre du débat public, est invité à participer à la prise de décision est donc un peu exagéré car la prise en compte et l’éventuelle intégration des remarques et avis formulés demeurent à la discrétion des industriels. Néanmoins, le débat public reste un outil pertinent dans le cadre de l’expression démocratique et impose aux porteurs de projets de fournir au public de nombreuses informations et de répondre à ses questions. Ainsi, au-delà de son côté informatif, grâce à ces échanges au grand jour, l’impact du débat public, même s’il est difficilement mesurable, n’est pas forcément nul.

 

 

La décision de construire ou non ces parcs attendue cet hiver

 

 

Le délai pendant lequel le débat public se déroule et ses conclusions sont rendues s’insère logiquement dans le calendrier au sein duquel s’intègre la période de levée de risques. Une phase fondamentale d’une durée de18 mois, débutée en avril 2012 suite à la désignation des lauréats. La levée de risques est cruciale car elle va permettre à chaque consortium de valider la faisabilité technique et économique de chaque projet de parc. Les dossiers remis aux services de l’Etat dans le cadre de l’appel d’offres étaient en effet généraux et basés sur des données plus ou moins générales devant être affinées. Il convient donc de vérifier que les plans envisagés peuvent être réalisés dans les coûts impartis. Cela nécessite des études très onéreuses que les porteurs de projet ne pouvaient mener sur fonds propres sans avoir la certitude d’être désignés pour travailler sur tel ou tel parc. L’an dernier, les maîtres d’ouvrage ont donc simplement gagné le droit de travailler de manière exclusive sur la faisabilité des projets. Ce n’est qu’à la lumière des études de levée de risques qu’ils décideront, ou non, de se lancer dans la construction des parcs éoliens offshore. Réponse dans le courant de l’hiver.

 

 

(*) Les sites Internet des CPDP pour les différents projets  :

 

 

- Projet de Saint-Nazaire/Guérande

 

- Projet de Saint-Brieuc

 

- Projet de Courseulles-sur-Mer

 

- Projet de Fécamp

 

 

 

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