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Eolink va réaliser un démonstrateur de son éolienne flottante
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Eolink va réaliser un démonstrateur de son éolienne flottante

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La jeune société brestoise Eolink vient de lever 1 M€* pour mettre à l'eau, d'ici l'été, un démonstrateur à l'échelle 1/10e de son projet d'éolienne flottante. Un bébé de 22 m censé préfigurer de futures fermes, présentées comme une alternative aux centrales nucléaires.

Le premier prototype, l'an dernier, s'était contenté du bassin d'essai d'Ifremer. Normal, pour un démonstrateur bâti à l'échelle 1/50e. Cette fois, le bébé culminera à 22 m de hauteur et ne devrait pas passer inaperçu dans le site expérimental d'Ifremer, à Sainte-Anne-du-Portzic, où il devrait être installé pour l'été prochain. L'enjeu est énorme pour la jeune pousse : soit ça passe, soit ça casse et... c'est fini. « Si notre proto passe l'hiver, cela voudra dire que nos calculs sont bons, et que notre éolienne sera capable de résister à des typhons », anticipe Marc Guyot, fondateur d'Eolink, sept salariés aujourd'hui. Lui reste prudent : « Les simulations numériques c'est bien mais, ici, on avance pas à pas, avec des essais concrets. On reste dans le réel ». Cet ancien ingénieur motoriste chez Renault dénote dans le paysage des énergies marines renouvelables. Son design écarte le mât unique au profit d'une structure pyramidale, avec quatre bras : fixée à un point d'amarrage, c'est l'ensemble de la structure qui s'oriente face au vent. Avantages de cette technologie selon Eolink : pas de vibration du mât, moins de contraintes de structure et un coût de fabrication moindre. Pour illustrer le concept, l'ingénieur prend l'exemple du tabouret de bar : « Comparez un modèle à quatre pieds et un à axe central ; lequel est plus résistant et léger ? ». La maquette testée à Ifremer a démontré que l'éolienne parvenait à rester face au vent, malgré la houle de travers, et ne chavirait pas face à l'équivalent de vagues de 24 mètres. Reste à le confirmer en conditions réelles, ce qui sera le premier enjeu des essais en pleine mer. « On va aussi s'intéresser aux efforts mécaniques dans la structure et au système de contrôle-commande », développe Marc Guyot.

Objectif : commercialisation en 2025

Le prototype (sept mètres de long, six de large, 22 de haut) devrait rester quinze mois en mer. Et préfigurer le résultat final : une éolienne flottante de 220 m de haut, 70 de long et 60 de large, capable de produire 12 Mégawatts. « L'idée est de  tester un prototype proche de l'échelle 1 en 2020, pour lancer la commercialisation à l'horizon 2025 ». La société ne manque pas d'ambition : « Sortir une trentaine de machines par an à partir de 2025, depuis Brest, pour les installer en France et sur le littoral atlantique. On n'a pas vocation à remplacer les grands industriels, mais si notre concept est aussi bon qu'on le pense, on trouvera des partenariats industriels ici ou ailleurs ».

« Remplacer le nucléaire à l'horizon 2050 »

Car Eolink croit fermement dans le potentiel de l'éolien offshore. « Le  marché explose partout dans le monde, car il est compétitif. Rien que dans la zone économique exclusive française, on peut faire six grosses fermes, de 50 km par 50, et produire, à l'horizon 2050, autant que l'ensemble de nos centrales nucléaires. Après, c'est un choix politique ». Pour ce Breton d'adoption, Brest a une vraie carte à jouer dans le futur marché européen de l'éolien flottant. « La rade est le site idéal. On peut aisément y faire venir des morceaux préfabriqués dans des pays plus compétitifs et les assembler ici. Et cela générera de l'activité en manutention, assemblage, ingénierie, maintenance, etc. La  ville peut se réindustrialiser, comme l'a fait Bremerhaven, en Allemagne. Mais pour ça, il faut que la France et les Français s'engagent sur une trajectoire pour 2040 et s'y tiennent ».

(*) Les fonds ont été levés auprès d'un investisseur privé, des Finistère Angels, de Breizh Up (Région Bretagne) et Force 29 (Crédit Agricole).

 

Un article de la rédaction du Télégramme