Histoire Navale
Épave de la Minerve. Hervé Fauve : « Une émotion très violente »

Interview

Épave de la Minerve. Hervé Fauve : « Une émotion très violente »

L’épave du sous-marin La Minerve, disparu le 27 janvier 1968 avec 52 personnes à bord, dont six Bretons, a été localisée le 21 juillet, au large de Toulon. « Une émotion très forte, très violente », confie Hervé Fauve, fils du commandant André Fauve, qui donnera, samedi 16 novembre, à Brest, une conférence où il reviendra sur 51 ans de mystère et cette incroyable découverte.

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LE TELEGRAMME : Vous donnerez une conférence le samedi 16 novembre (1), à Brest, sur le sous-marin La Minerve, dont votre père, André, fut le commandant. Que venez-vous dire aux Brestois ?

HERVE FAUVE : J’ai été sollicité par l’Agasm de Brest (Association générale des amicales de sous-mariniers). C’est une association nationale dont les antennes les plus représentatives sont situées logiquement à Brest, Toulon et Paris. Je viens pour raconter tout ce qui s’est passé pendant plus de 50 ans, l’aventure humaine autour de La Minerve, depuis sa disparition jusqu’à sa récente découverte : les réactions des familles mais aussi comment, à partir d’un dossier complètement oublié il y a encore deux ans, nous avons réussi à mobiliser d’abord les familles, puis les médias et enfin la Marine nationale pour que, tous ensemble, nous puissions obtenir la reprise des recherches. Et je peux vous dire que je reviens à Brest avec plaisir : j’y ai vécu de 1974 à 1981, j’ai été collégien et lycéen à l’Harteloire, j’ai habité place de la Liberté et rue Yves-Collet.

Combien de familles bretonnes faisaient partie de l’équipage ?

Il y avait 52 membres d’équipage à bord, dont six Bretons (2).

Après 51 ans de recherches inabouties, de suppositions plus ou moins crédibles et de longues années sans avancées, l’épave a finalement été localisée le 21 juillet dernier. Qu’avez-vous ressenti ce jour-là ?

J’ai ressenti la même émotion que toutes les familles, une émotion très forte, très violente. Comme si l’on venait de nous annoncer la disparition du sous-marin, comme si 50 ans disparaissaient d’un coup. Les mots le plus souvent utilisés dans les nombreux mails que j’ai reçus des familles sont les suivants : un bouleversement et une émotion violente. Nous avons eu une cérémonie, le 15 septembre, en présence de la ministre des Armées, Florence Parly, et 38 des 52 familles. Il y a aussi des familles presque éteintes ou dont les membres étaient trop âgés pour se déplacer.

 

Hervé Fauve et la ministre des Armées, Florence Parly, lors de la cérémonie. (Photo DR)


Où étiez-vous le jour où vous avez appris que l’épave avait été localisée ?

À Toulon. Pour tout vous dire, j’avais demandé à la Marine quel était le meilleur moment pour descendre au cas où. On m’a répondu : « Prenez vos vacances entre le 15 juillet et le 1er août ». Mais je n’ai jamais été associé de près ou de loin aux opérations de recherches. Depuis que la décision de les reprendre a été prise, je n’ai pratiquement eu aucune information. Mais je voulais être sur place. J’ai ensuite été sollicité de façon plus qu’intense par les médias, à un point que je n’imaginais pas. Sans en être certain, la découverte de La Minerve a peut-être été l’événement de juillet le plus commenté, à part le Tour de France, sans doute. Nous avons élaboré une revue de presse, qui recense de 700 articles sur La Minerve, partout dans le monde.

 

Hervé Fauve, fils du commandant de La Minerve, André Fauve. (Photo DR)


De l’extérieur, on ressent comme un profond décalage entre le demi-siècle qui s’est écoulé depuis la disparition du sous-marin et la facilité avec laquelle l’épave a été retrouvée. Comment expliquer qu’il ait fallu attendre 51 ans pour cela ? La technologie est-elle le seul élément de réponse ?

