Energies Marines
Eolien offshore : l’usine GE de Montoir dévoile sa première Haliade-X

Actualité

Eolien offshore : l’usine GE de Montoir dévoile sa première Haliade-X

Energies Marines

C’est un nouveau départ pour l’usine de turbines d’éoliennes offshore de General Electric à Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. Hier, le site a dévoilé sa toute nouvelle production, une machine de 12 MW baptisée Haliade-X. « C’est la plus puissante éolienne marine du marché », a rappelé John Lavelle, vice-président de la branche éolien offshore de GE Renewable Energy. « Une seule éolienne comme celle-ci pourra alimenter en énergie 16.000 foyers ».

 

 

Inauguration de l'Haliade-X hier avec les dirigeants de GE RE et les élus locaux (© MER ET MARINE - VG)

Inauguration de l'Haliade-X hier avec les dirigeants de GE RE et les élus locaux (© MER ET MARINE - VG)

 

Un prototype complet avec des pales cherbourgeoises installé à Rotterdam

Réalisée ces derniers mois à Montoir, cette toute première Haliade-X pèse quelques 700 tonnes. D’une longueur de 21 mètres pour une hauteur de 10 mètres, la nacelle va être chargée à la fin de l’été sur un cargo et rejoindre Rotterdam, où elle sera montée sur un gigantesque mât, avant de recevoir ses trois pales, longues chacune de 107 mètres pour un poids de 50 tonnes. Celles-ci, les plus grandes du monde, sont fabriquées par l’usine LM Wind Power (filiale de GE) de Cherbourg, où le groupe avait un temps espéré monter son prototype. Mais les conditions n’étaient pas réunies. « C’est dommage mais nous avons trouvé une belle terre d’accueil à Rotterdam », commente sans s’étendre un cadre de l’entreprise. Tant pis donc pour la pointe du Cotentin, la géante verra le jour aux Pays-Bas, normalement au mois d’octobre. Elle culminera à 260 mètres de hauteur (avec une pale en position verticale), avec un diamètre du rotor de 220 mètres et une surface couverte par ses pales de 38.000 m². Elle servira à tester la nouvelle machine de GE en conditions réelles (même si elle sera implantée à terre et non en mer) et contribuer à sa certification, label indispensable pour la mise sur le marché de l’Haliade-X. Une machine qui, rappelle Jérôme Pécresse, président de GE Renewable Energy, a été conçue « pour produire 67 GWh d’électricité par an, soit une économie de 42 millions de tonnes de CO2, l’équivalent de 9000 véhicules ».

 

Première pale de 107 mètres sortir de l'usine de Cherbourg en juin (© LM WINDPOWER)

Première pale de 107 mètres sortir de l'usine de Cherbourg en juin (© LM WINDPOWER)

Futures Haliade-X (© GE)

Futures Haliade-X (© GE)

 

Une seconde machine pour sur un banc d’essais britannique

Un second prototype est en cours d’assemblage dans l’usine de Montoir. Mais cette fois, seule la turbine sera produite. Fin septembre début octobre, elle doit rejoindre le site d’essais dédié aux énergies renouvelables ORE Catapult de Blyth, au Royaume-Uni. « Elle sera testée pendant plusieurs années sur un banc d’essais, avec à la place des pales un moteur qui permettra de simuler toutes les conditions possibles, y compris les plus sévères, afin de mesurer les performances de la machine et accélérer sa commercialisation. Les essais permettront aussi, éventuellement, de réaliser des optimisations ».

Lancer la production en série à partir de 2021

Si tout se passe comme prévu, GE pense être en mesure de lancer la production en série de l’Haliade-X au second semestre 2021. Cette nouvelle machine succèdera à la première éolienne offshore conçue par Alstom, l’Haliade-150 de 6 MW qui, au moment de ses tests, en 2012, était la plus puissante. Mais l’industrie de l’éolien offshore s’est développée très vite à l’étranger et cette turbine, qui devait bénéficier du tremplin offert par le développement des premiers champs français, a été plombée par le retard considérable pris par ces projets, pour lesquels Montoir devait produire 238 éoliennes.

Alors qu’Alstom avait dimensionné son site, inauguré en 2014, pour sortir jusqu’à 100 machines par an, la production s’est révélée bien moindre. En 2016, cinq machines ont été produites pour le champ américain Block Island, une autre étant livrée à EDF Energies Nouvelles pour le site d'essais en mer d’Osterild, au Danemark. Montoir a également sorti en 2017 trois nacelles pour un parc pilote au large de la province chinoise du Fujian (projet Xinghua Gulf). Puis a enchainé sur son premier contrat pour une ferme commerciale, en l’occurrence le parc allemand Merkur, qui comprend 66 Haliade. Les machines ont été installées en 2018 en mer du Nord.

