Energies Marines
Éoliennes offshore: des pêcheurs réclament leur interdiction à Bruxelles

Interview

Éoliennes offshore: des pêcheurs réclament leur interdiction à Bruxelles

Energies Marines

Les pêcheurs artisans les plus remontés contre les projets d’éoliennes en mer du Nord, en Manche et dans l’Atlantique multiplient les actions. Julien Tréhorel, porte-parole pour Erquy (22), attend la réponse de l’Europe après le dépôt de trois plaintes à Bruxelles.

Le Télégramme : Qui représentez-vous ? Quels sont vos griefs contre les parcs éoliens ?

Julien Tréhorel : Dans notre association de défense et de promotion de la pêche artisanale dans le Golfe normand-breton (1), nous sommes une centaine de marins-pêcheurs et en tout, près de 250 adhérents avec le grand public. Les pêcheurs artisans sont très inquiets. Le projet d’Ailes Marines, qui prévoit 62 éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc, va complètement perturber les arts dormants. C’est-à-dire la pêche sur le fond des crustacés. Pour les poissons pélagiques qu’on trouve entre deux eaux, il ne devrait pas y avoir vraiment de problème sur les zones concernées. Mais, pour nous qui avons été cantonnés dans certains secteurs du golfe où l’on prélève les bulots, les araignées et les homards avec des casiers ou des filets, la zone de pêche va être nettement réduite. Alors qu’on fait des efforts depuis plusieurs années pour la préservation de la ressource halieutique. Nous avons de bonnes raisons de nous alarmer : l’an dernier, entre mars et mai, quand il a été procédé à des petits forages, j’ai voulu aller pêcher à proximité avec mes casiers, je n’ai quasiment pas eu de homard. Je suis passé de 40 kg à trois ou quatre pièces. Et depuis, les homards ne sont pas revenus. Sans doute à cause du bruit. Quand on pense que l’installation du parc éolien nécessite 193 forages…

Pourquoi votre association ADEPPA-GNB (2) mène-t-elle son combat en parallèle des comités de pêches ?

Ce n’est pas un combat différent, c’est un combat commun mais mené d’une manière différente. Avec les associations de pêcheurs de tout le littoral français, nous cherchons à faire interdire les différents parcs éoliens programmés pour la préservation des écosystèmes marins et le maintien d’une pêche durable et responsable. Tandis que les comités des pêches mènent leur combat davantage sur les indemnisations auxquelles pourront prétendre les marins après l’éventuelle construction des parcs. Un ingénieur mandaté pour le comité des Côtes-d’Armor et rémunéré par Ailes Marines procède à un « état zéro des stocks » avec des pêcheurs locaux pour faire la comparaison ultérieurement. Le problème est que cette démarche n’est pas effectuée à l’échelle réelle. C’est Ailes Marines qui a décidé des points d’analyse qui ne sont pas toujours pertinents. Les tests sont faits avec 500 mètres de filets à araignées alors que les pros utilisent des filets de 1000 à 1500 m. Ça dure trois jours alors que les pros laissent le filet pendant une à trois semaines… Idem pour les casiers à homards. Moi j’en mets 60, ils font les relevés avec 12…

Quelles actions allez-vous mener à l’avenir ? Le combat n’est-il pas perdu d’avance ?

Nous attendons bientôt un retour sur les trois plaintes que nous avons déposées contre les six projets éoliens en France auprès de la Commission européenne. Je ne vous en donnerai pas la teneur en détail car nous avons des arguments qui ne sont pas encore utilisés devant la Justice en France… Il s’agit de montrer que les parcs vont accélérer le processus de destruction de l’environnement marin et faire disparaître la pêche artisanale côtière alors que l’Union européenne s’engage en faveur du développement durable et lutte contre la surpêche.

1. Le Golfe couvre la zone côtière de Paimpol à Caen.
2. Association de Défense de promotion de la pêche artisanale dans le Golfe normand-breton.

Un article de la rédaction du Télégramme