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Et revoilà la coopération franco-britannique sur les sous-marins

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Et revoilà la coopération franco-britannique sur les sous-marins

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Comme on pouvait s'en douter, après les porte-avions, voilà qu'émerge un autre serpent de mer franco-britannique : la coopération sur les sous-marins. A quelques semaines du sommet Sarkozy-Cameron, c'est Guy Tessier, président de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, qui relance le débat. Dans les colonnes du Figaro, le député UMP estime que Paris et Londres peuvent « envisager une coopération entre (leurs) sous-marins nucléaires ». Mais, précise-t-il, « on ne pourrait le faire qu'en période de paix relative, comme aujourd'hui. En cas de crise, il faudrait que chacun puisse reprendre possession de sa propre dissuasion, car on ne peut pas partager le feu nucléaire ». Et d'ajouter : « On pourrait imaginer que chaque pays maintienne son effort d'investissement dans la dissuasion, sans baisser la garde, tout en réalisant des économies de fonctionnement grâce à des coopérations ».


SNLE britannique du type Vanguard  (© : ROYAL NAVY)
SNLE britannique du type Vanguard (© : ROYAL NAVY)

Une telle position ne peut, évidemment, que faire bondir les puristes ! Car le fondement même de la dissuasion nucléaire, dont les sous-marins stratégiques sont les principaux vecteurs, réside dans le fait qu'elle repose entre les mains d'un seul et même exécutif. C'est un outil, par définition, purement national et les secrets techniques ou opérationnels qui en découlent sont jalousement gardés. C'est d'autant plus vrai entre la France et la Grande-Bretagne que la première est la seule, en Europe, à disposer d'une totale autonomie en la matière. Alors que les sous-marins britanniques mettent en oeuvre des missiles américains Trident 2D-5, les SNLE de la Marine nationale embarquent des armes purement nationales, à savoir le M45 et désormais le M51 (d'abord sur Le Terrible puis, après refonte, sur les trois premiers bâtiments de la série). Partager cette capacité parait, aux yeux de nombreux militaires, comme une aberration. Quant à la coopération, à quel niveau peut-elle s'exercer ? Disposant désormais de ses quatre SNLE de nouvelle génération et de son nouveau missile balistique, la France est autosuffisante pour de nombreuses années.

Tir d'essai d'un missile M51  (© : DGA)
Tir d'essai d'un missile M51 (© : DGA)

La Royal Navy, en revanche, est plus exposée avec son nouveau programme de SNLE, pour lequel les financements seront difficiles à obtenir. L'idée de « patrouilles communes », déjà avancée, impliquerait une véritable révolution dans l'approche de la dissuasion. Car la position des SNLE, connue seulement aujourd'hui de quelques initiés, devrait se partager avec un autre pays, sans compter l'éternel problème d'une éventuelle utilisation. Si nous sommes actuellement en période de « paix relative », l'histoire a montré que les crises pouvaient dégénérer en moins de temps qu'il n'en faut à un SNLE pour réaliser sa patrouille (70 jours). Si le feu nucléaire devait être ordonné, comment serait gérée la décision entre Paris et Londres ? Et dans quelle mesure, au travers d'une coopération, chaque pays, en cas de force majeure, aurait-il l'assurance de disposer à lui seul d'un dispositif complet et immédiatement opérationnel sans l'assistance de son partenaire ?

Avion de patrouille maritime Atlantique 2  (© : MARINE NATIONALE)
Avion de patrouille maritime Atlantique 2 (© : MARINE NATIONALE)

En matière de coopération, on peut aussi s'interroger sur une mutualisation des moyens liés à l'environnement des SNLE. La mise en oeuvre de sous-marins stratégiques implique, en effet, un dispositif très lourd, notamment en matière d'escorte. Des chasseurs de mines sont nécessaires pour sécuriser les chenaux d'accès, alors que sous-marins nucléaires d'attaque, frégates, hélicoptères et avions de patrouille maritime protègent les SNLE lors de leurs départs ou retours de missions. L'ensemble forme un édifice cohérent dont l'efficacité est directement liée aux savoir-faire acquis, aux entrainements et bien évidemment aux matériels. Or, chaque pays a ses propres équipements, procédures et tactiques, ce qui rend les mutualisations complexes. De plus, confier tout ou partie de la sécurité de la dissuasion aux moyens d'un pays tiers revient, là encore, à remettre en cause le principe même de la dissuasion française : l'autonomie.

SNLE et frégate  (© : MARINE NATIONALE)
SNLE et frégate (© : MARINE NATIONALE)

Concernant les SNA, il ne serait pas étonnant que certains proposent une coopération franco-britannique. Faute de crédits, la Royal Navy ne sera, en effet, certainement pas en mesure de remplacer l'intégralité de sa flotte de SNA. D'un autre côté, la France cherche à faire des économies budgétaires et le programme des 6 nouveaux SNA du type Barracuda pèse lourd, soit 8.7 milliards d'euros. Il serait donc tentant, pour certains, de proposer une mutualisation des moyens. Des coopérations existent déjà, comme en témoigne le déploiement de la Perle, au printemps, avec le groupe aéronaval britannique. Mais, là encore, la perspective d'un rapprochement pose des problèmes dès lors que les bâtiments sont engagés dans des opérations guerrières. Car, dans ce cas, il faut que les gouvernements français et britanniques soient exactement sur la même longueur d'onde. Et ce sera d'autant plus vrai avec les Barracuda et leur capacité de frappe contre terre grâce à l'emport (pour la première fois en France), de missiles de croisière, engins déjà mis en oeuvre par les SNA de la Royal Navy. Une réduction du nombre de Barracuda aurait aussi pour conséquence pratique d'obérer les capacités de la Marine nationale, incapable avec moins de 6 sous-marins de remplir l'ensemble des missions qui lui sont confiées. De plus, 6 SNA est considéré par les militaires comme le nombre minimal en dessous duquel la flotte ne peut fournir le vivier nécessaire pour assurer le renouvellement des équipages de SNLE.

SNA du type Barracuda  (© : DCNS)
SNA du type Barracuda (© : DCNS)

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