Histoire Navale
Escal’Atlantic : Embarquement immédiat dans l’épopée des paquebots d’antan

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Escal’Atlantic : Embarquement immédiat dans l’épopée des paquebots d’antan

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Depuis le 1er juillet, Escal’Atlantic, dédié à l’histoire des grands paquebots transatlantiques, a rouvert ses portes après sa première grande restauration depuis son ouverture, en 2000. Installé dans l’ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire, ce lieu unique a su préserver ce qui a fait son succès, tout en se modernisant et en enrichissant son offre. On trouve, ainsi, quelques 200 objets de collection dévoilés pour la première fois au public,  ainsi que de nouveaux outils multimédia et audiovisuels permettant de s’immerger encore plus profondément dans l’épopée des paquebots qui reliaient autrefois l’Europe aux Amériques. Dans la plupart des espaces, des écrans tactiles offrent, ainsi, la possibilité de découvrir nombre de détails sur les navires, leur décoration, la vie à bord dans les  différentes classes ou encore le profil et le parcours des 60 millions de migrants qui ont traversé l’Atlantique entre 1860 et 1925.

 

 

L'ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

L'ancienne base sous-marine de Saint-Nazaire (© : MER ET MARINE - V. GROIZELEAU)

 

De gauche à droite (PHOTOS : JEAN-CLAUDE LEMEE) : 

De gauche à droite (PHOTOS : JEAN-CLAUDE LEMEE) : 

Laque de Jean Dunand sur le Normandie (1935),

Laque de Raymond Deléage sur le Félix Roussel (1931),

Elément d'un panneau gravé de Claude Hertenberger sur le France (1962) 

 

 

Laque de Pierre Bobot sauvée avant la déconstruction de l'ex-France (© : 

Laque de Pierre Bobot sauvée avant la déconstruction de l'ex-France (© : J-C LEMEE)

 

 

Un parcours remanié et agrémenté

 

 

En tout, Escal’Atlantic propose 25 espaces scénographiés sur 3700 m² et trois niveaux, logés au cœur d’une alvéole de la base sous-marine construite par les Allemands au cours de la seconde guerre mondiale. Remis à neuf, l’accueil, évocation des halls d’embarquement des liners d’antan, arbore entre autres l’un des superbes panneaux de laque de Jean Dunand, qui séparaient le fumoir du salon de la 1ère classe sur le Normandie, construit à Saint-Nazaire et mis en service en 1935. Les coursives ont également été refaites et sont désormais bien plus réalises, en particulier grâce à l’éclairage. La première donne accès au « pont arrière », reproduisant une vue de nuit depuis la poupe d’un navire, avec en contrebas le sillage et sur le visage une légère brise générée par une soufflerie, sans oublier l’ambiance sonore pour parfaire la sensation de remonter le temps. Avec une nouveauté : sur la paroi de l’alvéole en béton, une projection retrace sur une carte du monde l’ouverture progressive des grandes lignes maritimes au XIXème siècle. La suite de la visite se poursuit en intérieur, où l’on découvre, devant une superbe malle armoire Vuitton, l’art du bagage, puis la coursive des cabines, différentes époques (1910 à 1962) étant présentées. On y trouve des lits, des commodes et autres objets décoratifs provenant notamment France (1962), avec toujours la présence de dispositifs multimédia donnant de nombreuses explications et permettant de visionner des films d’époque.

 

 

Malle armoire de Louis Vuitton (© : 

Malle armoire de Louis Vuitton (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

Commode d'une cabine de 1ère classe sur le France (© : 

Commode d'une cabine de 1ère classe sur le France (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

 

 

Les passagers et l’épopée des migrants

 

 

Un peu plus loin, on parle des hommes, ceux qui traversaient la mer pour rejoindre les Etats-Unis. Les plus aisés, qui voyageaient dans l’opulence de la première classe, comme les migrants, ayant abandonné tous leurs biens pour cause de crise économique ou de famine. Hommes, femmes et enfants parvenus à s’offrir un ticket vers, l’espéraient-ils, une nouvelle vie. Un privilège auquel ne pouvaient prétendre les plus pauvres. Même après guerre, la traversée en paquebot est restée un luxe pour les couches populaire. Ainsi, on apprend que sur le Liberté (1950), le prix d’un billet vers les Etats-Unis coûtait en moyenne 12 jours de salaire à un physicien (1ère classe), 51 jours de salaire à un dessinateur industriel (2ème classe)  et 75 jours de salaire à une secrétaire sténodactylo (3ème classe).  

