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Défense

Interview

Euronaval : Entretien avec Hugues d’Argentré

Défense

Dans quasiment un mois, Euronaval, le grand rendez-vous international du secteur naval de défense se déroulera au parc des expositions de Paris-Le Bourget. Une 26ème édition particulière puisque le salon fête les 50 ans de sa création. Un demi-siècle au cours duquel cet évènement n’a cessé de prendre de l’importance et s’adapter aux évolutions du marché international, tout en conservant un caractère unique.

Entretien avec Hugues d’Argentré, directeur général d’Euronaval

MER ET MARINE : Euronaval, qui se tiendra du 23 au 26 octobre au Bourget, fête cette année ses 50 ans. Ce n’est pas courant dans le monde des salons de la défense, qui sont pour la plupart beaucoup plus jeunes…

HUGUES D’ARGENTRE : 50 ans, c’est en effet assez rare pour un salon de ce type et l’intérêt pour cet évènement ne s’est jamais démenti. Euronaval a toujours été en croissance et a profondément évolué depuis ses débuts. A l’origine, en 1968, c’était un petit salon franco-français, avec uniquement des acteurs nationaux, qui présentaient leurs matériels à des clients français et internationaux. Puis, à partir de 1994, Euronaval s’est ouvert aux exposants étrangers, d’abord européens. Deux ans plus tard, toutes les nations du monde étaient invitées à exposer. Aujourd’hui, 60% des exposants du salon ne sont pas français et pour un tiers sont européens.

Le fait que le salon demeure exclusivement concentré sur le naval, c’est ce qui explique son succès ?

Très clairement, c’est sa force. Dans les salons internationaux multi-armes, les têtes de délégation sont souvent des officiers généraux qui ne sont pas des marins, pour la simple raison que dans pratiquement tous les pays du monde, les forces terrestres sont plus nombreuses que les autres. Il y a donc naturellement moins de tropisme maritime de la part des têtes de délégation, qui vont avoir une tendance naturelle à s’intéresser en priorité aux industriels qui équipent les armées qu’elles connaissent le mieux. Avec Euronaval, nous n’avons pas ce dilemme puisque les têtes de délégation sont des marins. Les échanges se font donc entre professionnels et officiers qui connaissent bien le domaine naval.

Il se dit que la prise en charge du programme des délégations officielles est aussi un grand point fort d’Euronaval ?

Les délégations respectent globalement le programme que nous leur proposons, ce qui est unique pour un salon de l’armement naval. Nous faisons en sorte que les délégations rencontrent les industriels qu’elles souhaitent voir et qu’elles puissent échanger avec les industriels qui ont des choses à leur dire. Tout réside dans l’organisation, la qualité du programme et son bon déroulement. Nous avons un officier accompagnateur détaché auprès de chaque délégation. Cet accompagnement, mis en place par la DGA, permet d’assurer un suivi en temps réel des délégations et de veiller à ce que le programme soit respecté au mieux et le temps efficacement employé.

Une caractéristique importante d’Euronaval par rapport à d’autres salons militaires est que cet évènement se déroule dans un pays où le marché national est assez verrouillé. Est-ce handicapant pour les industriels étrangers ?

Non et je pense même que c’est un atout important, même s’il n’est pas toujours très bien compris. En fait, les exposants étrangers sont ici en terrain neutre, ce qui est rare et extrêmement intéressant. Dans de nombreux salons à travers le monde, les industriels sont présents pour vendre essentiellement au pays organisateur. Avec Euronaval, ils ne viennent pas à Paris pour vendre à la France, car ils savent bien que la marine française s’appuie principalement sur notre industrie nationale complète et performante et que, par conséquent, le marché français est assez réduit. S’ils sont là, c’est avant tout parce qu’ils peuvent toucher des clients du monde entier, cela dans un environnement qui n’est pas soumis à la pression du marché national.

Il y a aussi ce côté assez « intimiste » d’Euronaval, qui reste avec autour de 25.000 visiteurs un « petit » salon dans le monde de la défense…

Oui c’est vrai, nous sommes le plus grand salon mondial du naval mais nous n’avons pas la taille des salons terrestre et aéronautique français, tout simplement parce que le naval compte moins d’acteurs industriels que les autres domaines. Mais c’est aussi un avantage et quelque chose de très apprécié. Euronaval, même s’il continue, d’édition en édition, à croître, demeure un évènement à taille humaine, ce qui permet de prendre le temps de voir ce qui est proposé et facilite grandement les échanges entre visiteurs et exposants.  

