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Eoliennes flottantes : Mobilisation pour l'implantation d'un démonstrateur à Groix

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Eoliennes flottantes : Mobilisation pour l'implantation d'un démonstrateur à Groix

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Implanter d'ici 2013 un démonstrateur d'éolienne flottante au large de l'île de Groix. C'est la volonté d'un consortium industriel et des collectivités territoriales bretonnes. La semaine dernière, à Lorient, élus et entreprises ont appelé le gouvernement à valider l'installation, à l'horizon 2013, d'un démonstrateur dans le secteur de Groix. « Nous sommes les meilleurs car nous jouons collectif (et) nous sommes officiellement candidats au niveau national », a affirmé Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, entouré d'élus du Conseil général du Morbihan, des intercommunalités de Brest et Lorient, ainsi que du maire de l'Ile de Groix. Les industriels étaient également venus en force, à commencer par Nass&Wind. Cette société française porte le projet d'éolienne flottante WinFlo, labellisé par le Pôle Mer Bretagne en novembre 2008 et auquel sont aussi associés DCNS et d'autres acteurs, comme Saipem, In Vivo, l'ENSTA Bretagne et l'IFREMER.

Un investissement de 40 millions d'euros

Le consortium, formé de sociétés issues des secteurs naval, éolien et parapétrolier, a pour objectif de concevoir une machine éolienne flottante économiquement compétitive et adaptée à des profondeurs de plus de 50 mètres. Pour cela, il convient de développer une plateforme semi-submersible, une éolienne multi-mégawat spécifiquement conçue pour l'offshore flottant, un dispositif d'ancrage innovant adapté à tous types de fonds, tout en travaillant sur une maintenance facilitée afin d'optimiser la production. Ce concept vise à compléter les éoliennes offshores et répondre à la problématique des zones où les fonds marins atteignent rapidement une profondeur trop importante. Mais les technologies ne sont pas encore matures, d'où la nécessité de disposer de démonstrateurs. Pour voir le jour, WinFlo doit obtenir l'autorisation de l'Etat pour être implanté au large de l'île de Groix. En attendant, le projet a reçu une très bonne nouvelle en étant sélectionné fin décembre dans le cadre du programme des investissements d'avenir, financé par le grand emprunt. A ce titre, Winflo recevra une subvention de 13.4 millions d'euros, sur un investissement total estimé de 40 millions d'euros.

Lancer la construction en 2012

Nass&Wind et ses partenaires souhaitent lancer en 2012 la construction du démonstrateur, qui devrait être testé à la mer, sur une période de 18 à 24 mois, entre 2013 et 2014. Les promoteurs du projet estiment que les conditions naturelles (profondeur de l'eau, régime des vents, conditions de mer...) font de l'île de Groix l'un des très rares sites français capables d'accueillir ce type de machines. « La proximité des ports de Lorient et Brest, la disponibilité de leurs infrastructures, la présence d'un tissu industriel et scientifique offrant de très nombreux savoir-faire pour exploiter et assurer la maintenance d'un tel site depuis Lorient et Brest, constituent également de précieux et réels atouts », soulignent les élus bretons. Dans cette perspective s'est mis en place, le mois dernier, un groupe de suivi du projet réunissant l'ensemble des acteurs concernés (y compris les pêcheurs) afin de définir les modalités de développement du site d'essai et le cadre juridique le plus adapté à sa mise en oeuvre et à sa gestion.

Produire 100 machines par an à partir de 2020

A travers ce démonstrateur, les collectivités espèrent voir émerger une importante filière industrielle et de recherche. Une fois acquis le retour d'expérience du démonstrateur, les entreprises comptent élaborer une gamme de produits dans la perspective de lancer une commercialisation, en France et à l'étranger, à compter de 2015. L'objectif serait, alors, de lancer la production en série avec une montée en puissance progressive permettant d'atteindre la fabrication d'une centaine d'éoliennes flottantes à l'horizon 2020. Pour cela, le consortium pourra s'appuyer sur les infrastructures bretonnes de DCNS, notamment à Brest, où des cales sèches sont disponibles pour construire de grandes machines. En dehors des moyens du groupe naval, la production d'éoliennes pourrait aussi s'appuyer sur les capacités des autres industriels bretons du secteur. A la clé, selon les professionnels, la création de 5000 emplois en France, dont 1000 emplois directs, soit le lancement d'une nouvelle filière industrielle dans l'Hexagone.

La Bretagne veut surfer sur les EMR

Pour Jean-Yves Le Drian, cette initiative s'inscrit dans la stratégie régionale pour le développement des Energies Marines Renouvelables (EMR), présentée en octobre dernier, ainsi que dans les priorités du Pacte électrique breton, conclu en décembre avec l'Etat et qui prévoit de développer ces énergies pour contribuer à sécuriser l'alimentation électrique de la région. Les collectivités et le tissu économique estiment que la Bretagne a une très belle carte à jouer dans le domaine porteur des EMR, avec d'importantes retombées au niveau régional et, plus largement, sur le Grand Ouest. Eolien, hydrolien, fermes marémotrices... Les différents projets commencent à se structurer autour de la plateforme technologique dont la création a été annoncée fin 2009 par le gouvernement. Depuis Brest, un Institut d'excellence dans le domaine des énergies « décarbonées », dit IEED France Energies Marines, est ainsi appelé à devenir un Institut d'excellence dans le domaine des EMR. Soutenu par l'Etat dans le cadre des investissements d'avenir, cet IEED aura pour mission de stimuler la compétitivité française en termes d'énergies marines en favorisant, notamment, la mise en place de sites d'essais d'ici à 2012.

D'autres démonstrateurs dans le domaine de l'hydrolien

En dehors du projet WinFlo, la Bretagne compte d'autres projets et démonstrateurs liés aux EMR. Porté par EDF, le projet de parc hydrolien de démonstration au large de Paimpol-Bréhat, lancé en 2004, est bien engagé. Après l'enquête publique, qui a reçu un avis favorable l'an dernier, la mise à l'eau de la première machine, d'une puissance de 5000 kW, est prévue cet été. Les trois autres hydroliennes doivent être immergées au cours de l'été 2012 et raccordées au réseau électrique. Et l'extension du site est d'ores-et-déjà envisagée, afin qu'il puisse accueillir de nouvelles expérimentations. Les premières retombées économiques régionales de ce projet se sont traduites par l'attribution à STX France de la barge d'installation des hydroliennes, qui sera réalisée à Lorient. Le marché pour la construction du tripode soutenant les machines devrait, quant à lui, être prochainement notifié.
L'extension de ce projet en site d'essai hydrolien rentre désormais en phase opérationnelle. De manière anticipée sur les missions de France Energies Marines, l'Ifremer a lancé, avec le soutien de la région et de l'ADEME, une étude de faisabilité pour définir les modalités de cette évolution : périmètre géographique, étude d'impact environnemental, plan d'affaires du site, gouvernance pour son exploitation... La première réunion de concertation a eu lieu le 16 septembre 2010 et plusieurs développeurs de technologies ont manifesté leur intérêt pour des expérimentations sur le site.
A l'image du site d'essais d'éolien flottant de Groix ou du site d'essais houlomoteur du Croisic (SEMREV), soutenu par la Région des Pays-de-la-Loire, c'est l'IEED France Energies Marines qui se chargera de leur mise en place et financement, celui-ci étant assuré en partie dans le cadre des investissements d'avenir.

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