Défense
Etat des forces navales des deux Corées

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Etat des forces navales des deux Corées

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Alors que le ton monte entre Séoul et Pyongyang suite à la destruction, le 26 mars dernier, d'une corvette sud-coréenne, il est intéressant de comparer les forces navales des deux pays (*). A ce niveau, la disproportion des moyens est écrasante en faveur de la Corée du Sud. Soutenue par les Etats-Unis et bénéficiant de transferts de technologie avec l'industrie allemande, Séoul a su se doter d'une flotte moderne et particulièrement puissante. Côté sous-marins, elle aligne 9 unités du type 209/1200 allemands, mis en service entre 1993 et 2001. Ces bâtiments de 56.1 mètres et 1290 tonnes en plongée sont armés de 8 tubes et embarquent 14 torpilles.

Sous-marin coréen du type 214  (© : DROITS RESERVES)
Sous-marin coréen du type 214 (© : DROITS RESERVES)

Depuis 2007, la marine sud-coréenne commence également à toucher de nouveaux sous-marins du type 214 allemands, dotés d'un système de propulsion anaérobie qui leur permet d'augmenter leur autonomie en plongée. Longs de 65.3 mètres pour un déplacement de 1860 tonnes en plongée, ces bateaux disposent de 8 tubes et mettent en oeuvre 16 torpilles et missiles antinavire (Sub Harpoon). Trois ont déjà été achevés et 6 autres sont prévus.

 Le Dokdo  (© : DROITS RESERVES)
Le Dokdo (© : DROITS RESERVES)

 LST du type Alligator  (© : US NAVY)
LST du type Alligator (© : US NAVY)

Au niveau de la flotte de surface, un porte-hélicoptère d'assaut de 199.4 mètres et 18.800 tonnes en charge, le Dokdo a été mis en service en 2007. La construction d'un sistership, le Marado a été annoncée. Conçus pour les opérations amphibies, ces navires peuvent mettre en oeuvre 2 engins de débarquement sur coussins d'air (LCAC), 10 hélicoptères, ainsi que des hommes et du matériel, dont 10 chars lourds. Cette capacité est complétée par quatre bâtiments de débarquement de chars (LST type Alligator) de 112.5 mètres et 4200 tonnes en charge ; ainsi que deux vieux LST ex-américains datant de 1944 mais parfaitement entretenus (100 mètres, 4000 tpc).

Destroyer du type KDX 3 (© : US NAVY)
Destroyer du type KDX 3 (© : US NAVY)

Le premier destroyer lance-missiles du type KDX 3, dérivé des Arleigh Burke américains, a été livré en 2008. Il sera suivi cette année par un sistership, le troisième bâtiment de la série devant être achevé en 2012. Longs de 165.9 mètres pour un déplacement de 10.000 tonnes en charge, ces bâtiments sont conçus pour mettre en oeuvre 16 missiles antinavire et, via des tubes de lancement vertical, 126 missiles surface-air, de croisière et anti-sous-marins. Ils sont en outre dotés d'un système surface-air RAM, d'une tourelle de 127mm, d'un système Goalkeeper, de 6 tubes lance-torpilles et d'un hangar pour deux hélicoptères.
La Corée du Sud a, par ailleurs, mis en service entre 2003 et 2008 une série de 6 destroyers lance-missiles du type KDX 2. Ces unités de 154.4 mètres et 5500 tonnes à pleine charge embarquent 8 missiles antinavire, 32 missiles surface-air, un canon de 127mm, un système Goalkeeper, 6 tubes lance-torpilles et 2 hélicoptères.

Destroyer du type KDX 2 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Destroyer du type KDX 2 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

La série précédente de destroyers (KDX 1) consistait en 3 bâtiments de 135.4 mètres et 3900 tonnes. Ces navires, livrés entre 1998 et 2000, sont dotés de 8 missiles antinavire, un système surface-air Sea Sparrow, un canon de 127mm, deux systèmes Goalkeeper, 6 tubes lance-torpilles et embarquent un hélicoptère.
S'y ajoutent 9 frégates plus anciennes (type HDF 2000), construites entre 1981 et 1993. Longs de 102 mètres pour un déplacement de 2180 tonnes, ces bâtiments disposent de 8 missiles antinavire, deux canons de 76mm, des canons de 40 ou 30mm, 6 tubes lance-torpilles et deux grenadeurs.

