Marine Marchande
Et si l'accident du Viking Sky était arrivé en Arctique?

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Et si l'accident du Viking Sky était arrivé en Arctique?

Marine Marchande

Que se serait-il passé si le paquebot Viking Sky, victime d’une avarie au large des côtes norvégiennes en mars dernier, était tombé en panne en Arctique ? C’est la question qu’a étudiée l’Emergency Prevention, Preparedness and Response Working Group, un des groupes de travail du Conseil de l’Arctique spécialisé dans les questions de sauvetage. Se réunissant il y a quelques jours sous la présidence islandaise, les spécialistes nordiques ont entendu les témoignages des autorités norvégiennes qui ont coordonné la spectaculaire opération de sauvetage du navire et de l’évacuation par hélicoptères d’une partie des passagers.

Le samedi 23 mars 2019, à 14h, le JRCC Sud Norvège reçoit le mayday du Viking Sky, victime d’une grave avarie le privant de toute propulsion et ce alors qu’il se trouve à proximité immédiate de la côte, par mer forte. Les veilleurs du JRCC, en une heure, mobilisent toutes les ressources disponibles. Il y a 1370 personnes à bord qu’il faut potentiellement évacuer. Les conditions de mer empêchent l’utilisation des canots de sauvetage, le JRCC a donc recours aux hélicoptères : en peu de temps, il en envoie six, trois appartenant à l’administration et trois privés appartenant à l’industrie offshore locale. Ensemble et en 18 heures, ils ont évacué 500 personnes, faisant de cette opération la plus grosse mission de sauvetage heliportée de l’histoire norvégienne.

« Nous étions à quelques minutes d’une catastrophe. Le blackout du navire serait intervenu une minute plus tard, le Viking Sky se serait sûrement échoué », raconte Owe Frøland, le coordinateur du sauvetage au JRCC. La coopération entre les différents protagonistes, publics et privés, a bien fonctionné, la première évacuation par hélicoptère est intervenue une heure après le Mayday, 300 volontaires de la Croix Rouge norvégienne ont rallié la zone permettant d’ouvrir très vite un centre d’accueil des passagers à terre.

Le problème de l'évacuation et de l'accueil à terre des passagers

Mais que se serait-il passé si cet incident était intervenu en Arctique ? C’est l’interrogation du groupe de travail du Conseil Arctique. « C’est difficile à dire mais ce qui est sûr c’est que le transport des passagers aurait été un vrai problème. Si on ne peut pas avoir d’infrastructure à terre, on ne peut pas évacuer les personnes vers la côte », dit Ole Kristian Bjerkemo de l’administration maritime norvégienne. « Si cela avait été au Svalbard, dans ces conditions de mer, cela aurait été bien plus critique puisque nous n’aurions pas pu amener beaucoup d’hélicoptères dans la zone. Mais la partie accueil terrestre fonctionnerait de la même manière que sur le continent », détaille Owe Frøland

En revanche, au Nord, là où les paquebots n’hésitent plus à s’aventurer en raison du recul des glaces, la situation aurait été encore plus compliquée. « Une situation comme celle du Viking Sky aurait été très difficile à gérer, même dans la partie septentrionale de la Norvège continentale. Nous aurions dû utiliser des avions pour amener les volontaires au plus près pour gérer l’évacuation », poursuit Owe Frøland. Une situation que l’on retrouve dans de nombreux endroits au Groenland, Canada, Russie ou Alaska où les lieux pouvant accueillir un grand nombre de rescapés, mais également des volontaires, des personnes formées ou même des couvertures, sont très rares.

La nécessité d'une coopération internationale renforcée

Le conseil de l’Arctique entend tirer toutes les leçons de l’incident du Viking Sky pour pouvoir améliorer la préparation des situations d’urgence en zone septentrionale. Et il entend pour cela approfondir les relations opérationnelles entre états côtiers. « Le problème en zone arctique est évidemment la distance et l’isolement mais si l’on sait sur quels moyens on peut compter chez nos voisins et comment ils organisent leurs opérations, on peut poser les bases d’une meilleure coopération », résume Johan Marius Ly, le responsable des opérations d’urgence de l’administration maritime norvégienne. Des accords de coopération SAR sont déjà en place dans la zone et c’est le Conseil arctique qui en est responsable. Mais il faut encore aller plus loin.

« Le cas du Viking Sky s’est déroulé selon un scénario favorable : il est arrivé dans une zone densément peuplée, avec beaucoup de moyens de sauvetage à proximité. La même situation se serait déroulée ailleurs dans l’Arctique, le résultat aurait sans doute été catastrophique », dit Peter Holst-Andersen, responsable de l’EPPR. « Personne n’a suffisamment de ressources pour réagir efficacement et rapidement dans le grand Nord. C’est pour cela qu’il est indispensable de coopérer entre Etats. Et il y a encore pas mal de choses à améliorer ».

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