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Ex-paquebot France : Le projet canadien est-il crédible ?

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Ex-paquebot France : Le projet canadien est-il crédible ?

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Arrivé le 10 août dernier en Malaisie, le Norway, rebaptisé Blue Lady, est toujours en attente, au large de Port Kelang. Vendu fin 2005 à un chantier de démolition, le paquebot a été sauvé, in extremis, par le battage médiatique autour des produits amiantés contenus sur l’ancien porte-avions Clemenceau. Pour l’ex-France, plusieurs projets de rachats sont toujours évoqués, dont celui d’un Canadien, passionné par les grands liners. Emmanuel Huard, 24 ans, souhaite remettre en service l’ex-France et lui donner, ainsi, une troisième vie. Après une série de travaux destinés à remotoriser le paquebot et remettre ses installations à niveau, le SS Norway reprendrait la mer, 250 de ses cabines étant vendues en time share. Un projet farfelu pour un bateau déjà âgé de 45 ans ? Quelques recherches au sujet du jeune québécois, originaire de Charlesbourg incitent, dans un premier temps, à la prudence. Alors adolescent, Emmanuel Huard s’est vu décerné le prix de « béquille de bronze 99 », attribuée par un journal de Montréal aux projets les plus surréalistes. Il souhaitait alors faire construire une réplique du Titanic, rien de moins, aux chantiers Davie, alors au bord de la faillite... Le tout l’argent de la couronne britannique !

Soutenu par une banque d’investissements

Après ce coup d’éclat médiatique d’un jeune adolescent qui a voulu faire parler de lui et de sa passion, Emmanuel Huard retombe dans les limbes de l’anonymat, avant de refaire surface en 2004. Etudiant dans une école de la marine marchande, il crée la Compagnie Québec Saint-Laurent en vue de racheter le SS Norway. Liliane Mikelson, qui a passé sa carrière au service de multinationales, suit les différents projets d’acquisition du paquebot depuis son désarmement à Bremerhaven. Pour la première fois, cette Française, qui a opéré dans l’ombre pendant des années, a décidé de s’impliquer publiquement : « Pour moi, c’est le dossier de la dernière chance. Emmanuel Huard est une personne intègre et extrêmement motivée, qui peut réussir à sauver le bateau ». Pour faire renaviguer l’ancien fleuron de la Transat, QSC Company doit débourser 160 millions de dollars. En février, lorsque le projet a été présenté, l'acheteur canadien affirmait que 70% de cette somme était réunie. En fait, ces fonds sont constitués par la promesse d’engagement d’une banque américaine, spécialisée dans les transactions maritimes. L'établissement serait prêt à débourser 100 millions de dollars. Selon Liliane Mikelson : « Ils croient fermement que le bateau, sur un plan technique, peut reprendre la mer après une remotorisation et peut naviguer encore 20 à 25 ans. Concernant l’aspect commercial, il faut bien voir que ce sont des Américains. Tout ce qui est sentiment leur est étranger et tout se résume au sacro-saint dollar ». En d’autres termes, la banque est convaincue du retour sur investissement. « C’est un bateau unique, avec une clientèle très attachée. C’est grâce à cela que NCL a gagné énormément d’argent avec ce navire ». Pour débloquer les 100 millions de dollars, la banque demande, logiquement, des garanties, en l’occurrence un apport financier important du porteur d’affaire. QSC Company doit donc trouver 40 millions de dollars. A cela s’ajoute une enveloppe de 15 à 20 millions de dollars, destinée à assurer le cash flow nécessaire aux deux premières années d’exploitation.

Investissements privés et time share

Pour réunir cette somme, Emmanuel Huard compte sur des investisseurs privés. L’équipe canadienne a également décidé de mettre en vente un certain nombre de cabines : « Nous lançons la vente de 248 cabines, sous forme de "Time Shares" (chaque propriétaire dispose de sa cabine une semaine par an, ndlr). Il y a donc 6200 "Cabines Shares" disponibles pour les amoureux du navire et ceux qui désirent nous aider à réaliser notre projet de sauvegarde du Norway. Toutes les cabines mises en vente se situent sur les ponts Viking et Pool », explique Emmanuel Huard. Vendues de 8000 dollars la cabine intérieure à 40000 dollars pour la suite, ces cabines seront réservées 25 semaines par an. Indispensables pour sauver l’ex-France, ces ventes ne sont, pour le moment, que virtuelles : « Nous demandons exclusivement des lettres d’intention, surtout pas de chèques. Ces lettres seront transmises au banquier pour le convaincre de débloquer l’argent », souligne Liliane Mikelson. « Ce projet est parfaitement viable, car le navire bénéficie d’un prestige extraordinaire et, comme l’avait dit son dernier commandant, il peut encore naviguer 40 ans, en raison d’une conception exceptionnelle et d’un entretien remarquable tout au long de sa vie ». Le jeune Canadien peut-il réussir? « Le seul côté par où il pêche, c’est sur son âge, puisqu'Emmanuel Huard n'a que 24 ans. C’est essentiellement chez nous que ça ne fait pas sérieux, ce qui n’est pas le cas en Amérique du Nord, où la seule chose qui compte, c’est la qualité et l’ambition du projet ».

Travaux de remise en état

« La remise en état globale, comprend la motorisation diesel-électrique, la rénovation et les aménagements aux dernières normes SOLAS », explique Emmanuel Huard. Le chantier, qui pourrait être mené en Asie ou en Europe, sera très lourd. Il faudra, tout d’abord, débarquer les parties endommagées par l’explosion d’une chaudière, en 2003. L’installation d’une propulsion diesel permettrait au Norway de filer 25 nœuds, avec une consommation beaucoup plus économique qu’autrefois. Un devis, réalisé par les chantiers Lloyd’s Werft, de Bremerhaven, fixe le coûts des moteurs et de leur installation à 49 millions de dollars, sur une enveloppe globale de 97 M$ pour le secteur propulsion. Divers travaux sont prévus en parallèle, comme le changement des ponts en teck, une réfection de la coque, de la plomberie, des appareils réfrigérés ou encore des ascenseurs, sans oublier la réparation des ponts en aluminium. Le coût global est estimé à 160 M$. Par la suite, l’acquéreur envisage de redonner ses lignes d’origine et son nom de baptême au paquebot. Si le navire était remis en service, QSC Company prévoit de l’exploiter pour des croisières entre l’Europe et le Québec, en Méditerranée et autour de l’Afrique. Ces zones sont les seules qui ne sont pas concernées par une clause très rigide du contrat de vente. Star Cruises, propriétaire du navire, interdit en effet aux acheteurs toute exploitation en Asie et surtout dans les Caraïbes, là où Norway a fait la fortune de sa filiale, Norwegian Cruise Line.
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Pour tout contact concernant les cabines mises en vente, contactez Liliane Mikelson au 05 59 56 01 84

Norway, l'ex-paquebot France