 La corvette Chon A  (© : DROITS RESERVES)
La corvette Chon A (© : DROITS RESERVES)

La Corée du sud compte également une balle série de corvettes du type HDC 1000. Après la perte du Chon An, en mars dernier, il reste 23 bâtiments de cette classe (mis en service entre 1984 et 1993). Longues de 88.3 mètres pour un déplacement de 1220 tonnes, ces corvettes sont dotées de 2 à 4 missiles antinavire, d'un canon de 76mm, de deux tourelles doubles de 30mm (ou de 40mm) et de 6 tubes lance-torpilles. Cette série est complétée par quatre unités du type HDC 800 (1983), longues de 78.1 mètres pour un déplacement de 1075 tonnes. Leur armement ne comprend que de l'artillerie (76mm, 40mm et 30mm) et 6 tubes lance-torpilles.

Patrouilleur du type PKM-X  (© : DROITS RESERVES)
Patrouilleur du type PKM-X (© : DROITS RESERVES)

Ravitailleur du type HDA 8000 (© : JEAN-LOUIS VENNE)
Ravitailleur du type HDA 8000 (© : JEAN-LOUIS VENNE)

Les forces légères comprennent, quant à elles, plus de 80 patrouilleurs, notamment les nouveaux PKM-X, dont la tête de série a été achevée en 2008 et les deux suivants en 2009. Ces bateaux de 63 mètres et 570 tonnes, capables d'atteindre 40 noeuds, sont armés de 8 missiles antinavire, un canon de 76mm et une tourelle double de 40mm. En tout, 42 unités de ce type sont prévues.
Enfin, la Corée du sud dispose d'une force de guerre des mines constituée de 9 chasseurs construits entre 1986 et 2004, ainsi que d'un mouilleur de mines livré en 1997. L'ensemble est soutenu par trois pétroliers ravitailleurs du type HDA 8000 (130 mètres, 8000 tpc).

Sous-marin du type Romeo  (© : DROITS RESERVES)
Sous-marin du type Romeo (© : DROITS RESERVES)

Pyongyang mise sur les sous-marins et les forces légères

Face à cette armada, la Corée du nord présente une marine nettement moins puissante et beaucoup plus vétuste. Sa force sous-marine, qui constitue sa principale composante, comprend une grosse vingtaine de bâtiments du type Romeo russes. Quatre ont été livrés par la Chine en 1973 et 1974, alors que 19 autres ont été réalisés localement avec l'aide technique chinoise entre 1976 et 1995. Ces sous-marins de 76.6 mètres pour un déplacement de 1830 tonnes en plongée disposent de 8 tubes et peuvent mettre en oeuvre 14 torpilles ou 28 mines.

Sous-marin de poche nord-coréen  (© : DROITS RESERVES)
Sous-marin de poche nord-coréen (© : DROITS RESERVES)

Pyongyang aligne également 32 sous-marins de poche du type Sang-O, opérationnels entre 1992 et 1998. Dérivés des Heroj yougoslaves, ces bâtiments de 35.5 mètres et 320 tonnes de déplacement en plongée comptent deux tubes et peuvent embarquer 4 torpilles. Encore plus petits, une trentaine de submersibles du type Yugo (20 mètres, 110 tonnes) sont destinés au transport de forces spéciales, avec une capacité d'embarquement de 7 commandos.

