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Eolien offshore : Saint-Nazaire attend les sous-stations françaises

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Avec la récente mise en service du champ Arkona, en mer du Nord, c’est désormais 1 GW d’énergie verte provenant de 150 éoliennes offshore que les sous-stations construites à Saint-Nazaire injectent dans les réseaux électriques britannique, belge et allemand. Trois transformateurs ont pour le moment vu le jour dans l’estuaire de la Loire : le P33 (218 MW) installé en 2014 sur le champ Westermost Raught, au Royaume-Uni, ainsi que le Q34 (309 MW) et le P34 (385 MW), livrés cette année et respectivement destinés aux parcs Rentel (Belgique) et Arkona (Allemagne). L’ensemble représente plus de 200 millions d’euros de commandes.

 

Partie supérieure du Q34 (©  BERNARD BIGER - CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

Partie supérieure du Q34 (©  BERNARD BIGER - CHANTIERS DE L'ATLANTIQUE)

 

Partie de rien, Atlantic Offshore Energy, la business unit des Chantiers de l’Atlantique dédiée aux énergies marines, est donc parvenue à percer sur un marché très concurrentiel en décrochant ses premiers contrats à l’export. Cela, alors que l’entreprise française devait initialement se faire sa place en profitant du marché national. Or, malgré l’attribution de quatre premiers projets par le gouvernement en 2012, la construction des parcs de Guérande, Courseulles-sur-Mer et Fécamp, portés par EDF EN, ainsi que celle du champ de Saint-Brieuc piloté par Iberdrola, n’a toujours pas commencé. Et il en va de même pour les projets de l’appel d’offres de 2014 : Le Tréport et Noirmoutier-Yeu.  

Des retards liés aux procédures administratives et juridiques notamment, qui ont plombé ces dernières années les perspectives de montée en puissance de toute une filière. Au point de faire passer de nombreux acteurs locaux, politiques comme économiques et industriels, d’un enthousiasme un peu béat à un scepticisme sans doute exagéré compte tenu du développement considérable de l’éolien offshore ailleurs en Europe.

Suite à la renégociation du prix de rachat de l’électricité, que le gouvernement a fait baisser en juin, la confirmation récente des six premiers projets de champs français et l’annonce d’un nouvel appel d’offres pour Dunkerque devraient, enfin, permettre à la filière de décoller.

Un mouvement devenu désormais impératif pour éviter la démobilisation des acteurs et permettre à ceux qui ont déjà investi dans des moyens industriels dédiés d’éviter une situation critique. On peut notamment penser à l’usine de turbines de General Electric à Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, qui arrive au bout de ses contrats exports. Il faudra aussi remplir la toute nouvelle usine LM Windpower de Cherbourg destinée à la fabrication de pales. Le carnet de commandes des Chantiers de l’Atlantique, lui, ne dépend pas des sous-stations, les paquebots assurant déjà, et pour de nombreuses années, une charge de travail considérable. L’usine Anemos, édifiée spécialement pour les EMR, est d’ailleurs en attendant la conclusion de nouveaux projets mise à contribution sur des blocs de navires. Mais l’entreprise doit continuer de se développer sur ce marché dans le cadre de sa stratégie de diversification. Car, à Saint-Nazaire, on sait très bien que l’actuelle euphorie dans le secteur de la croisière ne sera pas éternelle.

De plus, si Atlantic Offshore Energy a fait ses preuves dans plusieurs pays maintenant, le fait qu’il ne se passe toujours rien en France commence à devenir un handicap à l’export. Dans un marché extrêmement concurrentiel, où les décisions se jouent parfois à de petits détails, il semble en effet que les clients potentiels de Saint-Nazaire comprennent de moins en moins bien que le chantier ne travaille pas sur le marché national. Par ailleurs, compte tenu du niveau extrêmement élevé de son activité avec les paquebots, le constructeur doit aussi pouvoir intégrer dans son plan de charge la réalisation de sous-stations. Et sans visibilité il est forcément plus difficile de jongler entre des projets internationaux et de grosses commandes françaises qui ne cessent de glisser. C’est notamment le cas pour les trois sous-stations géantes destinées aux champs d’EDF EN, qui a sélectionné Saint-Nazaire en mars dernier. A l’époque, une commande était espérée dès le printemps en vue d’une livraison en 2020. Mais la renégociation du prix de rachat de l’électricité a fait glisser le calendrier et, vu qu’il faut une période l’année où la météo est favorable pour procéder à l’installation en mer, ces sous-stations de 450 à 485 MW ne pourront désormais être prêtes que pour le printemps 2021. Quant aux autres projets de parcs éoliens hexagonaux, y compris celui de Saint-Brieuc, les appels d’offres pour les sous-stations ne sont même pas encore sortis.

Chantiers de l'Atlantique (ex-STX France)