Il y a plusieurs éléments mais la technologie, oui, ça fait beaucoup. Les moyens sont infiniment plus développés aujourd’hui, l’Ifremer vous l’expliquerait très bien. Tout d’abord, ce sont des drones sous-marins qui ont permis de découvrir des anomalies de relief sur les fonds en établissant des cartes. Puis, à partir de cela, un robot sous-marin (de type Rov), qui se pilote à partir d’un joystick, est descendu, a regardé et pris des photos. C’est lui qui a permis de localiser l’épave de La Minerve. Les recherches ont été menées, dans un premier temps, par l’Ifremer puis la société américaine Ocean Infinity, avec le même bateau, le Seabed Constructor, qui a retrouvé le sous-marin argentin San-Juan (3). La Marine nationale avait lancé un appel d’offres et un cadre très précis - une semaine renouvelable deux fois - pour les recherches.

Et l’épave a finalement été retrouvée très rapidement…

Oui, car toutes les informations de 1968 ont été reprises à zéro, comme s’il s’agissait d’un nouveau dossier. On a remplacé la règle à calcul par un ordinateur et la zone de recherches était d’ailleurs bien différente de celle établie à la fin des années 1970. On avait alors cherché au nord-est et, cette fois, au sud-ouest. C’était le bon endroit. L’épave est aujourd’hui à 2 235 m de fond.

Que s’est-il passé depuis la localisation de l’épave ?

Il se passe toujours des choses. De mon côté, d’après les images de la Marine, je fais mener des recherches auprès d’experts à la retraite afin d’essayer de déterminer la cause du naufrage.

C’est maintenant le seul mystère qui reste à éclaircir autour de La Minerve. Pensez-vous que l’on apprendra un jour la cause de l’accident ?

Oui, je suis plus qu’optimiste. On ne trouvera peut-être qu’une explication partielle car il y a fort à parier que ce soit une succession d’incidents qui ait entraîné sa plongée. Mais plusieurs hypothèses ont déjà pu être levées depuis. Un tir ennemi ou accidentel, style torpille, ce n’est pas possible car le sous-marin se serait alors rempli d’eau et la pression ne se serait plus exercée. L’avarie de barre semble exclue à 99 %, quand on remarque l’inclinaison de la barre arrière. L’implosion ne fait désormais plus aucun doute. Elle s’est produite à 700 m de profondeur et La Minerve ne pouvait descendre au-delà de 300 m car il n’aurait pas résisté à la pression de l’eau. La pression de l’eau, c’est comme une noix dans un casse-noix et l’implosion, c’est quand la noix éclate. Si le sous-marin est descendu jusqu’à 700 m, c’est qu’il avait un problème. Reste à savoir lequel ou lesquels.

Des morceaux de l’épave seront-ils remontés pour analyse ?

Non. Car l’épave est extrêmement dispersée. Seuls trois morceaux sont reconnaissables : la poupe, la proue et une partie du massif, ce que l’on appelle la cathédrale. Tout le reste est en miettes. Et il est dans la tradition de la Marine de ne pas remonter une épave.

Dans quelles proportions le regard des familles a-t-il changé depuis la localisation de l’épave ?

Certaines ont retrouvé une espèce de sérénité mais, curieusement, chez d’autres, cela a ravivé la douleur. Ces deux sentiments se retrouvent d’ailleurs au sein de mêmes familles.

Et vous, dans quelle catégorie vous rangez-vous ?

Plutôt dans la première. Même moi, il y a encore un an et demi, si l’on m’avait dit que l’on retrouverait l’épave de La Minerve, je ne l’aurais pas cru. Il y a un côté complètement extraordinaire à cette découverte.

 

Le Télégramme du 30 janvier 1968. (DR)

 

1. La conférence d’Hervé Fauve a lieu samedi, à 14 h 30, au foyer du Marin, à Brest.

2. Le Télégramme citait alors les six Bretons : le commandant André Fauve (de Ploërmel), le second maître Jean-Pierre Noudin (de Belle-Ile-en-Mer), le quartier-maître Jean-Luc Moal (Plounéour-Trez), Guy Ropars (de Plouhinec), Auguste Le Mens (de Plougastel-Daoulas), le quartier-maître Bernard Héliès (de Saint-Renan).3. Avec 44 membres d’équipage à bord, le sous-marin argentin Le San Juan a implosé en 40 millisecondes à 450 km environ des côtes argentines, le 17 novembre 2017. Son épave a été retrouvée un an plus tard, le 16 novembre 2018, à 800 m de profondeur.

Un article d'Eric Daniellou, de la rédaction du Télégramme

 

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