 

 

(© : SNTP - COLLECTION P. PAUVERT)

(© : SNTP - COLLECTION P. PAUVERT)

 

 

Escal’Atlantic revient largement sur les migrants, la rudesse des conditions de vie à bord, dans les dortoirs installés aux entreponts, entre les cales et au dessus des machines, mais aussi l’arrivée à New York et l’épreuve du contrôle sanitaire à Ellis Island…

Mais on y découvre aussi toutes les parties des paquebots, des grands restaurants aux magnifiques salons, en passant par les somptueuses salles de bal, sans oublier les cuisines et les incroyables réserves de nourriture, comme les caves prestigieuses, que l’on pouvait trouver à bord. Pour mieux s’en rendre compte, l’extrait d’un film de 1936 présentant les frigos de l’Ile-de-France (1927) est diffusé, avant que le visiteur découvre la salle à manger et les objets de collection du Normandie.

 

 

La timonerie (© : 

La timonerie (© : SNTP - ANDREA KLOSE)

 

 

Nouvelle timonerie sous forme de simulateur

 

 

Parmi les nouveautés d’Escal’Atlantic, il y a la timonerie avec de grands écrans faisant office de vitres et simulant les conditions extérieures, le beau temps comme la tempête. Cette animation, empruntée aux simulateurs de manœuvre, est excellente et plait beaucoup aux enfants. La décoration de la salle aurait cependant mérité d’être un peu plus poussée afin qu’elle ressemble vraiment à une timonerie. De même, on peut regretter que l’espace dédié aux machines, au demeurant toujours aussi impressionnant par sa hauteur, n’ait pas été plus agrémenté lors de la rénovation. Il y a sans doute là des pistes intéressantes pour améliorer à l’avenir cette partie de la visite. Le visiteur apprendra néanmoins de nombreuses choses sur la propulsion et l’évolution de la technique au fil des années. Comment fonctionnent les machines à vapeur, comment est-on passé du charbon au mazout sur des navires à la consommation colossale : jusqu’à 900 tonnes de carburant par jour pour permettre au Normandie et ses 160.000 cv de filer à une trentaine de nœuds.   

 

 

Pont promenade couvert (© : 

Pont promenade couvert (© : SNTP - ANDREA KLOSE)

 

 

Les ponts extérieurs toujours aussi réalistes

 

 

Comme c’est le cas pour le sillage du navire, le pont promenade, avec une partie couverte et une partie « extérieure », est toujours aussi saisissant par son réalisme. Certes, la réplique d’un pont extérieur de paquebot en navigation nocturne n’est pas parfaite, et ce n’est pas le but, mais l’ambiance qui se dégage de ces espaces suffit à imaginer ce que cela pouvait être. A noter que dans le pont promenade couvert, allongé dans des transats, au bord desquels sont installés des écrans, on peut désormais découvrir les différentes activités qui étaient proposées aux passagers pour occuper leur séjour en mer, ainsi que les tenues portées par ces dames au fil de la journée et des moments (sport, soirée de gala, thé…), cela sous forme de jeu.

 

 

Pont promenade couvert avec écrans tactiles (© : 

Pont promenade couvert avec écrans tactiles (© : SNTP - ANDREA KLOSE)

 

 

Des parties ludiques pour apprendre en s’amusant

 

 

L’aspect ludique est d’ailleurs assez présent dans la nouvelle formule d’Escal’Atlantic. Le pont promenade compte par exemple des longues vues au travers desquelles les enfants observent en gros plan les détails de la projection murale. Dans la « cale », où l’on ne trouve malheureusement plus la vielle berline au milieu des caisses et filets d'embarquement, il y a maintenant un grand planisphère interactif. Cette nouveauté permet, en famille, de prendre en main le destin d’un armement maritime, de l’achat du navire à son exploitation sur différentes lignes. Une approche amusante qui permet de mieux comprendre le fonctionnement des compagnies, les impératifs du service et les contraintes de la navigation.