Frégate du type Najin  (© : DROITS RESERVES)
Frégate du type Najin (© : DROITS RESERVES)

La flotte de surface nord-coréenne tient, quant à elle, du musée flottant. Ses principaux bâtiments sont deux petites frégates (type Najin) de 100 mètres et 1500 tpc, mises en service en 1973 et 1975. Dérivées des Kola russes, elles embarquent deux missiles antinavire SS-N-2A, de l'artillerie (100mm, 57mm, 30mm, 25mm), un lance-roquette, un grenadeur et des mines.
Plus « récente », une frégate à coque catamaran de 75 mètres et 1845 tonnes (type Soho) est opérationnelle depuis 1983. Elle serait dotée de 4 missiles antinavire, de l'artillerie (100mm, 37mm, 30mm et 25mm) et deux lance-roquettes.
S'ajoutent à cela 4 corvettes du type Sariwon en service depuis 1965. Longues de 62 mètres pour un déplacement de 600 tpc, elles sont armées de canons de 57mm et 37mm, de mitrailleuses de 14.5mm et de mortiers. La Corée du nord armerait encore une ancienne corvette russe (type Tral) datant de 1938 et vaguement modernisée. Ce navire de 62 mètres pour un déplacement de 580 tonnes, elle embarque des canons de 76mm et 37mm, des mitrailleuses de 14.5mm et de mines.

Corvette du type Tral  (© : DROITS RESERVES)
Corvette du type Tral (© : DROITS RESERVES)

Côté patrouilleurs, la flotte nord-coréenne alignerait une trentaine d'unités de 27 à 38 mètres armées de 2 à 4 missiles antinavire ; ainsi qu'une quarantaine d'autres navires seulement équipés de canons et de grenades. Ces derniers, dont la longueur varie de 42 à 59 mètres, sont en service depuis les années 50, 60, 70 et 80. Cette flotte est complétée par environ 170 vedettes lance-torpilles russes.
L'état de la marine nord-coréenne est donc délicat, le matériel étant totalement obsolète, à l'image de la défense contre avions, uniquement basée sur l'embarquement de nombreuses pièces d'artillerie légères. Le principe est, en fait, le même que pour la défense AA durant la seconde guerre mondiale. La vie dans la marine de Pyongyang semble en outre très dure, à l'image des conditions de vie dans un pays où la population vit depuis longtemps dans les privations et le rationnement. Le survol d'une frégate nord-coréenne par un avion de patrouille maritime japonais, il y a quelques années, en dit long sur le niveau d'avitaillement des marins. A leur grande surprise, les Nippons ont, en effet, découvert qu'un potager était installé au centre du bâtiment !

Patrouilleur du type Osa I  (© : DROITS RESERVES)
Patrouilleur du type Osa I (© : DROITS RESERVES)

Seuls les sous-marins constituent une véritable menace, comme l'a semble-t-il prouvé le torpillage du Chon An, action dont Pyongyang dément toujours toute implication. Les submersibles nord-coréens, bien que vétustes, seraient donc efficaces, peut être d'ailleurs essentiellement en raison de lacunes dans les moyens de lutte anti-sous-marine de la marine sud-coréenne.
Quant à la configuration de la flotte de surface nord-coréenne, elle laisse transparaitre une stratégie plutôt radicale. En cas de guerre généralisée et d'intervention sud-coréenne (éventuellement appuyée par les Américains), Pyongyang jetterait sans doute toutes ses forces dans la bataille dans ce que l'on peut imaginer être une grande opération suicide. A défaut de rivaliser en qualité d'équipements avec Séoul, le nombre d'unités engagées permettrait, peut-être, d'enregistrer quelques succès. Mais les Nord-Coréens seraient immanquablement vite balayés par la puissance de feu de leur voisin. Reste évidemment que l'infériorité navale de Pyongyang est largement compensée par le fait que la Corée du Nord possède l'arme nucléaire et bénéficie, par conséquent, de l'effet de dissuasion. Cette capacité, à elle seule, annihile la supériorité de son voisin, qui peut néanmoins compter sur le soutien, jusqu'ici indéfectible, des Etats-Unis. Cette alliance est, d'ailleurs, régulièrement rappelée au travers des nombreux exercices conjoints de l'US Navy et des forces sud-coréennes, autant de démonstrations de forces dont le message, destiné à Pyongyang, est très clair...
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(*) Les données techniques utilisées pour cet article proviennent de Flottes de Combat, l'ouvrage de Bernard Prézelin, dont l'édition 2010 devrait paraître en septembre prochain.

Manoeuvres américano-coréennes (© : US NAVY)
Manoeuvres américano-coréennes (© : US NAVY)