Marine Marchande
Erika : Les collectivités réclament 400 millions d'euros pour le préjudice écologique

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Erika : Les collectivités réclament 400 millions d'euros pour le préjudice écologique

Marine Marchande

Parties civiles dans le procès de l'Erika, qui s'ouvre dans une semaine devant le tribunal correctionnel de Paris, les collectivités locales, ainsi que plusieurs organisations professionnelles et environnementales, espère la création d'une jurisprudence. Elles souhaitent, en effet, que soit reconnue, pour la première fois en France, la notion de préjudice écologique. « L'objectif du procès est de rechercher les coupables de la catastrophe, d'obtenir l'indemnisation du préjudice économique et de faire en sorte que ce qui s'est passé ne se reproduise plus. De plus, au moment où l'on parle beaucoup de développement durable, nous souhaitons que soit reconnue la notion de préjudice écologique », a expliqué vendredi, à Nantes, Jacques Auxiette. A cette occasion, le président du Conseil Régional des Pays de la Loire a rappelé que le FIPOL n'avait que partiellement indemnisé les victimes de la marée noire. La région, tout comme ses voisines, Bretagne et Poitou-Charentes, ainsi que le département du Finistère, la communauté d'agglomération de Lorient et les villes de Saint-Nazaire et Ploemeur, attaquent en justice au travers de l'AIOLS. Crée au lendemain du naufrage du pétrolier, en décembre 1999, l'Association Ouest Littoral Solidaire a été réactivée. Constituée d'institutionnels, elle s'appuie, à titre de conseil, sur de nombreux organismes, comme l'Ifremer, la Ligue de Protection des Oiseaux, le Collectif Marée noire ou encore les universités de Brest et La Rochelle, ainsi que l'ISEMAR. Afin de mesurer le préjudice écologique de la marée noire, une étude a été confiée à l'INRA de Rennes, dont les experts ont rendu leur rapport vendredi dernier à l'association.

S'appuyer sur l'expérience de l'Exxon Valdez

La notion de préjudice écologique est bien évidemment délicate à chiffrer. Destruction de la biodiversité, argent investi chaque année sur les ouvrages côtiers déteriorés, conséquences pour la pêche à pieds, pour les plaisanciers, perte de la jouissance du littoral... « C'est l'ensemble des dommages indirects n'entrant pas dans la valeur marchande. Elle doit notamment intégrer l'atteinte au patrimoine naturel », résume Jean-Yves Le Drian. Le président du Conseil Régional de Bretagne estime que le procès du naufrage de l'Erika aura « autant de sonorité que celui de l'Exxon Valdez » et, évoquant les plages bretonnes souillées par le fuel du MSC Napoli, rappelle que « les enjeux sont permanents mais seules les catastrophes font bouger la réglementation. Il nous faut donc être remboursés des conséquences économiques mais aussi rattacher à la condamnation la notion de préjudice écologique, une notion qui a été mise en oeuvre aux Etats-Unis après le naufrage de l'Exxon Valdez ». En 1989, quelques 42 millions de litres de pétrole brut s'étaient échappées des cuves du tanker au large de l'Alaska, ravageant 2000 kilomètres de côtes. Après une longue étude, le préjudice écologique avait été estimé à 2.5 milliards de dollars. En partant des méthodes utilisées aux Etats-Unis, les collectivités ont évalué leur préjudice à plusieurs centaines de millions d'euros. Selon Jacques Auxiette : « Les éléments partiels recueillis à partir des analyses montrent que le préjudice peut être fixé, au minimum, à 400 millions d'euros. Pour la région des Pays de la Loire, le préjudice économique est estimé à 5 millions d'euros. Ceci donne une idée de l'écart et démontre que le procès doit donner un coût au préjudice écologique. Il doit se traduire par une notion économique et pas seulement morale ». L'étude de l'INRA, dont les détails restent confidentiels pour le moment, sera livrée aux juges le 12 février, à l'ouverture du procès. Plus de sept ans après la catastrophe, 19 prévenus, dont Total, affréteur de l'Erika, doivent comparaître jusqu'au 13 juin. Pas moins de 19.000 tonnes de fuel lourd s'étaient déversés en mer après le naufrage du tanker maltais, touchant 400 kilomètres de littoral entre le Finistère sud et la Charente Maritime.

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