 

 

Le bar du France et la salle à manger dédiée au Normandie (© : 

Le bar du France et la salle à manger dédiée au Normandie (© : SNTP - ANDREA KLOSE)

 

 

Nouveaux espaces et salle à manger remaniée

 

 

A la fin du parcours, on découvre dans le « grand salon » différents objets du début du XXème siècle aux années 60, y compris une étonnante maquette en papier de la grande salle à manger du France. Puis l’on accède au salon de musique du Liberté et son mobilier d’origine, avant d’arriver au « salon du commandant », avec l’écorché du paquebot Ile de France (1927), grâce auquel les visiteurs peuvent explorer les différents locaux du paquebot au moyen d’un système interactif. La visite s’achève avec le bar et ses objets du France, dont un lustre en aluminium signé Gilbert Poillerat, ainsi que deux éléments d'une tapisserie de Jean Picart Lexoux, qui ornaient le salon fumoir de la 1ère classe.

 

 

La salon-fumoir de la 1ère classe sur le France  (© : 

La salon-fumoir de la 1ère classe sur le France  (© : SNTP)

 

Lustre réalisé par le ferronier Gilbert Poillerat  (© : 

Lustre réalisé par le ferronier Gilbert Poillerat  (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

 

Tapisserie  de Jean-Picart Le Doux (© : 

Tapisserie  de Jean-Picart Le Doux (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

 

 

Le bar surplombe la « salle à manger » dédiée au Normandie. Celle-ci a été modifiée, les tables laissant place à des présentoirs et vitrines abritant une très belle collection, notamment de vaisselle et de meubles, avec aussi des menus d’époque permettant d’apprécier la richesse des plats servis. On trouve aussi, sur l’un des murs, un superbe ensemble de 73 dalles de verre créées dans le plus pur style Art Déco par Auguste Labouret pour la salle à manger de la 1ère classe du Normandie. Une toute petite partie, en fait, des 6000 dalles sculptées, gravées, ciselées et bouchardées, réalisées à l’époque pour cet immense restaurant, que l’on comparait souvent à la Galerie des Glaces du château de Versailles. Après la projection d’un petit film retraçant la fin de l’épopée transatlantique en raison de la concurrence de l’avion (la bascule s’opérant en 1958), il est temps de quitter Escal’Atlantic, toujours au moyen d’un canot de sauvetage...

 

 

Salle à manger de la 1ère classe sur le Normandie (© : SNTP)

Salle à manger de la 1ère classe sur le Normandie (© : SNTP)

 

Fragment des parois de  la salle à manger du Normandie (© : 

Fragment des parois de  la salle à manger du Normandie (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

 

Vaisselle du Normandie estampillée Compagnie Générale Transatlantique  (© : 

Vaisselle du Normandie estampillée Compagnie Générale Transatlantique  (© : LEMEE)

 

Fauteul de la salle à manger du Normandie (© : 

Fauteul de la salle à manger du Normandie (© : JEAN-CLAUDE LEMEE)

 

 

Un grand moment d’histoire

 

 

Au final, la visite est toujours aussi enrichissante et les visiteurs qui nous accompagnaient en sont ressortis ravis, adultes comme enfants. Il faut dire que cette très belle immersion dans l’univers dans grands paquebots, qui ont tant marqué et finalement contribué à façonner l’histoire durant plus d’un siècle, a quelque chose de magique. On ne peut, en effet, qu’être subjugué par la beauté des espaces intérieurs de ces fleurons de la construction navale. De superbes espaces pour de splendides navires qui, de tout temps, alliaient le meilleur de la technologie, des arts et de la culture des pays dont ils arboraient le pavillon.

 

 

- Informations et renseignements sur le site de Saint-Nazaire Tourisme et Patrimoine, qui gère Escal'Atlantic 

 

 

Le paquebot Normandie (© : DROITS RESERVES)

Le paquebot Normandie (© : DROITS RESERVES)

 

Port de Nantes Saint-Nazaire