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Eolien offshore : L'industrie s'inquiète toujours des intentions du gouvernement

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Les inquiétudes sont toujours vives dans la filière de l’éolien offshore, et le monde maritime au sens plus large, sur les intentions du gouvernement quant aux six premiers projets de parcs au large des côtes françaises. Pour mémoire, il y a quelques semaines, un amendement surprise avait été ajouté à l’article 34 du projet de loi "Pour un Etat au service d'une société de confiance". Celui-ci posait la possibilité de revoir le prix de rachat de l'électricité prévu par les conventions liant l'Etat aux lauréats des appels d'offres. Il prévoyait même la possibilité, en cas d'échec des négociations, de mettre fin aux procédures et de les reprendre à zéro.

Même s’il a été sèchement retoqué par le Sénat, cet amendement avait provoqué l’effroi de toute la filière industrielle des énergies renouvelables en mer, notamment en raison de l’instabilité règlementaire induite. Rejointe par les élus locaux, la filière s’est fortement mobilisée pour défendre et expliquer ces projets. Le syndicat des énergies renouvelables a ainsi produit une étude sur l’analyse du coût véritable du soutien public à l’éolien. Une réponse au gouvernement qui, s’appuyant sur le rapport de la commission de la régulation de l’énergie, s’étonnait de la cherté de l’électricité éolienne française comparée à celle des autres pays européens, dont certains annoncent des projets pouvant se passer totalement de subventions.

Les contraintes spécifiques au démarrage d’une filière française

« Les prix bas constatés récemment en Europe du Nord concernent des offres retenues en 2017/2018 à l’issue de procédures d’appels d’offres avec des mises en service escomptées à un horizon 2023/2025, selon les technologies choisies. Dans ce cadre, les développeurs anticipent dans leurs offres des innovations technologiques importantes avec des éoliennes de très forte puissance (12 à 15 MW), qui ne sont pas encore sur le marché, ce qui permet de réduire les coûts d’investissement. Par ailleurs, sur des marchés matures avec des dizaines de parcs déjà en opération, les coûts d’opération et maintenance sont davantage rationalisés », note ainsi le SER. Il souligne également la nature et la profondeur des fonds marins « plus contraignantes pour les projets français », les procédures plus courtes et plus faciles en Europe du Nord, le raccordement électrique financé, ailleurs, par le gestionnaire du réseau ou encore la taxation qui est plus forte en France que, par exemple, au Royaume-Uni.

Un coût pour l’Etat estimé à 12.4 milliards d’euros

Partant d’un prix de rachat à 190 euros/MWh (indexé à 1% pendant l’exploitation) et un prix du marché de 53.7 euros/MWh en 2023 (année de mise en service) à 94.2 euros/MWh en 2043 (fin du contrat d’achat), le SER estime le coût pour l’Etat des six premiers parcs à 12.4 milliards d’euros, « bien inférieurs aux 40.7 milliards d’euros qui ont pu être évoqués dans la presse et dans le rapport de la CRE de juillet 2017 ». Il souligne également que « ce soutien public est largement compensé par la création de valeur et d’emplois sur le territoire national. Ainsi les retombées économiques liées aux plans industriels (hors fiscalité directe liée à l’exploitation) seraient, selon des premières analyses, de l’ordre de 5 milliards d’euros pour l’Etat, pour l’ensemble des 6 projets ».

15.000 emplois créés

Dans une deuxième étude portant sur les retombées en termes d’emploi, le SER estime à 15.000 le nombre de postes créés par le lancement des six parcs. Avec notamment près de 14.000 pour la production des composants et nacelles (3000 au Havre, 2500 à Nantes et Saint-Nazaire, 1200 à Cherbourg) et la fabrication des fondations, câbles, sous-stations et raccordement (7050 personnes en tout). « Anticipant les besoins de ces projets, de nombreux sous-traitants français, comme Bouygues, Eiffage, Louis Dreyfus Travocean, Rollix Defontaine, STX, … ont investi pour se positionner sur ce marché, qu’il s’agisse de réaliser les fondations, les sous-stations électriques en mer, les 3600 composants de chaque éolienne ou les travaux d’installation. D’importants engagements industriels ont été pris et concrétisés depuis l’attribution de ces projets, en vue du démarrage de leur réalisation à partir de 2019-2020 et de leur mise en service en 2021-22 », note le SER qui met en avant tout le tissu d’entreprises qui gravite autour des grands industriels spécialisés dans la construction des éoliennes.

Un nouveau texte pour introduire le principe de révision ?

Mais ces arguments suffiront-ils à convaincre le gouvernement de ne pas revenir sur les modalités des appels d’offres déjà passés ? Les industriels de la filière ne le pensent pas. Ils redoutent la perspective d’un retour d’un amendement similaire dans la deuxième lecture du projet de loi "Pour un Etat au service d'une société de confiance" qui doit désormais repasser devant les deux assemblées parlementaires. Et ils craignent que, d’une manière ou d’une autre, le principe de révision des contrats soit de toute façon dans l’agenda du gouvernement.

« Le Syndicat des énergies renouvelables, le Cluster Maritime Français et le GICAN ne peuvent imaginer qu’une telle décision soit prise et souhaitent qu’un dialogue sur le fond soit initié ces prochains jours avec la profession. Ils appellent donc le gouvernement à réouvrir, le plus rapidement possible, des négociations avec chacun des porteurs de projets, notamment sur le tarif d’achat, tout en préservant le calendrier de réalisation des projets et les plans industriels prévus, nécessaires à l’atteinte des objectifs que s’est fixé la France ».

 

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