Pour les champs français, GE avait été retenu par EDF EN pour équiper trois parcs : Guérande (80 machines, 480 MW), Fécamp (83 machines, 498 MW) et Courseulles-sur-Mer (75 machines, 450 MW), l’ensemble représentant une puissance de 1428 MW. Mais le groupe américain a conclu un accord avec l’énergéticien français pour ne maintenir sa participation que sur l’un de ces trois projets, le premier qui serait purgé de tout recours. Ce fut finalement Guérande, près de Saint-Nazaire, pour lequel le Conseil d’’Etat a donné son feu vert final en juin.

 

Lot d'Haliade de 6 MW livrées en 2017 pour le champ allemand Merkur (© GE)

Lot d'Haliade de 6 MW livrées en 2017 pour le champ allemand Merkur (© GE)

 

80 dernières Haliade de 6 MW pour le champ de Guérande

Une fois le contrat final signé avec EDF, la fabrication des 80 Haliade de 6 MW destinées à ce champ devrait débuter autour de la mi-2020. Ce seront les dernières de ce type à sortir de l’usine de Montoir, avec éventuellement en plus les quatre machines du parc pilote d’éoliennes flottantes de Groix. Car si GE a renoncé aux deux autres parcs d’EDF pour lesquels il était retenu, c’est pour tourner au plus vite la page de la 6 MW et lancer dans la foulée la production en série de l’Haliade-X. Un enjeu crucial puisqu’il s’agit de profiter au maximum de l’avantage que le groupe prend sur la concurrence. Les 12 MW doivent donc voir le jour juste après les dernières 6 MW commandées, ce modèle allant ensuite être abandonné. Un recentrage stratégique radical qui avait été annoncé en 2018. A cet effet, 45 millions d’euros vont être investis par GE dans l’adaptation de son outil industriel à la réalisation en grand nombre de ces turbines de très forte puissance. L’idée est de pouvoir en réaliser au moins 80 par an et si possible 100, c’est-à-dire la même capacité que pour les 6 MW. Un investissement qui s’ajoute aux 75 millions d’euros dépensés pour le site LM Wind Power de Cherbourg, qui va bientôt employer 300 personnes. Côté effectifs, l’usine ligérienne, pour sa part, compte actuellement 200 personnes devrait embaucher 100 à 120 personnes d’ici l’été 2020 afin de faire face au regain d’activité. Cela lui permettra de recouvrer le niveau qu’elle avait au plus fort de sa récente activité. Quant aux bureaux d’études de Nantes, qui ont fait l’objet d’un plan de départs volontaires (80 postes), ils devraient se stabiliser à 240 personnes.

 

L'usine de Montoir en 2015,  aux couleurs d'Alstom avant sa reprise par GE (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

L'usine de Montoir en 2015,  aux couleurs d'Alstom avant sa reprise par GE (© NSNP - ANDRE BOCQUEL)

Futures Haliade-X (© GE)

Futures Haliade-X (© GE)

 

D’immenses machines pour réduire le coût de l’électricité

Après une période difficile, avec l’Haliade-X, dont le développement avait été annoncé en mars 2018, GE est persuadé de tenir cette fois-ci la clé pour permettre à ce qu’Alstom avait fondé de revenir dans la course et s’imposer comme l’un des grands leaders du marché. « Quand nous sommes arrivés il y a trois ans, nous sommes allez voir les clients et ils nous ont exprimé leur besoin de disposer de turbines plus puissantes, plus efficaces et plus prédictibles afin de réduire les coûts et proposer une énergie propre plus compétitive. Nous avons mobilisé tous les savoir-faire et les compétences du groupe, notre centre de recherche aux Etats-Unis, LM Wind Power au Danemark, notre activité GRID en Europe, nos sites à Barcelone et Hambourg, à Nantes et à Montoir. La combinaison de l’ensemble donne cette machine de nouvelle génération dont le timing est parfait puisqu’elle arrive au moment où le marché de l’éolien offshore est en plein boom », explique John Lavelle.

L’objectif avec cette nouvelle Haliade, plutôt destinée pour le moment aux champs posés, est de proposer un coût de l’électricité autour de 50 euros le MWh, soit environ un tiers de son aînée. Pour Jérôme Pécresse : « notre but est de rendre les énergies renouvelables plus compétitives et bientôt plus abordables que les énergies fossiles ou le nucléaire ».

 

Jérôme Pécresse et John Lavelle

Jérôme Pécresse et John Lavelle (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)