Combien d’exposants attendus cette année ?

Cette édition s’annonce très bien puisque nous en sommes à 470 exposants, contre 420 il y a deux ans. Nous avons notamment trois nouveaux pavillons nationaux : le Canada, la Finlande et la Norvège.

Quelles nouveautés sont prévues pour cette nouvelle édition ?

Au-delà des nouveaux exposants et tout d’abord sur le plan organisationnel, nous avons légèrement modifié le plan du salon et l’emplacement des entrées, qui sont également plus nombreuses. Il s’agit pour nous d’améliorer la déambulation des visiteurs et de permettre à tous les stands d’avoir la même probabilité de visites. Notre but est bien que tous les exposants soient le mieux servi possible. D’où cette évolution dans la disposition de l’espace, des allées et des entrées, avec par exemple le stand du ministère des Armées à un bout du salon et celui de Naval Group à un autre.

Vous allez également faire la part belle aux start-up…

Nous créons de nouveaux espaces, et tout particulièrement l’espace Seannovation, qui accueillera 34 start-up dont un tiers d’étrangères. Elles ont été sélectionnées à l’issue de l’appel à candidatures que nous avions lancé en janvier et seront présentes en deux vagues de 17, chacune restant deux jours sur l’espace Seannovation. Ces start-up couvrent un large spectre: maintenance, manufacturing, assistance aux opérations, drones et navires, surveillance et monitoring, matériaux, énergie, communications, cyberdéfense… Elles présenteront de nombreuses innovations, par exemple une solution d’apprentissage technique par la réalité virtuelle, un nouveau système d’’assistance à la navigation, des foils ou encore un navire autonome de surveillance maritime.

Euronaval comprendra aussi un nouvel espace dédié aux métiers de la navale…

En effet, sous l’impulsion  du GICAN, nous créons le « Navire des métiers » en faveur de l’attractivité des métiers de l’industrie navale. Cette nouveauté est destinée aux jeunes. En plus des grandes écoles qui ont l’habitude de venir à Euronaval, nous allons en effet, pour la première fois, inviter des élèves de lycées professionnels et de centres de formation. Il s’agit de leur montrer le vrai visage de notre industrie, qui loin de l’image que beaucoup s’en font, est aujourd’hui un secteur de pointe, très moderne et de haute technologie, où l’on travaille sur des objets extrêmement complexes et innovants. Une industrie dans laquelle les besoins en recrutement sont importants et où existent de véritables  perspectives de carrière pour des jeunes férus de technologie. Nous espérons accueillir le jeudi et le vendredi plusieurs centaines de ces jeunes.

Pour la première fois également, le salon ne commencera pas un lundi mais un mardi matin. La veille est en effet consacrée à une grande « conférence des chefs d’état-major » à Paris. Pourquoi ce changement ?

Le modèle des grandes conférences à Euronaval ne trouvait plus son public et nous avons souhaité mieux répartir les temps forts de la semaine. Nous avons donc réuni l’ensemble des conférences thématiques que nous organisions auparavant pendant le salon en une grande conférence internationale qui se déroulera le lundi 22 octobre matin à la Maison de la Chimie. Un évènement qui s’annonce déjà comme un succès avec déjà plus de 300 personnes inscrites. Organisée en partenariat avec la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), cette conférence sera ouverte par le chef d’état-major de la Marine nationale et clôturée par le Délégué général pour l’armement ainsi que le président du GICAN et de Naval Group. Il y aura deux tables rondes avec des intervenants français et étrangers de haut niveau : la première plus géostratégique et politique consacrée aux ambitions maritimes et à la réaffirmation des Etats puissance, et une seconde plus opérationnelle sur les innovations technologiques et les ruptures capacitaires.

Comme à chaque édition, un certain nombre de personnalités sont attendues à Euronaval, comme la ministre des Armées et le ministre de l’Education. On parle aussi de la venue d’Emmanuel Macron ?

Nous attendons en effet la visite de nombreuses hautes autorités des ministères des Armées, de l’Economie et de l’Industrie et en tout premier lieu celle de madame la ministre des Armées. Nous espérons également la présence du ministre de l’Education nationale qui viendrait inaugurer le « Navire des Métiers ». Le président de la République a effectivement été invité, ainsi d’ailleurs que le premier ministre, et nous serions très heureux que leurs agendas leur permettent de venir sur le salon, mais à ce jour, rien n’est encore confirmé.

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Interview réalisée par Vincent Groizeleau