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Euronaval : Une édition à forts enjeux pour la filière française

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La grand-messe de l’industrie navale militaire ouvre ses portes demain pour une 26ème édition exceptionnelle, puisqu’Euronaval souffle cette année sa cinquantième bougie. « C’est une édition importante avec ce 50ème anniversaire, bien peu de salons dans le monde ont une telle longévité et une croissance continue. Le succès d’Euronaval sera marqué par d’importantes visites politiques mais aussi une augmentation importante du nombre d’exposants », souligne Hervé Guillou, président du Groupement des Industries de Construction et Activités Navales (GICAN). Ils seront cette année 470, soit 15% de plus qu’en 2016, avec des industriels venant du monde entier. 60% des exposants sont en effet internationaux, pour moitié européens. « Cela démontre que ce n’est plus Euronaval mais Mondonaval », sourit Hervé Guillou. « Les étrangers trouvent un intérêt de plus en plus marqué à venir à Euronaval, c’est réellement le grand salon international du secteur naval, la plateforme où il faut être présent ». Plus de 105 pays seront ainsi représentés et 90 délégations officielles attendues, avec l’objectif d’accueillir 25.000 visiteurs de mardi à vendredi.

Un évènement incontournable pour les industriels et opérationnels

Le succès d’Euronaval tient dans cette présence des militaires du monde entier, qui viennent au salon rencontrer les industriels et découvrir les solutions pouvant répondre à leurs besoins, tout comme les innovations mises sur le marché ou en cours de développement. Cet évènement est, également, une vaste plateforme d’échanges pour la communauté navale internationale, que ce soit pour les entreprises, grandes ou petites, mais aussi les militaires des différents pays qui peuvent se retrouver, nouer des liens et évoquer les grands enjeux régionaux ou internationaux du moment. Pour la première fois, une grande conférence réunissant notamment les chefs d’état-major précède d’ailleurs, ce lundi, l’ouverture d’Euronaval. Organisée à la Maison de la Chimie, cette initiative rencontre un très beau succès puisqu’au lieu des 300 participants attendus initialement, ils devraient être près d’un millier à faire le déplacement. Il faut dire que les enjeux maritimes continuent de voir leur poids s’accroître dans la géopolitique mondiale. « Il y a une tendance de fond. Que ce soit dans le civil ou dans le militaire, le marché naval augmente d’environ 5% par an. Cela est lié au fait que la mer est devenue le cœur stratégique de la mondialisation. C’est un espace crucial pour le commerce puisque 90% des marchandises transportées passent par la mer, mais aussi en matière de sécurité, de télécommunications ou encore les ressources naturelles ».

Un espace innovation dédié aux start-ups

Cette année, Euronaval propose un certain nombre de nouveautés. Alors que l’aménagement du salon a été modifié pour améliorer les flux et offrir à tous les exposants un meilleur accès aux visiteurs, le salon proposera deux nouveaux espaces. Seannovation accueillera notamment 34 start-up, pour un tiers étrangères, venant de différents horizons et qui présenteront leurs innovations dans des domaines très variés. Le Navire des Métiers, une initiative du GICAN pour promouvoir auprès des jeunes les métiers de la navale, sera également présent. Alors que les chantiers français ont un important besoin de main d’œuvre en matière notamment d’ouvriers, de techniciens et de techniciens supérieurs, des centres de formation et classes de lycées professionnels ont été invités sur le salon en fin de semaine, afin de permettre aux élèves de découvrir cette industrie et les perspectives de carrières qu’elle offre.

Une filière qui peine à recruter malgré d’importants besoins

Pour les industriels français du secteur, Euronaval est d’ailleurs l’occasion de faire passer des messages aux politiques, sachant que plusieurs ministres sont attendus, dont Florence Parly (Armées) et Jean-Michel Blanquer (Education nationale). Ce dernier viendra inaugurer le Navire des métiers et se rendra compte sur place du potentiel que la navale offre pour l’avenir de nombreux jeunes, ce qui suppose aussi une implication accrue de l’Etat en matière de formation aux métiers en tension. « C’est une question qui est devenue extrêmement préoccupante car notre filière peine à recruter en dehors des ingénieurs. Il est donc impératif de relancer l’attractivité de nos métiers auprès des jeunes et, en cela, le soutien de l’Etat, et plus particulièrement de l’Education nationale, est fondamental ». Alors que tous les chantiers français ou presque connaissent actuellement une période faste, les besoins sont estimés par le GICAN à environ 1000 embauches par an.

La LPM ne sera pas suffisante pour maintenir les compétences et la compétitivité

Mais il y aura aussi d’autres messages à faire passer au ministère des Armées, à Matignon et à l’Elysée, sachant qu’Emmanuel Macron a été invité à venir sur le salon. Des messages qui portent en particulier sur la poursuite et même l’amplification de l’indispensable soutien politique à l’exportation. « Nous constatons une constance dans le temps de la politique française en faveur de la filière navale et la BITD, qui nous permet notamment d’avoir ce rôle de partenaires après des nouveaux entrants. La France constitue en effet la seule alternative crédible, souveraine et indépendante par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Mais il ne faut pas relâcher l’effort car, dans les années à venir, nos industries auront impérativement besoin de compléter leur plan de charge avec des programmes à l’export. La Loi de Programmation Militaire est plus que bienvenue car elle confirme le format des frégates de premier rang et celui des SNA, permet de lancer le programme FTI et celui des SNLE 3G, ainsi que les études pour le futur porte-avions. Tout cela constitue une vraie perspective positive. Malgré tout, il nous faut absolument de l’export pour maintenir les compétences et notre compétitivité », souligne Hervé Guillou, qui en tant que président de Naval Group est plus que concerné par cette question : « Sur la filière navale de surface, pour les années à venir, la LPM, même avec le lancement du programme FTI, n’assure que 50% de la charge de production du site de Lorient. Il faut donc que nous vendions des frégates et corvettes à d’autres marines. Concernant les sous-marins, la LPM apportera entre 70 et 80% de la charge en production et, pour ce qui est de l’ingénierie, seulement la moitié. Heureusement d’ailleurs que nous avons remporté le contrat des sous-marins australiens pour faire la soudure, en ingénierie, entre les Barracuda/Scorpène et le gros des études liées aux SNLE 3G qui débuteront en 2020 en vue d’un début de construction du premier bâtiment en 2023 ».

Renforcer le financement de la R&D navale

Et l’industrie navale française a aussi besoin, dans un monde qui bouge technologiquement de plus en plus vite, de voir les crédits alloués à la recherche et au développement se renforcer. « Les crédits de R&D pour la défense vont être portés de 750 millions à 1 milliard d’euros et nous voulons faire entendre notre voix pour le secteur naval. Dans ce domaine, nous sommes en effet seulement financés au tiers de ce que bénéficie l’aéronautique dans le militaire et le civil. La R&D navale n’est pas bien financée aujourd’hui et nous voulons que cela change ». L’innovation est en effet un levier aussi puissant que crucial pour maintenir la compétitivité de l’industrie française et lui permettre de se différencier pour résister à la montée en puissance de la concurrence internationale, en particulier face à l’Asie et la Russie.