Histoire Navale
Ex-France : Encore un espoir d'échapper aux chalumeaux?

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Ex-France : Encore un espoir d'échapper aux chalumeaux?

Histoire Navale

Echoué le 15 août sur les fonds sableux de la baie d’Alang, le SS Blue, Lady, ex-Norway, n’est peut être pas encore condamné à la ferraille. Selon certains défenseurs de l’ancien fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, il existe un réel espoir de voir le navire reprendre la mer. En raison de son tirant d’eau de 11 mètres et de l’absence propulsion, la coque n’a pu être lancée à pleine vitesse vers le rivage. Les remorqueurs se sont, en réalité, contentés de poser le paquebot sur le fond, à marée haute. Les images recueillies depuis deux semaines montrent, d’ailleurs, que le Blue Lady est ancré : « Contrairement à ce qui a été dit, le bateau n’est pas beaché mais seulement échoué. Le casseur qui a mené l’opération m’a confirmé qu’il pouvait sortir et que sa situation n’était pas irréversible », souligne Liliane Mikelson. Cette ancienne business women française, passionnée par l’ex-France, suit quasiment heure par heure l’évolution du dossier et notamment les projets de rachat. Plusieurs candidats seraient encore intéressés par le célèbre liner, malgré les détériorations occasionnées par de longs mois d'errance en eaux chaudes. Alors qu'à Saint-Nazaire, l'Association pour le Paquebot France travaille toujours sur le projet humanitaire du Cercle de Réflexion des Nations et dénonce la politique de New Delhi en matière de sécurité sanitaire dans ses chantiers de démolition, la société Gulf Desert – Blue Riband a exprimé le 9 août à la Cour suprême indienne son désir de racheter le paquebot. Le « Dubaï Project », porté par Rashid Al Noory et l’Américain John Voet, prévoit d’intégrer le bateau dans un complexe immobilier et touristique en construction à Dubaï. Cet espace doit comprendre la bagatelle de 31 hôtels et le budget prévu pour la remise en état du navire serait de l’ordre de 160 millions de dollars. Les ferrailleurs semblent néanmoins décidés à faire monter l’offre des investisseurs, attirés par les pétrodollars en provenance de ce riche état du Golfe. En quelques semaines, le prix demandé serait, ainsi, passé de 18 à 30 millions de dollars.

Echouage illégal et changement de propriétaire

Après l’affaire de l’ancien porte-avions Clemenceau, la Cour suprême indienne a demandé l’avis d’un comité d’experts pour déterminer la quantité d’amiante présente à bord du Norway. Ces six experts, dont les compétences sont dénoncées par les associations environnementales, ont rendu une conclusion des plus étonnantes : « Dans leur rapport, il est écrit, noir sur blanc, que visuellement, ils pensent qu’il doit y avoir 5 kilos d’amiante par porte. Vous trouvez cela sérieux ? », s’interroge Liliane Mikelson. En marge de cette visite, rendue épique par, selon le rapport, « les vomissements engendrés par le mal de mer » et « l’absence du confort basique », le convoi a finalement reçu l’autorisation d’entrer dans les eaux territoriales indiennes afin d’effectuer une relève de marins : « Pour des raisons que l’on ignore encore, le bateau est parti à Dubaï et a approché à 8 kilomètres des côtes. C’est là que les marins ont été débarqués et remplacés. Ensuite, le propriétaire s’est servi de l’autorisation pour échouer le Norway ». Mise devant le fait accompli en pleine semaine de congés en Inde, la Cour Suprême a, mardi dernier, interdit jusqu’à nouvel ordre tout démantèlement du paquebot. Dans ses attendus, elle demande, par ailleurs, que le ferrailleur soit « sévèrement punis » pour avoir échoué le bateau sans autorisation. Or, le lendemain, le Blue Lady changeait une nouvelle fois de main pour devenir la propriété de Priya Blue, un démolisseur d’Alang accusé par les organisations humanitaires d’être peu regardant sur les conditions de travail de ses ouvriers. En raison des menaces qui pèsent sur la santé des travailleurs potentiellement exposés à l’amiante, les associations, dont Ban Abestos et Greenpeace, réclament de la Cour Suprême qu’elle empêche le découpage du liner. Selon elles, celui-ci contiendrait près de 1000 tonnes d’isolant cancérigène. Pour les autorités indiennes, le projet de Dubaï permettrait donc une sortie de crise. Il faudra, toutefois, qu’acheteur et ferrailleur se mettent d’accord sur un prix et, pour cela, le temps presse. Si, avec la marée d’équinoxe prévue début septembre, l’ancien paquebot France pourrait être extrait de la baie d’Alang relativement facilement, cette même marée pourrait permettre de tirer la coque plus près du rivage, là où elle deviendrait impossible à déplacer.
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Voir la fiche technique du SS Norway

Norway, l'ex-paquebot France